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KENYA: Des habitants minimisent les implications diplomatiques de la présidence de Kenyatta

    By Miriam Gathigah

    NAIROBI, 11 mars (IPS) – Les Kényans peuvent avoir élu comme président un homme recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité, mais des analystes politiques dans le pays estiment que la présidence d’Uhuru Kenyatta n’aura pas pour l'instant d’importantes implications pour la position internationale du pays.

    "Les dirigeants du monde travailleront à poursuivre leurs intérêts. En politique, les intérêts l’emportent sur toute autre chose et le Kenya est un pays d'Afrique de l’est trop important pour être ignoré. C'est le grand frère des nations d'Afrique de l’est sous tous les aspects", a déclaré à IPS, James Mwai, un analyste politique.

    Le président élu et son colistier, William Ruto, sont tous les deux recherchés par la CPI pour crimes contre l'humanité au sujet des élections générales de 2007-2008, dans lesquelles environ 1.300 personnes ont été tuées, au moins 600.000 personnes déplacées et des biens estimés à des millions de dollars détruits.

    Kenyatta a obtenu 50,07 pour cent, soit plus de 6,1 millions de voix, de tous les suffrages exprimés, a annoncé le samedi 9 mars, la Commission électorale indépendante et de délimitation (IEBC) du pays. Son adversaire politique le plus redoutable, le Premier ministre Raila Odinga, a recueilli 43,3 pour cent, soit juste un peu plus de 5,3 millions de voix.

    La victoire de Kenyatta fait de lui le deuxième président africain en exercice, après Omar al-Bashir du Soudan, recherché pour crimes par la CPI. L'inculpation de Kenyatta soulève la possibilité de relations diplomatiques difficiles avec l'Occident puisque le Royaume-Uni et l'Union européenne ont adopté de politiques fortes contre les relations avec les personnes accusées par la CPI.

    Mais Mwai a affirmé que la Chine collaborerait avec Kenyatta.

    "La Chine accueillera Kenyatta les bras ouverts et sa population peut bien constituer un autre marché pour les exportations du Kenya. Mais, le Royaume-Uni fait beaucoup d'affaires au Kenya", a indiqué Mwai.

    Il a souligné que Kenyatta est encore un suspect qui a promis de coopérer avec la CPI. "Au cas où cette position changerait, alors nous aurions des raisons d'être préoccupés", a ajouté Mwai.

    Les élections ont vu le plus grand nombre jamais observé de Kényans sortir pour voter le 4 mars – environ 86 pour cent des 14,3 millions d'électeurs inscrits.

    Vincent Kimosop, directeur général de l'organisation non gouvernementale locale 'International Institute for Legislative Affairs' (Institut international pour les affaires législatives), a déclaré à IPS que les élections ont montré "que le Kenya a fait des progrès en tant que démocratie".

    "Regardez les chiffres, l'écart entre Odinga et Kenyatta est révélateur. Le peuple a parlé et il est clair que les Kényans ne recherchent pas l'affirmation auprès de l'Occident. Le calme que nous avons enregistré, tout au long de la semaine, est une autre indication que nous allons de l'avant", a-t-il affirmé.

    Mutahi Ngunyi, un spécialiste en sciences politiques bien connu, a déclaré que les Kényans ont voté pour un gouvernement Kenyatta parce qu'ils croient qu'il coopérera avec la CPI et que s'il refuse de le faire, "ils peuvent toujours le destituer conformément à la loi".

    "L'Occident n'a pas d'autre choix que de collaborer avec le Kenya", a-t-il affirmé à IPS.

    Mais Simon Ngugi, un expert des questions juridiques, n'est pas si sûr.

    "Si la vérité doit être dite, personne ne veut se faire photographier en train de serrer la main d'une personne accusée par la CPI. Mais les Kényans ont parlé haut et clair. Il y a des Kényans qui croient que la CPI est une cour partiale et politique, et considèrent cela comme un signe de la poursuite de l'oppression par l'Occident", a indiqué Ngugi à IPS.

    Java Bigambo, un analyste politique à 'Interthoughts Consulting', un cabinet-conseil sur la gouvernance, le leadership et la politique, s’est demandé si les bureaux des agences des Nations Unies au Kenya fermeraient les portes. "Cela peut être gênant pour les bureaux régionaux de l'ONU. Vont-ils fermer les portes pour respecter le droit international?"

    "Cette victoire soulève des spéculations pour savoir si le président et son adjoint coopéreront vraiment avec la CPI, et s'ils le font, la nature de cette interaction suscite plus de questions que de réponses", a déclaré Bigambo.

    Une présidence pour réparer des divisions?Mais Mwai a indiqué que beaucoup avaient sous-estimé l'impact du partenariat politique entre Kenyatta et Ruto.

    Ensemble, Kenyatta et Ruto représentent deux des plus grands groupes ethniques du pays. Kenyatta est Kikuyu et Ruto est Kalenjin. Les deux communautés ont partagé un passé amer, violent et douloureux, qui comprend la lutte de l’une contre l'autre dans les violences postélectorales de 2007-2008.

    "Kenyatta et Ruto, des adversaires auparavant acharnés, ont dû nouer une relation politique forte pour leur propre préservation", a-t-il souligné.

    Bigambo a affirmé qu’Odinga ferait juger Kenyatta et Ruto pour crimes de guerre, s'il gagnait.

    Des Kényans qui ont fêté la victoire de Kenyatta le 9 mars ont déclaré à IPS qu'ils espéraient que cela conduirait à la construction de la paix entre les différents groupes ethniques du pays.

    Maggie Kamau, originaire d'Eldoret, dans la province de la Vallée du Rift, une région qui a connu les pires violences postélectorales de 2007-2008, est restée dans la queue toute la journée du 4 mars pour voter.

    "La victoire de Kenyatta apportera la guérison dans la région tourmentée de la Vallée du Rift. Ruto sauvegardera l’intérêt de son peuple et de celui de Kenyatta. Ensemble, avec le temps, ils peuvent corriger les injustices historiques qui ont causé des effusions de sang et la destruction entre les deux communautés", a indiqué Kamau.

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