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KENYA: Des Somaliens pris entre le terrorisme et un différend frontalier

    By Miriam Gathigah

    NAIROBI, 8 oct (IPS) – Des groupes de miliciens somaliens commencent à opérer dans la province reculée et aride du Nord-Est du Kenya, une région frontalière avec la Somalie dans le sud – un ancien bastion du groupe extrémiste Al-Shabaab.

    "Il y a un nombre croissant de Somaliens du Kenya qui sont des sympathisants d'Al-Shabaab et ils créent leurs propres petits groupes de miliciens pour envoyer un message au gouvernement national [kényan]", a déclaré à IPS, Elwak Abdi, un expert des questions de paix et de sécurité à Liboi, une ville frontalière dans la province du Nord-Est du Kenya, à environ 18 kilomètres de la frontière avec la Somalie.

    Il a ajouté "qu'une grande partie de la communauté somalienne est armée".

    "Dans des régions comme [les comtés de la province du Nord-Est] de Wajir, Isiolo et de Mandera, il y a des conflits armés constants. Cela force les habitants à se déplacer d'un lieu à un autre à cause de la peur de l'inconnu. Pire encore, c’est le [fait que] de petits groupes de miliciens doivent être payés pour fournir une protection", a indiqué Abdi.

    Il y a eu un différend entre ces deux pays d'Afrique de l'est par rapport à leur frontière depuis 2011, lorsque les Forces de défense du Kenya (KDF) ont mené une offensive militaire contre Al-Shabaab dans le sud de la Somalie. Les KDF ont pris le contrôle de certaines régions du sud de la Somalie ainsi que certaines zones du Kenya, notamment Ijara, Garissa et Liboi.

    En 2012, les tensions entre ces voisins ont dégénéré puisque des gisements de pétrole et de gaz ont été découverts au large des côtes. Les deux pays revendiquent la propriété des eaux où les gisements ont été découverts.

    Alors que le Kenya se remet de l'attaque du 21 septembre contre le centre commercial Westgate à Nairobi par le groupe militant islamiste somalien Al-Shabaab, des soupçons à l’endroit de la communauté somalienne dans la province du Nord-Est montent. Beaucoup craignaient de parler à IPS, de peur que le gouvernement kényan ne mette illégalement sur écoute leurs téléphones cellulaires.

    Ibrahim Ahmed, directeur exécutif de l’ONG 'Kenya Somali Consortium' qui cherche à régler le conflit découlant du différend frontalier, a indiqué que tout n'allait pas bien dans la vaste et aride province du Nord-Est. Il a affirmé que le gouvernement kényan avait fait peu d’efforts pour "amener les gens à prendre conscience que ce ne sont pas tous les Somaliens qui sont des terroristes. Cela peut compromettre la lutte contre le terrorisme".

    A cause de la frontière entre le Kenya et la Somalie longue de 700 km, largement poreuse, le nombre de Somaliens entrant au Kenya augmente de jour en jour. Les statistiques du gouvernement montrent qu'au moins 630.000 Somaliens vivent au Kenya. L'accentuation de la migration a également apporté avec elle une intensification apparente de trafic d’armes.

    Les habitants de la province du Nord-Est affirment que certains groupes de Somaliens amènent facilement des armes dans le pays. Le ministère de la Sécurité intérieure du Kenya estime que jusqu'à 680.000 armes à feu illégales sont aux mains des civils à travers le pays. Cependant, il n'existe pas de chiffres exacts sur les armes qui sont passées clandestinement par la frontière entre le Kenya et la Somalie.

    La disponibilité facile des armes légères a accentué les tensions entre clans et les conflits violents au sein des Somaliens du Kenya dans la province du Nord-Est, et a compromis la sécurité nationale.

    Abdi a déclaré que "même le Programme alimentaire mondial est incapable de se rendre à des endroits tels que Wajir [dans la province du Nord-Est] pour apporter de l’aide humanitaire par crainte d'enlèvement et de mort".

    "Les Somaliens dans la province du Nord-Est s'identifient à leurs homologues en Somalie. Bien que le Kenya soit stable depuis cinq décennies, la province du Nord-Est est toujours une zone difficile, et puisque le gouvernement a fait un peu d’effort pour apaiser les habitants, ils semblent déterminés à rendre la région ingouvernable, tout comme les Somaliens l’ont fait en Somalie", a indiqué Ahmed à IPS.

    Toutefois, il a ajouté que "l'augmentation des armes légères et de petit calibre, à travers le pays, ne devrait pas être attribuée à la porosité de la frontière entre le Kenya et la Somalie uniquement, et pas seulement au fait que des Somaliens sont impliqués".

    "Je suis impliqué dans le désarmement dans le nord du Kenya et je suis conscient que la plupart des trafiquants d'armes sont des étrangers, notamment des Russes et des Ukrainiens. Des navires accostent en Somalie avec des armes qui sont également stockées dans le pays pour être transportées à travers l'Afrique de l’est".

    "Pourquoi personne ne parle des questions frontalières le long du Kenya et de l’Ethiopie, du Soudan et même de l’Ouganda, qui sont également des conduits pour des armes dangereuses qui viennent directement de l'étranger à travers la Somalie?", a demandé Ahmed.

    Depuis l'attaque contre le centre commercial Westgate, il y a eu des appels visant à renvoyer les réfugiés somaliens dans leur pays. Mais Hussein Ali, un habitant de la ville de Garissa, a déclaré à IPS que cela "élargit le fossé entre les Somaliens du Kenya et le gouvernement".

    "Comment le gouvernement peut-il dire aux Somaliens du Kenya que nous sommes un, et solliciter leur aide pour combattre Al-Shabaab alors qu’il ne leur a toujours pas fourni les mêmes privilèges dont jouissent d’autres Kényans?", a demandé Ali, se référant au Somaliens vivant dans la zone frontalière contestée de la province du Nord-Est du Kenya et au manque d'investissement dans la région.

    Selon Ahmed, la province du Nord-Est est sans infrastructures adéquates et les soins de santé y sont de mauvaise qualité, il n’a pas d'accès à l'eau courante, et les écoliers étudient pour la plupart sous des arbres à cause de l'absence d'infrastructures appropriées.

    "Les Somaliens du Kenya s'identifieront toujours davantage à leurs homologues en Somalie et devraient se voir accorder l'autonomie dont jouissent les Somaliens en Ethiopie", a souligné Ahmed.

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