Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Economie et Travail, Headlines, Reportage d'Afrique, Santé »

KENYA: La voie pour tenir les promesses électorales

    By Brian Ngugi

    NAIROBI, 17 avr (IPS) – Le président kényan nouvellement investi, Uhuru Muigaï Kenyatta, peut être confronté à un certain nombre de défis, notamment une affaire imminente à la Cour pénale internationale (CPI) et une économie au ralenti.

    Mais il doit également s'attaquer à la corruption et aux clivages ethniques pendant qu’il démarre son mandat de cinq ans en tant que chef d'Etat de la plus grande économie d'Afrique de l'est.

    C'est ce que pense le sénateur nouvellement élu, Bonny Khalwale, originaire du comté de Kakamega, dans l'ouest du Kenya.

    Khalwale, qui est un éminent champion de la lutte contre la corruption, a déclaré à IPS: "Ce qui divise ce pays, ce ne sont pas nos tribus, c'est la répartition inégale des ressources, qui a fait qu'une partie des tribus se sent aliénée".

    Des violences ethniques ont suivi le scrutin contesté de décembre 2007 au Kenya, faisant environ 1.200 morts et déplaçant 600.000 personnes. Le pays compte 42 groupes ethniques différents.

    La terre était l'un des plus grands problèmes au cours des violences et à l’époque, un professeur d'économie à l'Université de Nairobi, qui a requis l'anonymat, avait indiqué à IPS que l'Etat avait "montré un préjugé manifeste en faveur d'une tribu au détriment du reste au moment de l'indépendance, lorsque les terres laissées derrière par les Britanniques devaient être réparties parmi la population locale".

    Un Rapport sur le développement humain publié en 2009 par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) classait le Kenya comme l'une des sociétés les plus inégalitaires au monde, puisque 30 pour cent de la population du pays vivent dans la pauvreté. Le rapport a révélé en outre que les 10 premiers pour cent des ménages du pays contrôlent 42 pour cent de toutes les recettes, tandis que les 10 pour cent du bas contrôlent moins d'un pour cent.

    "Par conséquent, Kenyatta doit rapidement régler ces problèmes auxquels les Kényans sont confrontés, y compris le chômage, l'insécurité alimentaire et la corruption", a souligné Khalwale.

    Ndung'u Wainaina, le directeur exécutif du Centre international pour le développement des politiques et la prévention des conflits (ICPC, son sigle en anglais), a affirmé que Kenyatta devrait appliquer totalement la constitution sans chercher "à la contourner".

    "Avec l'aide de la constitution, ils (Kenyatta et son adjoint, William Ruto) doivent aborder les questions inachevées de répartition équitable des ressources et des terres, qui ont en partie amené les Kényans à se retourner les uns contre les autres en 2007", a déclaré Wainaina à IPS.

    Avant la victoire de Kenyatta, l’ICPC est allé au tribunal pour demander si les règles d'intégrité de la constitution du Kenya pourraient empêcher Ruto et lui de participer aux élections à la lumière de leurs affaires en cours devant la CPI.

    Les deux sont confrontés à des accusations de crimes contre l'humanité, qui auraient été perpétrés lors des violences postélectorales de 2007. Mais ils ont fait un certain nombre de promesses économiques aux Kényans dans la période précédant les élections.

    Dans son discours inaugural au Centre international des sports Moï, le 9 avril, Kenyatta a déclaré qu'il tiendrait les promesses, qui comprennent l'amélioration des soins de santé primaires et l'éducation, ainsi que la création d’un million d'emplois par an pour les jeunes. Environ 36 pour cent des 41,6 millions d’habitants du Kenya ont entre 15 et 35 ans, selon le rapport du PNUD.

    Mais David Owiro, un expert des politiques de la réglementation et de la concurrence au groupe de réflexion local appelé Institut des affaires économiques du Kenya, a souligné à IPS que bien que les promesses soient largement en tandem avec les besoins du pays, elles manquaient d’un cadre clair de mise en œuvre.

    "Il est vraiment difficile de voir d’où l'argent viendra pour la plupart des projets qu'ils ont promis".

    "Le gouvernement aura du mal à respecter les engagements du secteur public étant donné le statut dominant de l'économie", a indiqué Owiro.

    Kenyatta a également promis sept à 10 pour cent de croissance économique au cours des deux prochaines années. Il avait dit que pour réaliser cela, son administration se concentrerait sur l'amélioration de l'industrie manufacturière et l'augmentation de la production agricole à travers un accès équitable à la terre.

    Owiro a ajouté que la plupart de ces promesses étaient très vagues et à forte intensité de capital et que ce n'était pas clair de savoir comment le gouvernement Kenyatta les mettrait en œuvre.

    Abdi Mohammed, un analyste économique à Nairobi, a déclaré à IPS que dans le contexte économique actuel, il pourrait être difficile pour l'administration Kenyatta de tenir ses promesses. Selon le Fonds monétaire international, l'économie du Kenya a connu une croissance située entre 4,5 et cinq pour cent en 2012.

    "A moins que l'administration Kenyatta soit en train de miser sur le pétrole que le Kenya a découvert, qui, s'il est avéré commercialement viable, pourrait être un changeur du jeu économique, s'appuyer sur des secteurs comme l'agriculture et le tourisme pour assurer la croissance sans les mentionner en y investissant, est un appel difficile", a indiqué Mohammed.

    En mars 2012, le Kenya a découvert des gisements de pétrole de haute qualité dans la région nord-ouest de Turkana, qui selon la société d’exploration pétrolière 'Tullow Oil', donnerait d'importants rendements en essence et en gas-oil.

    Mohammed a déclaré qu’établir un équilibre entre le développement continu du pays et les budgets récurrents pour promouvoir la croissance, serait une tâche monumentale. Il a ajouté que la plus forte croissance que l'économie kényane ait jamais atteinte était de sept pour cent en 2006.

    "Le coût de la décentralisation a encore gonflé la masse salariale et dans une perspective d'allocation des ressources, il est difficile d'amener tous les secteurs à se développer à un tel rythme", a-t-il souligné.

    A partir du 5 mars à minuit, le Kenya a mis en œuvre un nouveau système décentralisé de gouvernance et avec ce nouveau système, les décisions touchant les 47 comtés du Kenya seront désormais prises au niveau local, plutôt qu’à l'échelle nationale.

    Selon le professeur Edward Kisiangani, politologue à l'Université Kenyatta, le président Kenyatta prend le pouvoir à un moment où le pays est profondément divisé et en proie à des problèmes, notamment la corruption endémique et la pauvreté généralisée.

    "Le président doit tendre la main à toutes les communautés, même celles qui n'ont pas voté pour lui, afin d'unifier le pays suite à la profonde division créée par les élections générales et le recours contre [les résultats de] la présidentielle peu après", a déclaré Kisiangani à IPS.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa