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KENYA: L’attaque de Nairobi expose la faiblesse des politiques américaines contre la terreur

    By Ramy Srour

    WASHINGTON, 24 sep (IPS) – A la suite de la pire attaque terroriste en Afrique de l'est en trois ans, les spécialistes de la politique étrangère aux Etats-Unis exhortent le gouvernement américain à revoir sa politique contre le terrorisme dans la région.

    Comme le nombre de victimes s'élève à 62 pendant un siège armé qui a tenu des dizaines de personnes en otage dans un grand centre commercial dans un quartier résidentiel de Nairobi, la capitale du Kenya, beaucoup insinuent que l’organisation militante somalienne, Al-Shabaab, qui serait liée à Al-Qaïda, peut-être plus forte et mieux organisée qu'on ne le pensait auparavant.

    Il y a un peu plus d'un an, les forces conjointes américano-kenyanes ont réussi à chasser Al-Shabaab de son dernier bastion dans le sud de la Somalie, amenant le gouvernement américain à appeler cela un succès de la politique américaine contre le terrorisme. Mais ce qui s’est produit au cours du week-end à 'Westgate Mall', à Nairobi, pourrait insinuer le contraire.

    "Cette attaque doit être vue comme un appel à l'action", a déclaré à IPS, Katherine Zimmermann, de 'American Enterprise Institute', un groupe de réflexion néoconservateur à Washington. "Ce que l'attaque montre est que la lutte contre le terrorisme en Afrique a stagné et que des groupes comme Al-Shabaab sont beaucoup plus forts que ne le pensait l'administration américaine".

    Dans les jours à venir, les décideurs américains peuvent examiner à nouveau leur approche contre le terrorisme, en particulier au Kenya, où le gouvernement a été un allié important des Etats-Unis.

    "Ce que cette attaque fait, c’est le renforcement de l'idée que la région ne doit pas être vue uniquement à travers le prisme de la lutte contre le terrorisme, sacrifiant d'autres questions tout aussi importantes que la communauté internationale devrait aborder", a indiqué à IPS, Vanda Felbab-Brown, une experte des menaces non traditionnelles à la sécurité à 'Brookings Institution', un groupe de réflexion à Washington.

    "La stratégie américaine actuelle contre le terrorisme dans la région a principalement porté sur des attaques ciblées contre Al-Shabaab, alors qu'elle aurait pu aborder les causes structurelles de sa radicalisation".

    Felbab-Brown cite un chômage élevé, une économie somalienne faible et la corruption généralisée comme les principales raisons derrière la radicalisation des jeunes qui ont rejoint Al-Shabaab. Les efforts américains contre le terrorisme, affirme-t-elle, ont accordé peu ou pas d'attention à ces questions.

    Le gouvernement américain a fourni à la Somalie au total 445 millions de dollars d'aide pour la sécurité entre 2008 et 2011, près de 50 pour cent de l'assistance totale américaine au pays pendant cette période. Ce qui semble être absent dans la stratégie américaine, souligne Felbab-Brown, c'est "un réel effort pour améliorer l'économie somalienne et exhorter le gouvernement à favoriser une intégration politique plus large de ces jeunes".

    Peu d'analystes suggèreraient que la question de la lutte contre le terrorisme soit retirée de l'agenda dans toute l’Afrique de l'est. Mais les experts à Washington exhortent de plus en plus la stratégie américaine à inclure des efforts concrets visant à renforcer la société civile et à reconstruire le système judiciaire somalien, qui demeure dysfonctionnel à la suite de décennies de guerre civile.

    A la suite de l'attaque, le gouvernement américain a immédiatement promis d'aider le gouvernement kényan.

    "Nous avons offert notre assistance au gouvernement du Kenya et nous nous tenons prêts à aider de n’importe quelle façon que nous pouvons", a déclaré le secrétaire d'Etat, John Kerry, le 21 septembre.

    Pas de surpriseL’implication des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme en Somalie a commencé au début des années 2000, sous l'administration du président George W. Bush. A l'époque, le gouvernement américain cherchait à aider à la fois la Somalie et l'Ethiopie voisine à renverser l'Union des tribunaux islamiques (ICU), qui à ce moment cherchait à remplacer le vide de pouvoir en Somalie par un régime islamique dirigé conformément à la charia.

    Al-Shabaab a été formé au cours de ces années comme l'aile militaire de l'ICU, et il a depuis lors cherché à expulser les "forces hostiles" dans la région. Pourtant, les forces internationales, appuyées notamment par les Etats-Unis, ont finalement fait des percées importantes dans la lutte contre les militants Shabaab.

    Entre 2011 et 2012, l'armée kényane, soutenue par les Etats-Unis, a mené une série de frappes anti-terroristes à l’intérieur de la Somalie qui ont abouti à chasser le groupe de Kismayo, une ville côtière importante connue pour son accès aux routes de pétrole de la mer Rouge et comme le dernier bastion d’Al-Shabaab en Somalie.

    Le département d'Etat américain s’était félicité de la libération de Kismayo comme la fin de la bataille et a salué la "réussite de la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM) dans le renvoi de l'organisation terroriste Al-Shabaab des centres de population stratégiquement importants" comme de grandes prouesses pour la stratégie américaine contre le terrorisme dans la région.

    Mais le groupe, avec un effectif d’environ 5.000 militants, n'a jamais été vraiment vaincu, l’existence de sa force étant mise en lumière par le siège de ce week-end du centre commercial de Nairobi. L'attaque de Westgate est juste la dernière d'une série de mesures de représailles prises par Al-Shabaab contre ses ennemis en Afrique de l'est, y compris un raid contre un quartier de l'ONU en juin.

    "L'attaque terroriste au centre commercial Westgate, à Nairobi, était évidemment des représailles de la part d’Al-Shabaab pour la présence militaire kényane en Somalie depuis octobre 2011, et un signal délibéré qu'ils constituent toujours une force avec laquelle compter", a expliqué lundi, James Jennings, président de Conscience Internationale, une organisation d'aide humanitaire qui a travaillé en Somalie pendant la famine de 2010-2011.

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