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KENYA: Le défi d’être une femme masaï

    By Joan Erakit

    NATIONS UNIES, 15 mai (IPS) – La tribu masaï du Kenya et de la Tanzanie a longtemps été une lanterne de la culture traditionnelle pour beaucoup d'Africains – et pour les Occidentaux en safari à travers Maasai Mara, Samburu ou Amboseli, un visage familier.

    Mis à part la familiarité et les voyages, cette tribu est confrontée aux mêmes nombreux obstacles sur la voie du développement que toute autre communauté marginalisée dans le monde.

    William Kikanae, chef de la communauté de son village masaï à Maasai Mara, s’est récemment entretenu avec IPS à New York lors du lancement par Pikolinos, une marque de chaussures espagnole, d'une initiative visant à fournir des opportunités économiques aux femmes des tribus locales.

    "D'abord, je sais personnellement que les femmes constituent la partie la plus importante de la famille", a déclaré Kikanae à IPS. "(Mais) pour les Masaïs, les femmes ne sont pas importantes. Elles n'ont pas le pouvoir comme les hommes".

    En tant que directeur de l’Association pour le développement, le commerce alternatif et le microcrédit (ADCAM) au Kenya, Kikanae travaille avec des marques à l’étranger comme Pikolinos pour développer des projets qui permettent aux femmes de sa communauté de gagner de l'argent.

    Grâce au Projet masaï, les femmes locales brodent des sandales qui sont ensuite envoyées en Espagne pour la finition et vendues partout dans le monde, avec les bénéfices qui reviennent dans des projets de développement communautaire tels que des écoles, centres de santé et des logements.

    "Avant, les hommes de ma communauté pensaient que je soutenais les femmes à avoir plus de pouvoir qu'eux", a indiqué Kikanae au sujet du Projet masaï.

    "Nous n'irons contre personne. Je peux dire maintenant que même nos politiciens sont fiers de ce projet", a ajouté Kikanae.

    Des intermédiairesSelon une femme responsable du gouvernement et médecin, originaire de la tribu masaï, qui a requis l’anonymat, soutenir les femmes et les propulser à l'avant-garde du développement est une façon significative de réaliser le changement chez les Masaïs.

    "Les femmes ne peuvent pas posséder le bétail qu'elles surveillent, mais si elles sont instruites, ces choses changeront. Cependant, tout n'est pas perdu pour celles qui ne sont pas allées à l'école. Si elles sont autorisées par leurs hommes à faire le commerce du lait, des objets d'art, elles peuvent générer des revenus pour leurs familles", a souligné à IPS cette responsable kényane.

    Les communautés pauvres sont toujours victimes d'exploitation et de désinformation lorsqu’il s'agit d'aide, alors quand une tribu comme les Masaïs entre en partenariat avec une organisation à l’étranger, il est naturel que le scepticisme apparaisse.

    "Je pense que le problème ici vient des intermédiaires. Ce sont des gars qui sont censés relier la communauté avec 'ceux qui apportent l’aide'. Ces personnes profiteront de l’occasion pour exploiter la communauté afin de réaliser leur propre ambition, avec une très petite partie de l'aide qui parvient aux bénéficiaires", a expliqué la responsable à IPS.

    "Puisque l'éducation a connu du retard, les quelques personnes instruites ont profité de l'ignorance de la majorité pour leur propre avantage. Donc, en un mot, le villageois ordinaire peut ne pas être capable de distinguer cela".

    Des devoirs à la lumière du feuLes femmes masaï sont à peine dans un déni quand il s'agit de leur non accès à l'éducation. Elles comprennent que plus il y a des gens instruits au sein de leur communauté, moins elles seront victimes d'exploitation.

    Mais les vieilles habitudes persistent. Dans beaucoup de villages africains, c’est un fait bien connu que ce n'est que lorsqu’une jeune fille est rendue inutile à sa famille – pas disposée à se marier jeune, réticente à effectuer des tâches et travaux ménagers, ou à aller creuser dans le jardin – qu’elle serait envoyée à l'école pour étudier. Cela a provoqué une division et maintenu l’éducation inaccessible à celles qui la désiraient.

    Une question de tradition par rapport à la modernisation est encore visible aujourd'hui.

    En outre, l'absence de besoins fondamentaux à la maison comme l'électricité ou le transport à l'école entrave considérablement les performances d'un élève des zones rurales. La responsable indiqué à IPS: "Vous pouvez imaginer (des élèves en train) d’essayer de faire des devoirs de maison à la lumière du feu ou de parcourir de longues distances à pied pour aller et revenir de l'école".

    Laisser les femmes dirigerDu point de vue d’un étranger, il peut sembler que les femmes masaï n’ont pas de chance, depuis l'absence de services de santé – en particulier concernant la santé maternelle où beaucoup de femmes continuent de mourir pendant l'accouchement – jusqu’à la propagation du VIH/SIDA, un sujet dont la plupart ne se sentent pas à l'aise de parler.

    "Les hommes vont vendre des vaches ou travailler dans les villes, ont des relations avec les citadines et amènent le virus à la maison", a indiqué la responsable. "Les femmes n'ont pas entendu parler de préservatif ou de négociation pour des rapports sexuels protégés".

    Comme dans d'autres sociétés à travers le monde, la propagation du VIH/SIDA est directement liée à l'éducation, et lorsque les enfants ne reçoivent pas d'informations sur la santé sexuelle, le cycle perpétuel de la maladie continue.

    En plus de ces préoccupations, il y a le problème croissant de déplacement.

    "De grandes étendues du Maasialand sont vendues par les hommes, parfois à l'insu de leurs épouses. De Kitengela à Namanga, sur la frontière, cela se passe. Ces terres sont achetées par d'autres communautés et bientôt, les Masaïs seront dans des zones reculées extrêmement difficiles d’accès. Le leadership actuel est trop myope pour voir cette catastrophe se dessiner", a ajouté la responsable.

    Interrogée sur ce qu’il faut pour faciliter le développement chez les Masaïs, la responsable a déclaré: "Il faut un bon leadership pour guider ce processus afin qu'il n'y ait aucune exploitation".

    Avec l'éducation et un bon leadership, les obstacles auxquels la tribu est confrontée sont lentement abordés. Une à une, les femmes masaï sont plus susceptibles de réévaluer les besoins de leurs familles entières et de la communauté environnante, tout en travaillant ensemble avec des organisations locales et internationales pour opérer un changement mesurable, a-t-elle dit.

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