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KENYA: Les champs de fleurs ne sont pas une partie de plaisir

    By David Njagi

    NAIVASHA, Kenya, 16 juin (IPS) – Catherine Mumbi connaît les difficultés à travailler dans le secteur des fleurs au Kenya. Elle a été renvoyée en tant qu’ouvrière occasionnelle dans un champ de fleurs après avoir pris de congé pour se remettre des complications du foie. Mais ce n’était que le début de ses problèmes.

    "Lorsque je me sentais mieux, je suis retournée, mais mon supérieur a exigé que j'aie des rapports sexuels avec lui pour garder mon emploi", affirme Mumbi, qui avait pris deux mois de congé alors qu’elle était hospitalisée pour sa maladie. "J'ai refusé".

    "Le lendemain matin, un gardien a frappé à ma porte avec une lettre qui disait que mon travail était terminé et que je devais immédiatement quitter l'enceinte de l'entreprise", raconte Mumbi à IPS. "Je suis au chômage depuis ce temps…. Je survis grâce à la générosité des sympathisants depuis décembre 2011".

    Il est possible que le travail de Mumbi ait pu également lui causer sa maladie en premier lieu.

    IPS a visité quelques champs de fleurs à Naivasha, dans la province de la Vallée du Rift au Kenya, où l'accès est limité et où les terrains sont surveillés par des agents de sécurité. Ici, pour des centaines d’ouvriers comme Mumbi, une rose saine signifie une durée de vie écourtée.

    A l'intérieur des serres mesurant jusqu'à huit mètres sur 60, tout est calme, sauf pour les ordres bruyants du superviseur occasionnel. La cueillette et la coupe se poursuivent sans histoire puisque les tas de roses fraîchement récoltées ne cessent de s'accumuler.

    Même l'odeur de produits chimiques fraîchement pulvérisés ne semble pas interrompre l'ordre et la discipline dans ces champs qui se sont multipliés à Naiposha, un terrain autrefois irrégulier situé à 30 kilomètres de la ville de Naivasha.

    Selon Charles Kasuku, un agent social à Naivasha impliqué dans un précédent audit sur les conditions de travail dans le secteur des fleurs au Kenya, il y a des cas où les étiquettes de produits chimiques sont changées pour les empêcher d’être identifiés comme toxiques.

    Par exemple, des campagnes pour l'élimination progressive du bromure de méthyle, un poison hautement toxique, avaient commencé dès 1998. Mais il existe des preuves que ce produit continue d’être utilisé actuellement.

    "Cela explique pourquoi des cas de patients souffrant de maladies étranges sont signalés dans les centres de santé situés autour des champs de fleurs", indique-t-il à IPS. "Récemment, un ancien ouvrier est mort de ce qui, selon les médecins, était des complications chimiques".

    Des experts de l'Institut de recherche médicale du Kenya (KEMRI, son sigle anglais) ont dit à IPS que parmi les maladies les plus répandues, causées par l'exposition aux produits chimiques, figurent des problèmes de foie, des complications respiratoires et le cancer, ainsi que l’impuissance sexuelle.

    "Mais les graves effets de ces expositions pourraient apparaître plusieurs années après que les ouvriers ont été licenciés de leurs emplois", souligne à IPS Dr Mohamed Karama du KEMRI. "Les gens ne devraient pas travailler pendant de longues heures dans ces serres".

    L'ampleur des violations des droits humains dans les champs de fleurs au Kenya n’est pas une anomalie, plus d'une décennie après que la société civile a exprimé ses inquiétudes. Des documentaires ont même été réalisés reproduisant les traces de la cruauté. Un récent documentaire intitulé "Les femmes des fleurs", indique que les ouvriers du secteur sont si mal rémunérés qu'ils ne peuvent pas payer une facture d'hôpital.

    Un débat parlementaire en 2012 indiquait que les ouvriers recevaient environ 47 dollars par mois, bien en dessous des 118 dollars que la constitution du Kenya recommande pour des travailleurs occasionnels.

    Ceux qui travaillent dans ces champs craignent de s'exprimer de peur de perdre leurs emplois et leurs moyens de subsistance. En outre, un rapport publié en mai par 'Workers Rights Watch', une association agréée des travailleurs, délégués d’atelier et des principaux responsables au Kenya, affirment que 60 pour cent des femmes ouvrières du secteur des fleurs sont confrontées au harcèlement sexuel.

    L'Autorité de développement de l'horticulture estime qu'il y a plus de 70.000 femmes qui travaillent dans le secteur. Le Conseil des fleurs du Kenya (KFC, son sigle anglais) indique que le secteur emploie près de 100.000 personnes. Selon la KFC, les petits fermiers représentent environ 2.500 champs, alors qu'il y a plus de 150 fermes moyennes et grandes.

    L'horticulture est l’une des principales sources de devises pour le Kenya et la KFC estime que l'industrie génère environ un milliard de dollars de recettes annuellement. Mais pour des milliers de femmes qui y travaillent, le flux des bénéfices signifie la souffrance dans le silence.

    Des experts juridiques affirment que l'Organisation internationale du travail (OIT) oblige les gouvernements à protéger les travailleurs contre les excès et abus industriels.

    Dans le même temps, les mouvements commerciaux sont soutenus par le Conseil d’administration des services de sécurité et de santé au travail, qui est censé habiliter les syndicats à se rassembler pour le bien-être du travailleur.

    "Les inspections du travail ne se font plus", indique à IPS, Mary Kambo, une chargée de programmes aux Services de développement communautaire, tout en commentant la mise en œuvre de la Convention sur l'inspection du travail de l'OIT.

    Toutefois, la secrétaire permanente du ministère du Travail, Beatrice Kituyi, affirme que de telles allégations ne sont pas fondées puisque des rapports montrant les progrès que le Kenya fait dans la mise en œuvre de la convention peuvent être consultés sur le site internet du ministère.

    "Le Kenya est sur la bonne voie en termes de mise en œuvre de la convention de l'OIT", déclare Kituyi à IPS. "Une grande partie de ce que nous avons fait peut être consultée sur notre site internet".

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