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KENYA: Les différences dans le pays sont dissipées avec de l’or

    By Brian Ngugi

    NAIROBI, 13 août (IPS) – Lorsque l’athlète kényan David Lekuta Rudisha est simultanément devenu la première personne à battre les 1min 41sec au 800m tout en devenant le premier à établir un record mondial aux Jeux olympiques de Londres le jeudi 9 août, il réussissait aussi un autre coup. Il a brièvement réunifié une nation ethniquement divisée.

    A travers cette nation d'Afrique de l’est, les gens se sont rassemblés dans les foyers, centres commerciaux, restaurants et pubs pour voir Rudisha, localement surnommé "Roi David", confirmer son statut de champion des 800m avec son temps de victoire de 1min 40.91sec.Dans la nuit de la victoire de Rudisha, les clivages ethniques se sont dissipés, et il n'était pas rare de voir des hommes et des femmes des groupes ethniques kalenjin et kikuyu, les deux principaux groupes rivaux dans les violences postélectorales de 2007 au Kenya, danser ensemble, tous joyeux."J'espère que le sens de l'unité qui a été provoqué par la victoire de Rudisha atteindra tous les aspects de nos vies", a déclaré à IPS, Samuria Pulley, un habitant de 32 ans de la banlieue de Kibera à Nairobi, la capitale kényane.Il y a à peine cinq ans, le Kenya s'est retrouvé au bord de la destruction après que des violences ethniques postélectorales, déclenchées par les élections générales bâclées en décembre 2007, ont vu des voisins se retourner les uns contre les autres. Près de 1.200 personnes ont été tuées et 600.000 déplacées de leurs maisons dans les violences de masse qui ont suivi.Et les tensions demeurent encore puisque, selon 'Human Rights Watch', "les victimes de viol, d’agression, d’incendie criminel, et d'autres crimes attendent toujours justice"."Les policiers, qui ont tué au moins 405 personnes lors des violences, blessé plus de 500 autres, et violé des dizaines de femmes et filles, jouissent d'une impunité absolue", a indiqué l'organisation dans un rapport publié en décembre 2011.Quatre Kényans bien en vue, soupçonnés d'avoir incité aux violences à travers le pays, ne sont pas encore jugés devant la Cour pénale internationale.Ces suspects, qui sont poursuivis pour crimes contre l'humanité, notamment l'ancien ministre de l'Enseignement supérieur, William Ruto, le présentateur de radio, Joshua Sang, l’actuel vice-Premier ministre, Uhuru Kenyatta, et l'ancien chef de la fonction publique, Francis Muthaura. Leurs procès démarreront seulement les 10 et 11 avril 2013.Les tensions ethniques demeurent vives et s’accentuent à travers le pays. La Commission nationale de cohésion et d'intégration, qui a été créée dans le cadre des efforts de réconciliation après les violences de 2007 pour faciliter et promouvoir une coexistence pacifique et l'intégration des Kényans, a prévenu que les violences pourraient éclater de nouveau si cette situation n'est pas maîtrisée.Le 8 mai, les Services de sécurité nationale et de renseignements ont informé le gouvernement que de solides indicateurs de violences existent puisqu’un accroissement de la politique tribale a alimenté les hostilités ethniques, pendant que la campagne pour les élections générales de mars 2013 passe à la vitesse supérieure.Mais quand Rudisha a fait ce que personne d'autre n'a été capable de réaliser lors des jeux, y compris le médaillé d'or des 100m et 200m, le Jamaïcain Usain Bolt, en fixant un nouveau record mondial – le pays a éclaté dans la fête.Avant la victoire de Rudisha, les Kényans étaient déçus que leurs légendaires coureurs de fond n’aient pas pu remporter l'or. Ezekiel Kemboi avait été le seul médaillé d'or du pays après avoir remporté les 3.000m steeple. Mais la victoire de Kemboi n'a pas automatiquement inspiré l'unité entre les Kényans comme l’a fait celle de Rudisha, puisqu’il est accusé de crimes.Kemboi, qui a remporté la première médaille d'or pour le Kenya lors des jeux, y a participé après avoir été libéré sous caution suite à son arrestation comme l’auteur présumé, accusé d’avoir poignardé une femme le 27 juin à Eldoret, dans la province de la Rift Valley, au Kenya.Cette femme a déclaré que Kemboi l’a poignardée pour avoir prétendument refusé ses avances sexuelles après une beuverie. Kemboi a nié les allégations."C’est défaitiste pour un athlète d'espérer inspirer l'unité entre les Kényans alors que ses actions hors du terrain sont contraires à cela", a déclaré à IPS, Wambui Kuria, 23 ans, un étudiant à l’Université polytechnique du Kenya, au sujet de la victoire de Kemboi.Il n'est donc pas étonnant que la course de Rudisha, qui a poussé non seulement lui-même, mais aussi le reste du terrain à des records personnels, ait inspiré une telle exaltation et une telle unité."Je crois que cette unité n'est pas fausse et j'espère qu'elle persistera au-delà des Jeux olympiques", a indiqué à IPS, Faith Kyomukama, un étudiant de 24 ans à l'Université Daystar."Pourquoi devrions-nous faire de la discrimination les uns contre les autres sur la base de la tribu? Nous avons montré que notre unité peut l’emporter sur ces petites différences", a ajouté Kyomukama.Et des experts sociaux ont bon espoir que le sport peut être utilisé pour dissiper de façon permanente les divisions ethniques dans le pays.Dr Gidraph Wairire, professeur de sociologie à l'Université de Nairobi, a dit à IPS que le sport pouvait aider le Kenya à dissiper de façon permanente les divisions ethniques.Il a affirmé que le sport a produit, à la fois pour ceux qui participent et ceux qui regardent, un "sentiment d’optimisme", qui a déclenché un lien unificateur au sein des citoyens."Une fois que vous voyez quelqu'un gagner… à ce moment-là, vous pouvez vraiment oublier vos différences en tant qu'individus dans les communautés ethniques", a-t-il expliqué."Dans le cas des athlètes kényans, si ce pouvoir du sport peut être priorisé et exploité, le Kenya serait en mesure de dissiper ces divisions ethniques qui, dans tous les cas, sont également provoquées par des différences mineures", a-t-il souligné. Il a ajouté que ces divisions étaient seulement superficielles et pas fondamentalement permanentes.

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