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KENYA: Les éleveurs regardent le passé pour assurer leur avenir

    By Isaiah Esipisu

    NAIROBI, 22 fév (IPS) – David Lenamira, surveillant comme d’habitude à partir d’un siège dressé à l’extérieur de sa cour, n’a aucune difficulté à reconnaître ses moutons au moment où les jeunes gardiens de troupeau les conduisent à la maison chaque soir. Les animaux rouge-brun sont plus petits que ceux des troupeaux de ses voisins, mais il en est fier tout de même.

    "Le rêve de tout éleveur est de faire des profits qui, dans la plupart des cas, proviennent de l’élevage d’animaux pouvant venir à maturité plus rapidement et ayant une productivité élevée. Mais l’expérience m’a enseigné que cela peut ne pas être toujours vrai", a déclaré l’éleveur qui vient de Sirata-oribi, district de Samburu Central au nord du Kenya.Contrairement à la plupart de ses voisins, le troupeau de Lenamira est constitué de moutons Maasaï rouges. La race la plus répandue dans cette partie semi-aride du pays est le Dorper, une race exotique de moutons d’origine sud-africaine.Des moutons spécialement conçus"La race de mouton Dorper a été développée notamment pour les conditions climatiques semi-arides. Mais comparés aux Maasaï, les Dorpers sont plus gros, ce qui signifie qu’ils ont besoin de plus de nourriture. De même, les Dorpers sont moins résistants aux ravageurs et aux maladies par rapport aux races Massaï rouges, et ils ont été développés pour avoir un temps [de maturité] plus court que celui des Maasaï rouges", a expliqué Dr Pat Lenyasunya, un vétérinaire pastoraliste de Samburu.Les éleveurs des zones arides du Kenya disent que les Dorpers se révèlent maintenant moins résistants pendant la sécheresse plus fréquente liée au changement climatique.Les conditions mettent en évidence les qualités du Maasaï rouge de Lenamira. Cette race indigène du Kenya, de couleur rouge-brun généralement, n’a pas joui de beaucoup de popularité au niveau international, à la fois à cause de sa petite taille et du fait qu’elle laisse pousser des poils plutôt que de la laine sur son corps."J’ai vu mes voisins perdre leurs Dorpers dans la sécheresse, et cela est une expérience que je ne voudrais pas vivre", affirme Lenamira.Son ami Kalani Lenguris, du village de Nontoto, ressent encore les effets après qu’il a perdu 300 moutons pendant la sécheresse de l’année dernière."J’ai perdu presque tous les Dorpers purs pendant la sécheresse. Ceux qui restent sont des croisements avec les Maasaï rouges mais ils sont déjà émaciés à cause de la sécheresse qui ravage notre campagne en ce moment", a déclaré Lenguris à IPS.Mais la race Maasaï rouge est sous pression, déclare Dr Jacob Wanyama, coordonnateur de 'African LIFE Network' (Réseau Vie africaine), qui travaille pour la défense des droits et des moyens d’existence des éleveurs. "Il n’est pas facile de trouver les races indigènes pures, notamment de bovins, d’ovins et de caprins", dit-il."Les quelques animaux survivants ont au moins certains gènes provenant des animaux exotiques, ce qui dilue la pureté de la composition génétique indigène originelle", explique-t-il."Quand je travaillais comme agent de vulgarisation agricole dans les années 1980, l’une des politiques du gouvernement a été de promouvoir les races animales à forte production en encourageant les éleveurs à conserver les races exotiques ou à faire des croisements. A certains moments, nous encourageons les éleveurs à castrer les mâles indigènes pour qu’ils dépendent de l’insémination artificielle ou de la reproduction de leurs animaux par des races exotiques".A l’époque, déclare Wanyama, l’amélioration de la productivité du bétail semblait être la formule magique contre la pauvreté. "Mais nous ne savions pas que cela allait nous poursuivre; la plupart des races animales actuellement disponibles au Kenya et dans de nombreux autres pays africains ne sont ni des races indigènes pures ni des races exotiques pures. La biodiversité génétique pure, en Afrique notamment, a presque disparu".Les bergers sauvent les moutonsDans un effort visant à sauvegarder le stock de moutons indigènes purs restant, Lenamira et d’autres personnes ont, avec le soutien de 'LIFE Network', formé un groupe de conservateurs composé de 60 éleveurs du district, qui se sont spécialisés dans l’élevage du Maasaï rouge. Chacun d’eux a entre 200 et 500 animaux.Le groupe de conservateurs a peut-être trouvé des alliés là où on ne s’y attend pas. Les experts en génétique animale à l’Institut international de recherche sur le bétail (ILRI) de Nairobi ont découvert que la race Maasaï rouge a des traits génétiques qui la rendent résistante aux parasites intestinaux, un problème majeur pour les éleveurs de moutons, non seulement au Kenya, mais aussi dans les fermes commerciales en Australie et en Nouvelle Zélande.Dr Okeyo Mwai, l’un des principaux chercheurs à ILRI, déclare que les gènes individuels ne sont pas encore isolés; et les scientifiques sont encore loin de pouvoir transférer les traits spécifiques à d’autres races de moutons."A l’heure actuelle, l’option la plus logique est d’élever la race Maasaï rouge [de manière classique] pour l’amélioration de la croissance, de la fertilité et de l’efficacité de l’alimentation", souligne Dr Okeyo Mwai, l’un des principaux chercheurs à l’ILRI. "Il s’agit de faire le croisement avec d’autres races rustiques pour assurer que de tels gènes importants ne soient pas perdus, mais qu’ils soient durablement conservés dans les troupeaux commerciaux, pendant que nous attendons que les technologies génomiques deviennent abordables et plus pratiques".Le gouvernement du Kenya a rapidement reconnu que, à part les modestes efforts des groupes comme celui de Lenamira, les trésors génétiques comme le Maasaï rouge sont menacés et que les races indigènes ont besoin de protection urgente.Ce constat a conduit le gouvernement du Kenya à créer le Comité national consultatif sur les ressources génétiques animales pour coordonner les éleveurs indigènes, les institutions de recherche, les universités et toutes les autres parties intéressées dans un effort visant à préserver les ressources génétiques restantes."Le comité est déjà créé. Pour le moment, nous sommes en train d’élaborer un projet de loi sur la même question, qui sera présenté au cabinet au cours du mois de février 2011 afin d’être transformé en loi", a expliqué Cleopas Okore, directeur adjoint du ministère de l’Elevage et du Développement du Kenya et coordonnateur du Comité consultatif sur les ressources génétiques.L’isolation des gènes résistant aux vers des moutons de la race Maasaï rouge peut voir cette race la plus négligée de moutons se propulser comme une ressource très importante, fournissant aux éleveurs le mécanisme du contrôle biologique des vers dont on a le plus besoin.

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