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KENYA: Les femmes détiennent la clé de la prospérité rurale

    By Isaiah Esipisu

    KIAMBANI, Kenya, 12 avr (IPS) – John Kyalo Mulwa n'arrivait pas à subvenir aux besoins de sa famille avec sa ferme de six hectares; alors il a abandonné l'agriculture pour ouvrir un bar. Mais il a cédé la terre – et le pouvoir de décision par rapport à cela – à sa femme. Elle s'est avérée être une meilleure fermière qu'il ne l’avait jamais été.

    Fidelis Mbithe se lève à 6 heures du matin tous les jours pour ramasser des feuilles de chou frisé pour nourrir ses poulets. Parfois, elle complète cela avec du maïs concassé et du pois d'Angole pour ses 120 oiseaux locaux, puisqu’ils ne peuvent pas vivre des feuilles seulement.

    "C'est une zone touchée par la sécheresse. C'est pourquoi nous devons envisager d'utiliser des connaissances locales afin de rendre durable toute sorte d'élevage", explique cette agricultrice de 30 ans. Elle fuit les races exotiques uniformément plus lourdes, qui arrivent plus rapidement à maturité, pour élever des variétés locales plus fortes et multicolores. Comme beaucoup d'autres qui élèvent la volaille au Kenya, elle a trouvé un créneau pour ces oiseaux élevés en plein air, et des consommateurs affirmant qu'ils sont plus délicieux que les poulets exotiques.

    Les poulets de Mbithe constituent la base du succès qu'elle connaît depuis qu’elle a repris la gestion de la ferme de six d'hectares de sa famille dans le petit village de Kiambani, dans l’est du Kenya. En 2007, elle a commencé avec cinq oiseaux, et les a soigneusement entretenus pour atteindre le nombre actuel.

    Elle a investi les bénéfices du projet de volaille dans l'agriculture des terres arides. "Je cultive plusieurs types de légumes, y compris l'amarante, les dolics, les choux frisés, les tomates, les légumineuses telles que les pois d'Angole et beaucoup d'autres. Je cultive également le maïs et le millet – essentiellement pour l’usage domestique et nourrir mes poulets. Je vends les produits restants au marché local".

    Une aide mutuelle

    "Quand j'ai constaté que mon stock augmentait constamment, j'ai décidé d’adhérer à un groupe d'entraide de femmes appelé 'Kaasya Production Group' (Groupe de production Kaasya) – une partie de l'Association des agricultrices de Mbiuni", a déclaré Mbithe. L'association est composée de 16 groupes d'entraide de femmes, avec au total 750 petites agricultrices comme membres de la région semi-aride d’Ukambani, dans l’est du Kenya.

    Le groupe collabore avec une organisation non gouvernementale (ONG) appelée 'Inades-Formation' – une ONG panafricaine qui encourage des groupes à économiser collectivement pour soutenir chacun des membres avec des prêts. Mbithe n’a pas encore pris son premier prêt. "J'ai mes actions qui s’accumulent et très bientôt je pourrais contracter un prêt afin d'agrandir mon projet", a-t-elle indiqué.

    L’exemple de Mbithe renforce les résultats d’une recherche publiés en mars par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, qui suggèrent que si les femmes avaient accès aux mêmes ressources que les hommes, leurs rendements agricoles pourraient augmenter de 20 à 30 pour cent.

    "Mbithe est l'une des femmes qui sont passées de l’état de pauvreté pour devenir des soutiens de leur famille immédiate et élargie grâce à l'agriculture à petite échelle", a déclaré Jane Biashara, un expert en développement communautaire qui a travaillé avec plus de 60 groupes de petites fermières au Kenya.

    Selon Biashara, la meilleure façon d'autonomiser les femmes pauvres, c’est de les mobiliser dans des groupes, où elles peuvent réunir des fonds et emprunter à partir de leur propre épargne commune. "A partir de mon expérience, j'ai appris que les femmes pauvres sont plus à l'aise à emprunter à partir des caisses communes qu'elles possèdent, qu’à obtenir des prêts auprès d'autres organisations. Les intérêts accumulés retournent à la même caisse, évitant ainsi des pertes", a-t-elle expliqué.

    Elle souligne l'exemple de l'Association des agricultrices de Mbiuni à laquelle appartient Mbithe. Le groupe a accumulé plus de 70.000 dollars de capital pendant cinq ans, simplement parce que les membres achètent des actions dans l'association au coût de 500 shillings (6,25 dollars) par action.

    Selon Judith Musau Mwikali, trésorière de Mbiuni, les membres sont autorisés à emprunter de l'argent sur le compte de l'association, qu’ils remboursent plus tard avec un intérêt. "L'intérêt devient par conséquent un dividende pour profiter à tous les membres du groupe".

    Ne pas avoir un titre formel sur la terre constitue un obstacle commun pour les femmes qui recherchent de crédit; l'association règle cela en exigeant que l'emprunteuse obtienne trois garants, également membres du groupe d'entraide dont elle fait partie. Le montant qu’un membre peut emprunter se limite aussi au nombre d'actions qu'elle a achetées dans l'association.

    "Nous utilisons les membres comme garants simplement parce que dans la plupart des cas, les femmes ne possèdent pas de propriétés qu’elles peuvent utiliser comme caution pour un prêt. Cela signifie que si un membre est incapable de rembourser le prêt, alors nous prenons les actions des garants", a expliqué Musau.

    La ferme de Mbithe révèle une ressource essentiellement inexploitée au cœur de l'agriculture africaine: les femmes autonomes.

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