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KENYA: Les guerres de l’eau tuent des vingtaines de personnes

    By Protus Onyango

    NAIROBI, 12 sep (IPS) – La pénurie d'eau alimente des guerres interethniques meurtrières qui continuent de faire des victimes au Kenya, selon des officiels gouvernementaux. Et si rien n'est fait pour sensibiliser les communautés sur la façon de préserver cette ressource précieuse, la situation s'aggravera, préviennent des experts de la gouvernance et des écologistes.

    Le dimanche, 9 septembre, 38 personnes ont été tuées dans des attaques de représailles dans le district du delta de 'Tana River', dans la province de la Côte, au Kenya. Les personnes décédées comprennent huit enfants, cinq femmes, 16 hommes et neuf policiers.

    L'incident est survenu alors que le gouvernement annonçait qu'il effectuerait un exercice de désarmement dans le delta de 'Tana River' suite aux affrontements sur l'eau et le pâturage qui ont fait plus de 80 morts.

    Le patron de la police de la province de la Côte, Aggrey Adoli, a déclaré à IPS que près de 500 assaillants du groupe ethnique Pokomo ont attaqué le village de Kilelengwani, dans le delta de 'Tana River', et ont incendié un camp de police et plusieurs autres structures à l'aube. Le lundi 10 septembre, la zone était inaccessible et les policiers ont été transportés par hélicoptère pour réprimer la violence.

    "C’était en représailles à un incident survenu jeudi 6 septembre, au cours duquel 13 Pokomos ont été tués lorsque des assaillants (du groupe ethnique) Orma ont attaqué le village de Tarassa dans la région", a indiqué Adoli.

    Ces attaques sont menées en représailles à un incident survenu le 22 août par rapport à l'eau et des ressources, faisant 52 morts, dont 11 enfants et 31 femmes. Cette attaque s'est produite après que des bovins appartenant au groupe ethnique Orma se sont égarés sur les terres agricoles appartenant à la communauté Pokomo voisine et ont détruit leurs récoltes. Les deux communautés ont une longue histoire de conflits de ressources.

    Mais des conflits de ressources ne se limitent pas à cette région. De même, le 22 août, quatre personnes ont été tuées dans un incident distinct dans le village de Muradellow, à Mandera Nord, dans la province du Nord-Est. La police a indiqué que le conflit a eu lieu au niveau d’un point d'eau où des bergers avaient emmené leurs animaux.

    En mars, 22 personnes ont été tuées à Mandera. Plus de 1.500 personnes ont fui leurs maisons en raison des violences qui ont eu lieu dans le village d’El Golicha, près de la frontière du Kenya avec la Somalie.

    Le responsable de la province du Nord-Est, Ernest Munyi, qui est également le commissaire adjoint de la police de la région, a dit à IPS que les attaques devenaient plus fréquentes.

    "Des attaques de clans sont fréquentes dans cette région, qui enregistre des affrontements tous les mois depuis février. Ces attaques étaient souvent sporadiques, ciblant les membres d'autres clans, mais découlent généralement de rivalités sur des ressources".

    "Ce sont des pasteurs nomades qui dépendent de l’élevage pour leur survie. Ils volent du bétail et se battent pour l'eau et les rares pâturages", a-t-il expliqué.

    Des leaders politiques, activistes des droits humains et des écologistes demandent au gouvernement de régler le problème de toute urgence.

    Mwalimu Mati, le directeur général de 'Mars Group', une organisation non gouvernementale qui traite des questions de la gouvernance, a déclaré à IPS que le gouvernement doit fournir des ressources équitables pour mettre fin aux affrontements.

    "Des conflits de ressources seront avec nous pendant longtemps parce que les politiques gouvernementales, qui font la promotion de la récolte de bois, ont entraîné la déforestation", a souligné Mati, qui est aussi un avocat. Une couverture forestière peu abondante a entraîné la baisse des précipitations dans la région, selon les experts de l'eau.

    Peter Mangich, le directeur des services de l'eau au ministère de l'Eau et de l'Irrigation, a déclaré à IPS qu’en raison des effets des changements climatiques, le pays n’a reçu maintenant que le quart de ses précipitations antérieures.

    "Les précipitations moyennes annuelles sont de 630 millimètres, qui devraient faire quatre fois ce chiffre pour être suffisantes. Le Plan national de développement de 2002 à 2008 reconnaît le Kenya comme un pays pauvre en eau où la demande pour l’eau dépasse les sources renouvelables d'eau douce", a-t-il indiqué.

    "Nos ressources naturelles en eau en diminution, en raison de l'insuffisance des précipitations et d’une couverture forestière peu abondante qui se situe à trois pour cent, constituent le problème. Les bassins hydrographiques du pays n’y sont pas équitablement répartis", a-t-il expliqué.

    Et c'est la raison qui explique l'augmentation des conflits, selon Dr Bernard Rop, un ancien commissaire des mines, un géologue et écologiste.

    "Comme conséquence de la répartition inégale de l'eau entre les bassins hydrographiques du pays et dans les bassins, des conflits sur l'utilisation de l'eau éclatent du fait de la demande de l'eau pour l'irrigation, l'élevage, la préservation de la faune et de l'environnement", a expliqué Rop à IPS.

    "Il y a eu des affrontements sur l'eau et les pâturages dans la plupart des régions du Nord-Est, de Turkana, Samburu et de Pokot, dans la Rift Valley et les régions de la Côte pendant ces 10 dernières années, entraînant la mort de 400 personnes et le vol de 10.000 bovins", a-t-il déclaré.

    Mati a souligné que le conflit de ressources s'étendrait à d'autres régions du pays qui n’étaient pas pauvres en eau.

    "Le conflit ne se produira pas seulement dans les zones sèches. Les changements climatiques sont manifestes et même les pays qui partagent le Nil se le disputent. Que le gouvernement adopte d'autres mesures pour résoudre ce problème", a-t-il dit.

    Mati a expliqué que le besoin de l'eau avait entraîné en Tanzanie, Ouganda, au Kenya, en Ethiopie, au Soudan et au Soudan du Sud un appel à l'annulation d'un traité de 1959, négocié par le Royaume-Uni, qui accordait à l'Egypte et, dans une moindre mesure au Soudan, des droits historiques sur les ressources du fleuve.

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