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KENYA: Les petits fermiers vulnérables au changement climatique

    By Miriam Gathigah

    NAIROBI, 26 juil (IPS) – Puisque la sécurité alimentaire du pays et les moyens de subsistance des agriculteurs sont menacés par le changement climatique, le Kenya a des options politiques divergentes.

    L'une est dépendante du déploiement de nouvelles technologies ainsi que de l'amélioration et l'expansion de l'utilisation d'engrais et de pesticides, tandis que l'autre se tournerait vers les connaissances indigènes et la biodiversité naturelle du pays.

    L'enjeu, c’est la survie des petits fermiers du pays face à des conditions climatiques sans précédent.

    Selon le ministère de l'Agriculture, environ cinq millions de ménages, sur huit millions au Kenya, dépendent directement de l'agriculture pour leurs moyens de subsistance. Mais les agriculteurs du Kenya – en particulier les petits fermiers – sont confrontés à des temps incertains en raison des conditions climatiques extrêmes.

    Des informations issues de la dernière saison agricole constituent une tendance récente inquiétante dans laquelle les principales sources d'eau du pays produisent moins qu'elles ne le faisaient dans le passé.

    "Des dizaines de fleuves et cours d'eau qui prennent leur source à partir du mont Kenya, Mau Complex, Aberdares, Cherangani Hills et du mont Elgon produisent maintenant moins d'eau, ou s’assèchent complètement pendant la saison sèche", déclare à IPS, Joshua Kosgei, un agent de vulgarisation agricole à Elburgon, dans la province de la Vallée du Rift.

    Le rapport national 2012/2013 de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) pour le Kenya indiquait que les précipitations au cours de la saison "de petites pluies", d'octobre à décembre, étaient bien en dessous de la moyenne. En outre, le rapport disait: "Une série de périodes de sécheresse a également provoqué une mauvaise germination, augmentant les besoins de replantation (jusqu'à trois fois) et entraînant le flétrissement et le dessèchement des cultures".

    Selon l'Institut de recherche agricole du Kenya (KARI), plus de 10 millions de personnes, sur une population totale de 40 millions d’habitants du Kenya, souffrent de l'insécurité alimentaire, la majorité d'entre elles vivant de l'aide alimentaire.

    Le secteur de l'agriculture représente environ 25 pour cent du produit intérieur brut de cette nation d'Afrique de l’est et au moins 60 pour cent des exportations. Les statistiques gouvernementales montrent en outre que la production à petite échelle représente au moins 75 pour cent du total des rendements agricoles et 70 pour cent des produits agricoles commercialisés.

    Le thé, l'un des principaux produits d’exportation du pays évalué à 1,17 milliard de dollars par le Bureau national des statistiques du Kenya, est parmi les cultures les plus exposées. Les experts estiment que les changements climatiques pourraient coûter aux producteurs de thé jusqu'à 30 pour cent des gains en espèces.

    "Le thé est très sensible aux changements climatiques", indique à IPS, Kiama Njoroge, un agent de vulgarisation agricole dans le centre du Kenya. "En conséquence, 500.000 petits agriculteurs sont confrontés à des incertitudes par rapport à leurs moyens de subsistance".

    Joel Nduati, un petit fermier dans le centre du Kenya, ajoute: "Le manque d'informations sur les interventions visant à faire face aux changements climatiques, constitue notre problème principal".

    Nduati explique à IPS que l'autre problème auquel les agriculteurs sont confrontés, est le stress hydrique. "Trop d'eau quand nous n'en avons pas besoin, puis des saisons sèches prolongées. Ce dont nous avons besoin, ce sont des variétés de cultures qui peuvent résister à ces changements".

    Pourtant, selon Kosgei, des interventions pour lutter contre les changements climatiques ont été déjà développées; ce qui manque, c'est un moyen de transmettre efficacement ces informations aux agriculteurs.

    "Par exemple, la Fondation pour des recherches sur le thé au Kenya a développé 45 variétés de thé, mais beaucoup de fermiers ne les ont pas encore adoptées parce qu'ils ne savent même pas qu'elles existent", souligne Kosgei.

    Il ajoute en outre que cinq nouvelles variétés de pommes de terre et plusieurs variétés de chou frisé ont été développées par le KARI. "Mais combien d'agriculteurs sont même conscients de ces nouvelles variétés, encore moins les adoptent?".

    La dissémination de ce type d'informations est entravée par le manque d'agents de vulgarisation. Alors que la FAO recommande qu'il y ait un agent de vulgarisation pour servir 400 fermiers, actuellement, le Kenya compte juste un agent de vulgarisation pour 1.500 agriculteurs, selon l'Association de développement international de l'agriculture et des zones rurales.

    Les petits agriculteurs au Kenya produisent seulement un cinquième de ce qu'ils pourraient réaliser, affirme l'agent de vulgarisation.

    Mais ce n’est pas tout le monde qui est d’accord avec les prescriptions de Kosgei.

    "La solution, c’est de revenir aux connaissances indigènes qui favorisent un grand mouvement agro-écologique à la base. Une approche qui rassemble les stratégies agricoles qui n'utilisent pas de produits chimiques", déclare à IPS, Gathuru Mburu, coordonnateur du Réseau africain pour la biodiversité.

    "Les agriculteurs produisent de façon insuffisante à cause de l’usage à outrance de produits chimiques. L’agro-écologie utilise le fumier animal. Les restes issus des récoltes précédentes peuvent être aussi enfouis comme fumier", explique Mburu.

    Njoroge approuve cette idée, indiquant que des pays comme le Rwanda, l'Ethiopie et le Ghana font des progrès significatifs vers l'amélioration de la sécurité alimentaire et des moyens de subsistance en utilisant les connaissances indigènes.

    Mais certains estiment que l'option de l’agro-écologie est comme tourner le dos aux nouvelles technologies qui renferment un potentiel énorme.

    "Criminaliser les produits chimiques n'est pas une solution. Les fermiers doivent adopter des innovations scientifiques", souligne à IPS, John Kamangu, un chercheur en biodiversité. "Nous avons besoin d’une modification génétique qui nous permettra de produire des graines qui peuvent résister à des températures plus élevées et à des précipitations plus fortes".

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