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KENYA: L’extrémisme attire les jeunes

    By Miriam Gathigah

    NAIROBI, 25 sep (IPS) – Ali Hassan Gitonga, 33 ans, récemment converti à l'islam dans la communauté Meru, dans la Province orientale du Kenya, aurait voyagé en Somalie pour une formation auprès d’Al-Shabaab en 2011. Il est arrêté pour son implication présumée dans l’attaque terroriste du 21 septembre contre 'Westgate Mall' à Nairobi, au Kenya.

    Cette année-là, 4.000 soldats de la Force de défense du Kenya, dans le cadre d'une offensive baptisée 'Opération Linda Nchi' (Opération protéger la nation), avaient été déployés en Somalie pour chasser le groupe terroriste Al-Shabaab de Kismayo, une ville côtière du sud du pays.

    Depuis cette opération, Al-Shabaab a mené une série d'attaques de vengeance dans diverses parties du Kenya, qui ont blessé, mutilé et tué des civils innocents.

    Mais selon le ministère de la Sécurité intérieure, il ressort que Gitonga est juste l'un des jeunes âgés de 15 à 34 ans, de plus en plus nombreux, dans les pays d'Afrique subsaharienne, qui sont davantage orientés vers le radicalisme islamique. Le Kenya, la Somalie, l'Erythrée et la Tanzanie font partie des pays qui sont confrontés au plus grand risque provenant de cette menace intérieure.

    Abdi Muhamud, un avocat et spécialiste des droits de l'Homme dans la province de la Côte, au Kenya, déclare: "Beaucoup de jeunes issus de familles pauvres sont allés en Somalie pour une formation auprès d’Al-Shabaab. On leur promet des emplois lucratifs à l'extérieur du pays et un appui économique pour leurs familles".

    Muhamud affirme que la montée et la domination du groupe rebelle islamiste Al-Shabaab en Somalie depuis 2009 a eu de graves conséquences pour les pays voisins, en particulier le Kenya.'International Crisis Group' (ICG), une ONG qui œuvre pour la résolution et la prévention des conflits meurtriers, indique: "Au cours des quatre dernières années, il [Al-Shaabab] a développé une infrastructure d’appui formidable et secrète au Kenya. Une petite frange salafiste djihadiste, mais très radicalisée, soudée et secrète qui se tourne vers Al-Shabaab comme une source d'émulation".

    Bien qu'il soit incontestable qu'il existe une activité terroriste au Kenya, les chefs musulmans, spécialistes des droits de l'Homme et les analystes politiques ne s’accordent pas sur l'existence et le degré de radicalisme parmi les musulmans kényans.

    "Il existe un radicalisme parmi les musulmans au Kenya", affirme Muhamud. "Le slogan 'Pwani Si Kenya' (La province de la Côte n'est pas le Kenya), avancé par le Conseil républicain de Mombasa (MRC) pour pousser la province de la Côte à se séparer du gouvernement central, est un bon indicateur".

    Muhamud a déclaré à IPS que bien que le MRC, qui se vante d'un effectif contestable de plus de 1,5 million de fidèles, ait été créé en 1999, il est resté dormant jusqu'en 2008 quand il a réapparu avec ce slogan. "C'est vers la période où la présence d'Al-Shabaab en Somalie a commencé à s’accentuer de manière significative. Ces événements sont liés", a-t-il dit.

    "Les musulmans dans le nord du Kenya et la province de la Côte ont été les principales cibles pour le recrutement et l'extrémisme de la part d’Al-Shabaab et ses sympathisants. Les habitants sont majoritairement des musulmans qui se sont sentis marginalisés par le gouvernement central", a expliqué Muhamud.

    Mais Cyprian Nyamwamu, directeur exécutif de la Fondation pour la démocratie en Afrique de l'est, n’est pas d’accord. "La situation est beaucoup plus complexe que le radicalisme et doit être abordée à la lumière de la géopolitique et de l'économie mondiale. Le Kenya est un pays stratégique en Afrique de l’est et l'Occident a un grand intérêt à faire du pays une cible facile".

    Selon ICG, depuis le 11 septembre 2001, le Kenya a soutenu activement les efforts occidentaux visant à identifier, arrêter et détenir des terroristes présumés. Muhamud affirme que cela a laissé le Kenya vulnérable aux attaques des "ennemis des pays occidentaux. Ce n'est pas une guerre kényane, mais mondiale".

    Nyamwamu approuve cela. "Nous sommes confrontés à des extrémistes venus de l'extérieur du Kenya. Partant des attaques de 'Westgate Mall' seules, il est évident que le capital humain est considérablement externe. La sécurité intérieure a indiqué que la plupart des assaillants étaient des Européens. Nous avons peut-être affaire à la réinvention du groupe Al-Qaïda".

    Mais Muhamud indique qu’il ignore que la propagation du radicalisme dans différentes parties du pays fait partie du problème. "En outre, la Corne de l'Afrique, où se trouve la Somalie, est géographiquement proche du Moyen-Orient. Les pays occidentaux doivent aborder les problèmes du Moyen-Orient, car ils se répandent en Afrique subsaharienne à travers la Somalie troublée".

    Toutefois, il y a ceux qui imputent le radicalisme croissant non pas tellement à la religion mais au chômage. Les statistiques du gouvernement kényan montrent que chaque année, 500.000 jeunes entrent sur le marché de l’emploi. Sur les 19,8 millions de personnes en âge de travailler dans ce pays de 41 millions d’habitants, au moins 70 pour cent sont des jeunes âgés de 18 à 34 ans. Et plus de 65 pour cent de ces jeunes sont au chômage.

    En outre, les statistiques indiquent que sur deux crimes signalés à la police, un a été commis par un jeune dont l’âge se situe entre 16 et 25 ans.

    Père Gabriel Dolan, un chroniqueur au journal 'Saturday Nation' et un éminent activiste des droits de l'Homme au Kenya, déclare: "Nous avons des non-Somaliens qui exploitent la population croissante de jeunes chômeurs. Ces terroristes ne sont pas des jeunes qui vont à la mosquée".

    "La plupart des personnes arrêtées dans le passé, en relation avec les activités d'Al-Shabaab, sont des jeunes qui prétendent s’être convertis à l'islam et ils sont issus de différentes communautés non-somaliennes", souligne-t-il.

    Selon Dolan, "Nous sommes confrontés à très peu de radicaux. Ce n'est pas un problème de radicalisme répandu. Malheureusement, vous n'avez pas besoin d'un grand nombre pour promouvoir des idéologies extrêmes. A cause des quelque 15 assaillants de Westgate, plus de 62 vies ont été perdues et au moins 200 personnes blessées. Et ce n'est qu'un seul incident".

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