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KENYA: Quand la pauvreté devient une catastrophe

    By Miriam Gathigah et George Gao

    NAIROBI/NEW YORK, 17 oct (IPS) – Wambui Karunyu, 72 ans, et son petit-fils de sept ans sont les seuls membres survivants de leur famille proche. Le mari de Karunyu et ses cinq enfants ont tous succombé aux difficultés de la vie dans la région semi-aride du district du Bas-Mukurweini, dans le centre du Kenya.

    En 2009, une sécheresse a frappé certaines régions du centre et du sud-est du Kenya, laissant 3,8 millions de personnes dans le besoin d'aide alimentaire. Quatre ans plus tard, la situation dans la région reste désastreuse. Selon l'Autorité régionale de gestion de la sécheresse, tandis que des parties du Haut-Mukurweini reçoivent 1.500 mm de précipitations annuelles, le Bas-Mukurweini enregistre seulement 200 mm.

    Un nouveau rapport publié par 'Overseas Development Institute' (ODI), un groupe de réflexion basé au Royaume-Uni, identifie le Kenya comme l'un des 11 pays les plus exposés à la pauvreté causée par des catastrophes.

    Ce rapport intitulé "La géographie de la pauvreté, des catastrophes et des extrêmes climatiques en 2030", prévient que la communauté internationale n'a pas encore abordé correctement les menaces que les catastrophes constituent pour les parties les plus pauvres du monde.

    Le rapport renferme des endroits où la pauvreté et les catastrophes naturelles seront probablement concentrées en 2030; et dans plusieurs cas, ces endroits se chevauchent.

    Cependant, la gravité des catastrophes – telles que la sécheresse, les inondations et les ouragans – dépend des politiques de "gestion des risques de catastrophe" que le gouvernement a mises en place, selon l'ODI.

    En 2010, par exemple, le tremblement de terre de magnitude 7,0 en Haïti a tué 11 pour cent des gens qui ont ressenti ses secousses, tandis que le tremblement de terre au Chili – d'une magnitude encore plus élevée, 8,8 – a tué 0,1 pour cent; et en 2008, le cyclone Nargis a tué 138.000 personnes au Myanmar, alors que l'ouragan Gustav de puissance similaire en a tué 153 quand il a touché les Caraïbes et les Etats-Unis.

    Des catastrophes "à évolution lente" – telles que la sécheresse qui affecte Karunyu et son petit-fils au Kenya – sont souvent les revers les plus durs pour le développement, en particulier dans les zones rurales pauvres qui ne disposent pas de filets de sécurité sociale, selon l'ODI.

    "Je plante du maïs et des haricots à chaque saison, mais je ne récolte rien. Je ne cesse jamais de planter parce que j'espère que cette fois sera meilleure par rapport à la saison passée. Mais c'est toujours la même chose, la perte et la faim", déclare Karunyu à IPS.

    Simon Mwangi, un habitant de Mukurweini et prestataire de services à l'Association des éleveurs de chèvres laitières du Kenya, une association d'éleveurs de chèvres à petite échelle, affirme à IPS que l'histoire de Karunyu n'est pas unique.

    "Ici, la vie est caractérisée par la pauvreté et la faim. La plupart [des gens] vivent dans des zones rurales, et ils sont agriculteurs. A cause des sécheresses prolongées, la situation est alarmante, puisqu’ils n'ont pas d'autres moyens de subsistance", explique-t-il.

    Mwangi note que des précipitations irrégulières, des sécheresses fréquentes et l'incapacité des habitants à s'adapter aux durs changements climatiques ont affecté la croissance d'une variété de cultures, telles que le maïs et les haricots, qui se développaient avec succès.

    "Le Bas-Mukurweini n'est plus une zone de maïs, mais les agriculteurs continuent de semer du maïs sans succès. Il existe des cultures résistantes à la sécheresse qui peuvent bien marcher ici, y compris des fruits, tels que les ananas et les mangues indigènes. Mais le manque d'agents de vulgarisation a fait qu’il a été difficile pour les gens ici de s'adapter au climat sec", indique-t-il.

    Il y a aussi un manque d'ONG et de travailleurs humanitaires à Mukurweini pour répondre à la détresse des habitants. Le Fonds international de développement agricole (FIDA) a opéré à Mukurweini pendant neuf ans avant de partir en 2011.

    "Les choses étaient beaucoup meilleures lorsque [le FIDA] organisait l’irrigation et des formations pour les agriculteurs. Certaines sous-localités faisaient beaucoup mieux, et il y avait des vivres. Mais plusieurs parties du Bas-Mukurweini sont maintenant exposées à la famine", déclare Mwangi.

    Au Kenya, chaque enfant né dans une année de sécheresse est à 50 pour cent plus susceptible de souffrir de malnutrition, selon le rapport. Et de 1997 à 2007, moins de 10 pour cent des personnes pauvres du Kenya ont échappé à la pauvreté, tandis que 30 pour cent des gens non-pauvres au Kenya sont entrés dans la pauvreté, en partie à cause des multiples catastrophes naturelles qui affectent le pays.

    En juillet 2012, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a réuni une équipe de 27 conseillers pour l'aider à atteindre l'objectif ambitieux de mettre fin à la pauvreté mondiale. Dix mois plus tard, cette équipe – dénommée le Groupe de haut niveau de personnalités éminentes (HLP) – a produit un rapport qui a conseillé à Ban, entre autres, de "renforcer la résilience et de réduire les décès dus aux catastrophes naturelles" d'un pourcentage qui sera convenu.

    Le HLP a recommandé que cet objectif d'atténuation des catastrophes soit inclus dans l’agenda de développement post-2015, une liste qui remplacerait les huit Objectifs actuels du millénaire pour le développement – qui ne comporte pas une fois le mot "catastrophe".

    L'intensité des catastrophes naturelles est censée augmenter avec le changement climatique. L’ODI prévoit que jusqu'à 325 millions de personnes pauvres dans 49 pays seront exposées à des conditions météorologiques extrêmes d’ici à 2030.

    L’Autorité régionale de gestion de la sécheresse affirme que le comté de Nyeri, où se trouve Mukurweini, devrait s'attendre à davantage de périodes sèches plus longues.

    "Pendant la journée, vous voyez à peine des gens au dehors, il fait trop chaud. Même la terre devient trop chaude, vous ne pouvez pas marcher pieds nus", souligne Mwangi.

    "Sans nourriture ou un accès à l'eau, les personnes âgées meurent de faim et disparaissent calmement", souligne-t-il.

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