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KENYA: Squatter sur une richesse minière

    By Miriam Gathigah

    NAIROBI, 6 sep (IPS) – Zeinab Mohamed est un squatter de 70 ans dans le comté de Kwale, dans la province de la Côte, au Kenya. Comme beaucoup d'autres habitants de cette province, depuis des décennies, Mohamed vit dans ce que les squatters appellent "maisons flottantes".

    "Nous possédons les maisons, mais pas la terre. Nous n'avons pas de titres fonciers", affirme-t-elle à IPS. Son mari est mort squatter, à l’âge de 86 ans.

    "Depuis 40 ans, nous [essayons d'obtenir] un titre de propriété pour cette terre. Je suis vieille, je pourrais mourir n’importe quel jour, et je craignais que je ne quitte mes enfants et petits-enfants sans terre", déclare Mohamed.

    Selon 'Kenya Land Alliance', une ONG locale, 68 pour cent des 41,6 millions d'habitants du Kenya sont des squatters, la province de la Côte ayant le plus grand nombre de propriétaires terriens sans papiers. Cependant, il n'existe pas de statistiques globales sur le nombre de personnes qui ne possèdent pas de terre.

    Mais dans quelques jours, la location de Mohamed dans la "maison flottante" prendra fin. Elle est parmi les milliers d’habitants de la province de la Côte qui bénéficieront d’un titre foncier de la part du président, Uhuru Kenyatta, leur accordant la propriété de leur terre.

    Kenyatta a commencé à délivrer des titres de propriété le 30 août, dans un exercice en cours qui profitera, dans cette première phase, à 60.000 ménages de la province de la Côte. Au cours des cinq prochaines années, le ministère des Affaires foncières compte délivrer trois millions de titres fonciers à travers ce pays d'Afrique de l’est, changeant sensiblement des vies. Ces titres de propriété peuvent être utilisés pour obtenir des prêts et améliorer les moyens de subsistance.

    Dans le comté de Kwale, où Mohamed vit, 14.381 titres de propriété seront délivrés aux habitants. Mais la propriété foncière est une question complexe dans la zone puisque la région est riche en minerais. Un projet existant d'extraction de titane est prêt pour être lancé dans le comté en septembre.

    Et en juillet, 'Cortec Corporation', une entreprise d’exploration de minerais, a annoncé qu'ils avaient découvert des gisements de niobium, un métal ductile gris, d’une valeur estimée à 62,4 milliards de dollars.

    La découverte du niobium à 'Mrima Hills', dans le comté de Kwale, a fait de la région l’un des cinq premiers sites de gisements rares au monde, entrant dans un marché qui a été dominé par la Chine.

    Si des minerais sont découverts sur la terre de ceux qui n’ont pas encore reçu de titres de propriété, ils ne profiteront pas de la découverte.

    "La plupart des habitants ne sont pas dédommagés chaque fois que des minerais sont découverts, puisqu’ils n'ont pas de documents tangibles pour prouver qu'ils sont les vrais propriétaires terriens", a expliqué à IPS, Njuguna Mutonya, un expert des affaires foncières dans la région côtière.

    "Puisque toutes les terres privées qui renferment des minerais appartiennent au gouvernement, [ces] terres doivent être reprises par le gouvernement. Ces nouveaux détenteurs de titres de propriété ont des chances d’être dédommagés avant qu'ils ne soient déplacés ailleurs", indique-t-il.

    Mutonya affirme que les personnes sans titre de propriété pour prouver que la terre leur appartient, seront dédommagées pour ce qui est sur la terre et non la terre elle-même; "alors, si vous aviez construit une maison et planté quelques arbres, c'est pour ces choses que vous serez dédommagé(e)".

    Des experts de l'exploitation minière des terres, comme l’ingénieur Kimani Ngunjiri, soulignent que cela explique pourquoi "le comté de Kwale est parmi les 10 comtés les plus pauvres du Kenya, bien qu’étant riche en minerais. Les sociétés minières se font des milliards tandis que les communautés immédiates continuent d'être pauvres".

    Ngunjiri déclare à IPS que les questions de propriété foncière ont de graves conséquences sur "qui a accès aux avantages qui découlent de la terre si elle renferme en effet des minerais".

    Mais des experts des affaires foncières comme Mutonya indiquent que la décision du gouvernement de délivrer des titres de propriété permettra d'améliorer les perspectives des populations locales et elles pourraient profiter des recettes générées par les projets d’exploitation minière dans leurs régions.

    Mais l'exercice a suscité une guerre de mots âpre entre Kenyatta et son principal adversaire politique, Raila Odinga.

    La famille du président possède de vastes étendues de terre à travers le pays, en particulier dans la province de la Côte, la Vallée du Rift et le centre du Kenya. Cela était devenu une grande question politique dans la perspective des élections générales.

    Odinga a désapprouvé l'exercice, le qualifiant de politiquement motivé pour gagner la confiance des habitants de la province de la Côte qui ont massivement boudé la 'Jubilee Coalition' de Kenyatta dans la perspective des élections générales du 4 mars.

    Mais pour les squatters qui ont été confrontés à une série d'expulsions dans diverses parties de la province de la Côte, il s'agit d’une aube nouvelle.

    "La propriété foncière a été un problème persistant. Toute la région côtière appartient à quelques magnats riches. Si le président Kenyatta fait de la politique tout en améliorant nos vies, laissez-le", déclare à IPS, Amina Juma, une squatter à Kilifi, dans la province de la Côte.

    Mutonya affirme que les gens ne croyaient pas que Kenyatta pouvait résoudre le problème de la terre, en particulier sur la côte.

    "La nouvelle tournure des événements a changé le paysage politique et socioéconomique des populations de la côte. La terre cessera progressivement de devenir un outil de campagne lors des élections générales", dit-il.

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