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KENYA: Un village où les hommes ne sont pas les bienvenus

    By Hannah Rubenstein

    UMOJA, Kenya, 17 avr (IPS) – Aucun homme, sauf pour ceux élevés ici comme enfants, ne vit dans le village d’Umoja, au Kenya; aucun depuis deux décennies. C'est un village de et pour femmes uniquement, des femmes qui ont été maltraitées, violées, et forcées de quitter leurs foyers.

    Dans la culture du district de Samburu, dans le nord du Kenya, il y a un dicton: "Les hommes sont la tête d'un corps, et les femmes le cou". Le cou peut supporter la tête, mais la tête est toujours dominante, domine.Mais dans ce village reculé, situé dans les prairies du district de Samburu, ce mantra ne sonne pas vrai. A Umoja, comme une habitante l’a dit, "Nous sommes nos propres têtes".Umoja, qui signifie "unité" en swahili, possède un seul statut dans le pays: c'est un village peuplé uniquement de femmes. Depuis plus de deux décennies, aucun homme n’a été autorisé à y résider.Cette règle est l'une des exigences d'une communauté qui a lutté, contre toute attente, pour devenir un lieu de refuge pour les femmes. C’est un sanctuaire où les hommes – qui ont été la cause de tant de problèmes pour ces femmes – ne sont tout simplement pas les bienvenus.En 22 ans depuis sa fondation, le village a eu un impact significatif non seulement sur les femmes qui choisissent d'habiter à Umoja, mais aussi au sein des communautés qui l'entourent. L'exemple que Umoja a laissé, couplé avec les efforts de sensibilisation de ses habitantes, a touché la vie des femmes dans la région.Celena Green, qui est la directrice du programme Afrique d'une organisation appelée 'Vital Voices' qui travaille avec les femmes d'Umoja, a déclaré à IPS: "L'existence d'Umoja a permis aux groupes de femmes dans d'autres villages environnants d’apprendre de l'autonomisation et de la fierté des femmes d'Umoja".Les femmes des communautés voisines assistent aux ateliers organisés dans le village, visant à éduquer les femmes et les filles sur les droits humains, l'équité entre les sexes, et la prévention des violences. Lorsque les femmes rentrent chez elles, a expliqué Green, "elles commencent à changer la culture, exigeant une communauté sûre et sans violence où les femmes et les filles sont valorisées et protégées"."Idéalement, aucune femme ou fille ne devrait jamais être obligée de fuir son domicile pour venir à Umoja en premier lieu", a-t-elle ajouté. "Mais finalement, le but d'Umoja, c’est de fournir un refuge d'urgence sûr pour les femmes qui sont dans la détresse, et de contribuer notamment à la construction de communautés où chaque personne est valorisée et peut réussir".L'histoire d’Umoja a commencé en 1990, lorsqu’une coopérative de 15 femmes samburu, qui se faisaient appeler le 'Umoja Uaso Women's Group' (Groupe des femmes Umoja Uaso), a commencé à vendre des perles et autres produits afin d’amasser de l’argent pour elles-mêmes et leurs familles.

    Comme le groupe a commencé devenir financièrement lucratif, elles ont été confrontées au harcèlement croissant de la part des hommes dans leurs communautés qui ont estimé que la croissance économique n'était pas appropriée pour les femmes, qui jouent traditionnellement un rôle subalterne.En réponse, ces femmes, dirigées par la matrone Rebecca Lolosoli, ont décidé de s’échapper et de fonder leur propre village, afin d'assurer la sécurité et la coopération pour elles-mêmes hors de la portée de ceux qui cherchaient à les saboter.Aujourd'hui, Umoja abrite 48 femmes qui sont venues de partout dans le pays. Leurs histoires varient – certaines étaient de jeunes filles qui ont fui des mariages forcés avec des hommes âgés, d'autres ont été violées ou agressées sexuellement, et plusieurs étaient des veuves qui ont été chassées de leurs communautés. En outre, plusieurs femmes résidant dans le village sont des Turkana, fuyant les violences tribales qui font rage actuellement dans la région centrale d'Isiolo.Ces villageoises, qui dépendent de la vente de perles et des bénéfices réalisés à partir d'un camp situé à proximité et d’un centre culturel, mettent en commun leurs fonds sous forme de coopérative pour subvenir à leurs besoins.En plus de la fourniture de la nourriture et des nécessités de base pour les habitantes du village, les bénéfices sont utilisés pour couvrir les frais médicaux et le fonctionnement d'une école qui accueille à la fois les enfants du village et ses femmes adultes qui souhaitent acquérir des compétences de base et l'alphabétisation.Nagusi Lolemu, une femme plus âgée aux mains délicates et d’une voix mélodieuse, est l'une des premières fondatrices du village. Assise à l'ombre, ses doigts agiles enfilent habilement des perles rouges dans un mouvement fluide, irréfléchi, pendant qu’elle parle rapidement en Samburu, une langue locale.L’histoire de Lolemu rappelle un thème récurrent dans le village: elle était veuve après des années de mariage et par la suite chassée de la communauté où elle vivait. "Il y avait trop de femmes célibataires", a-t-elle expliqué à IPS par le biais d'un interprète.

    Les femmes célibataires, qui ne sont pas autorisées à posséder des biens dans la culture samburu, et ne sont généralement pas instruites, sont considérées comme un fardeau financier pour la communauté. A la mort de son mari, elle n'était plus la bienvenue dans sa maison.Lolemu, qui vit à Umoja depuis 22 ans, a deux enfants adultes. Elle ne remet pas en cause sa décision de quitter sa maison pour Umoja."Mes enfants sont instruits, travaillent, et donnent à leur tour à la famille et à la communauté", a-t-elle déclaré à IPS. "Dans un village ordinaire, cela ne pourrait pas se passer".Dans son village – comme dans toute autre communauté traditionnelle – il y a peu d’opportunités pour l'éducation des femmes et des avantages financiers qui en découlent, a-t-elle expliqué. Sa fille aurait pu grandir comme elle l’a fait, analphabète et dépendante des hommes pour tous ses besoins fondamentaux."Ici," a dit Lolemu, de façon terre-à-terre, "tout le monde est égal".

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