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KENYA: Une femme se bat pour trouver le vrai contraceptif

    By Miriam Gathigah

    NAIROBI, 18 août (IPS) – Beatrice Njeri venait de rentrer de son travail en tant que gardienne dans une école primaire à Nairobi. C'était en août de 2009.

    Revenue plus tôt que d'habitude, cette femmes mariée et mère de deux enfants a vu son mari en train d’attendre dans leur cabane à Kisumu Ndogo, dans le bas-quartier tentaculaire de Kibera.

    Il venait de découvrir qu'il était séropositif. Une semaine plus tard, elle aussi a été déclarée séropositive.

    Tous les deux avaient 29 ans à l'époque. "Nous étions très jeunes et savions très peu de choses sur le VIH", déclare-t-elle.

    Ayant eu deux filles, toutes deux séronégatives, ils voulaient avoir un fils, mais ont décidé de ne pas avoir un autre bébé.

    A l'époque, pour éviter une grossesse, Njeri était sous le Depo-Provera, une injection hormonale qui dure trois mois, et elle avait besoin d'une nouvelle injection.

    En découvrant que Njeri était séropositive, les infirmier(ère)s l'ont encouragée à subir une ligature des trompes comme méthode permanente de contrôle des naissances – un pas que ni Njeri ni son mari n’étaient prêts à faire.

    Sans que Njeri ne le sache, au cours de cette période, le pays était confronté à une grave pénurie de contraceptifs. C’était si mauvais que les rumeurs se répandent que des femmes en quête d'injection hormonale, la méthode de planning familial la plus populaire, recevaient des injections d'eau au lieu d'hormone.

    Njeri a dit à IPS que les infirmier(ère)s indiquaient qu'ils accordaient la priorité à d'autres femmes ayant un besoin pressant de contraceptifs.

    "Ils disaient que j'étais égoïste de ne pas accepter que mes trompes soient ligaturées", souligne-t-elle. "Les infirmier(ère)s m'obligeaient à renoncer à la seule chose qui faisait que je me sentais comme une vraie femme. Je ne voulais pas que cela me soit retiré".

    Les rapports sexuels sont devenus une corvéeOn lui a conseillé d'utiliser un préservatif pour éviter une grossesse. Les préservatifs leur étaient nouveaux, et pas faciles.

    "L’utiliser à tout moment était très difficile. Les rapports sexuels sont devenus une corvée. Je les détestais", affirme-t-elle.

    Le prix était un autre problème. "Nous sommes tous les deux des ouvriers occasionnels. Dans les bas-quartiers, mettre de la nourriture sur la table est la seule priorité", déclare-t-elle. Leur seul soutien vient de son église, des paquets de vêtements et de la nourriture de temps en temps.

    Njeri a partagé sa situation avec une accoucheuse traditionnelle, qui lui a conseillé d'avoir des rapports sexuels seulement les jours sûrs.

    Mais ni l’une ni l’autre ne savait que les antibiotiques peuvent interférer avec le cycle menstruel, et Njeri les prenait pour repousser les infections opportunistes liées au VIH. Cela rendait les jours sûrs inefficaces comme méthode contraceptive.

    Huit mois plus tard, Njeri a découvert qu'elle était enceinte. Lors de sa première visite prénatale, son taux de CD4 était faible 400. Après la naissance de son petit garçon en 2011, ce taux a chuté à 180. Elle a commencé à utiliser des antirétroviraux, comme le faisait son mari.

    Mais son fils était infecté par le VIH.

    Bien que Njeri soit sur le programme de prévention de la transmission de la mère l’enfant à l'Hôpital public de Mbagathi près de Kibera, elle a choisi d'accoucher chez une accoucheuse traditionnelle, car elles sont plus gentilles que le personnel hospitalier.

    "La plupart des hôpitaux publics sont trop bondés; ils n'ont pas le temps de faire preuve de gentillesse et de respect. Vous avez de la chance si un(e) infirmier(ère) s’occupe effectivement de vous", indique-t-elle.

    Entre 2012 et 2013, une série de grèves dans le secteur de la santé a entraîné des pénuries de produits injectables. A contrecœur, le couple a recouru aux préservatifs.

    Etre séropositive, sexuellement active et assez jeune pour tomber enceinte est un gros problème, dit-elle.

    "Beaucoup d’installations sanitaires ne sont pas en mesure de satisfaire nos besoins", a-t-elle souligné à IPS.

    Certains centres de santé ont institué une journée de services de planning familial pour les femmes séropositives, mais Njeri n'est pas toujours en mesure d'y participer, à cause du travail.

    Pour l'instant, Njeri est revenue sur le contraceptif injectable. Elle prie pour que lorsqu’elle retournera au centre de santé dans deux mois pour une autre injection, celle-ci soit toujours disponible.

    Edité par Mercedes SayaguesTraduit en français par Roland Kocouvi

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