Home » Afrique, Droits de L'Homme, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

KENYA: Une justice retardée pour les portés disparus du Mont Elgon

    By Isaiah Esipisu

    NAIROBI, 9 nov (IPS) – Trois ans après la disparition de son mari, Phyllis Chamnai Kipkeyo, originaire du Mont Elgon, au Kenya, ne peut s'empêcher de penser à lui. Elle ne sait pas s'il est mort ou vivant.

    Tout ce qu'elle sait est qu'il était l'une des plus de 300 personnes qui auraient disparu au cours d'une insurrection dans la région entre 2006 et 2008."Il était un [administrateur en charge] de la sous-localité de Chebwek (une structure administrative composée d'un certain nombre de villages) à Mont Elgon. Mais le vendredi 25 avril 2008, des soldats de l'armée kényane sont venus dans notre maison et l’ont emmené pour l’interroger sur la situation sécuritaire dans la région", a déclaré Kipkeyo, 49 ans, mère de six enfants.L'insécurité dans la zone a commencé en 2005 après la formation de la milice 'Sabaot Land Defence Force' (Force de défense de la région de Sabaot – SLDF) pour demander réparation pour des injustices présumées survenues lors d'un exercice de répartition des terres dans la région de Chebyuk.Mais en 2008, la SLDF avait été accusée d'avoir tué plusieurs centaines de personnes, et commis des infractions telles que la torture, le viol et le vol.Toutefois, lorsque le gouvernement a lancé une opération militaire pour déloger la milice, l'Armée kényane et la SLDF ont arrêté des centaines de personnes qui n'ont jamais été revues. Beaucoup sont supposées mortes.Un rapport publié en octobre par 'Human Rights Watch' (HRW) a demandé au gouvernement kényan d'ouvrir une enquête sur ces arrestations, d'exhumer des fosses communes présumées et d'enquêter sur les atrocités commises par l'armée et la SLDF à la fois.Ce rapport de 48 pages intitulé "Hold Your Heart" (Gardez votre cœur) est basé sur des enquêtes de terrain et des entretiens réalisés dans la Province occidentale du Kenya, où se situe Mont Elgon.Le rapport indique qu'entre 2006 et mi-2008, la SLDF a tué environ 750 personnes et l'armée kényane quelque 270.HRW a demandé à la Cour pénale internationale (CPI) de déterminer si des crimes relevant de sa compétence ont été commis à Mont Elgon et d'envisager l'ouverture d’une enquête sur les violences."Je crois aussi que la CPI devrait élargir ses investigations au Kenya si le gouvernement kényan est incapable ou n’est pas disposé à effectuer ces enquêtes", a dit à IPS, Ben Lawrence, un chercheur à HRW.La CPI poursuit actuellement six instigateurs présumés des violences postélectorales au Kenya, de 2007 à 2008, au cours desquelles 1.200 personnes ont été tuées, des femmes ont été violées, des maisons et magasins ont été pillés et détruits, et 600.000 personnes ont été déplacées à l'intérieur.On croit que les plus de 300 personnes disparues ont été tuées et enterrées dans des fosses communes à Mont Elgon, a souligné Lawrence."La plupart des habitants à qui nous avons parlé ont indiqué 10 sites particuliers, qui, selon ce que l'armée leur aurait dit, sont des zones où les corps ont été enterrés", a déclaré Lawrence, l'un des principaux réalisateurs du rapport.Kipkeyo peut avoir vu son mari juste avant qu’il n’ait été enterré dans l’une de ces fosses communes. Après l’arrestation de son mari, elle a été instruite de donner à l'armée une liste qu'il avait établie indiquant les membres de la SLDF qui terrorisaient la région."J’en savais quelque chose. Mais ce jour-là j'étais vraiment confuse au point que je ne pouvais pas la localiser immédiatement. Mais quelques heures après leur départ, j'ai trouvé la liste et l’ai amenée à l'usine de thé de Chepkube, où campaient les soldats", a-t-elle dit à IPS.C’était là où Kipkeyo a vu son mari pour la dernière fois."Il était couché par terre imbibé de sang. Je ne pouvais pas dire s'il était vivant ou mort. Je ne l'ai vu que pendant quelques minutes de loin avant que les officiers de l'armée ne m’aient chassée", a-t-elle raconté.Cet incident l’a affectée psychologiquement, et quelques jours plus tard, le 28 avril 2008, elle a été retrouvée nue en train de marcher aux abords d'un centre commercial local."Nous l’avons amenée à la maison, (l’avons fait suivre) des séances de conseils jusqu'à ce qu'elle ait récupéré", a déclaré son fils, Robinson Sewui, 29 ans."Tout ce que j’ai besoin de voir, c’est le corps de mon mari, mort ou vivant. S'il est mort, j'ai juste besoin de voir les restes, (et pouvoir) les enterrer afin que je puisse avoir la paix d'esprit", a expliqué Kipkeyo.Plusieurs femmes qui ont perdu leurs maris sont encore psychologiquement affectées par ce qui s'est passé, a indiqué Lawrence.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa