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LESOTHO: Le gouvernement va abandonner l’industrie textile

    By Kristin Palitza

    MASERU, 11 nov (IPS) – Le secteur du textile au Lesotho – le plus grand employeur du pays – est considéré par beaucoup comme le seul moyen de sortir du piège de la pauvreté dans ce tout petit royaume où plus de la moitié de la population vit avec moins de 1,25 dollar par jour.

    Mais ce que beaucoup ne savent pas est que le gouvernement et la Banque mondiale ont officieusement tourné dos à ce secteur et vont bientôt couper les subventions importantes.Makhoase Lethibelane, 30 ans, travaille 10 heures tous les jours comme imprimeur d'étiquettes à l'usine de textile 'Shinning Century Limited' à Maseru, capitale du Lesotho. Son travail est monotone, épuisant et mal payé. A la fin de chaque mois, Lethibelane ramène un maigre salaire de 122 dollars à la maison.Son revenu doit couvrir non seulement ses propres besoins ainsi que ceux de sa fille de huit ans, mais aussi ceux de ses parents au chômage. Pourtant, Lethibelane affirme qu'elle se sent "chanceuse d'avoir un emploi, puisque beaucoup d’autres ont perdu le leur".Le Lesotho est l'un des plus gros fabricants de textile en Afrique, avec la majorité de ses exportations à destination des Etats-Unis. Le pays se glorifie d’avoir quelque 40 usines textiles et de fabrication de vêtements. Mais puisque la crise économique mondiale a entraîné une diminution des exportations de textile, bon nombre des 60.000 ouvriers du textile dans le pays ont perdu leur emploi.A 'Shinning Century', la moitié des machines de l'usine tournent au ralenti. La directrice générale, Jennifer Chen, déclare qu'elle a dû licencier les deux tiers de son personnel au cours des deux dernières années. Elle n'emploie qu’entre 500 et 600 ouvriers pour le moment."Nous avons perdu beaucoup de commandes en raison de la crise financière", explique Chen. Certains de ses principaux clients, les marques américaines bien connues 'GAP' et 'Banana Republic', ont déplacé leurs activités vers la Chine ou le Vietnam lorsque la crise économique est arrivée, afin de bénéficier de faibles salaires en Asie, indique-t-elle.Pendant les quelques dernières années, le Lesotho était une destination privilégiée pour la fabrication de textile en raison de la Loi sur la croissance et les opportunités en Afrique (AGOA), un programme de préférences tarifaires conçu par le gouvernement américain en 2004 pour attirer les entreprises vers l'Afrique.L'impact a été immédiat: de nombreux investisseurs asiatiques ont profité des avantages de l'AGOA et installé leurs usines au Lesotho. Le nombre d'emplois dans le textile a triplé dans un pays où près de la moitié de la population est au chômage et où une personne sur quatre est séropositive."L'AGOA nous garantit des affaires parce qu’elle offre un approvisionnement sans droit de douane et sans limitations de quotas", déclare Chen, qui est originaire de Taïwan. En outre, les fabricants du textile recevaient d'importantes subventions auprès du gouvernement du Lesotho afin de maintenir le pays attrayant par rapport aux pays asiatiques, où les salaires minimums et les droits des travailleurs sont rarement respectés.Même si la question de savoir qui profite le plus de l'AGOA reste discutable – presque toutes les usines de fabrication de vêtements au Lesotho sont détenues par des immigrés d'origine asiatique qui tirent les grands profits tandis que les ouvriers basothos vivotent sur des salaires de survie – les propriétaires d'usines et les Basothos ont fermement placé leurs espoirs sur la relance de l'industrie textile locale, impatients d'imiter le succès de Maurice dans la création d'un marché d'exportation compétitif, haut de gamme, pour les textiles.Les niveaux de pauvreté dans cette petite monarchie constitutionnelle d'Afrique australe ont atteint des proportions dramatiques après que la crise économique a provoqué une baisse de 60 pour cent de la part du Lesotho dans les recettes de l'Union douanière d'Afrique australe et une chute des prix mondiaux du diamant. Les inondations et sécheresses qui se relaient ont ruiné l'agriculture de subsistance, laissant des dizaines de milliers de personnes dans l'insécurité alimentaire.Selon la Banque mondiale, le coefficient 'Gini' du Lesotho – qui mesure les inégalités et varie de 0, ou égalité parfaite, à 1, ou inégalité parfaite – est de 0,63, l’un des plus élevés au monde. Il a de loin dépassé le seuil de 0,4 à partir duquel une grave inégalité pourrait conduire à des troubles sociaux.Avec l'AGOA qui est sur le point d'expirer en 2015, et le statut préférentiel du Lesotho avec les Etats-Unis qui est ainsi menacé, les fabricants de textile ainsi que les syndicats du textile essaient de trouver des alternatives pour sauver une industrie dont dépendent les moyens de subsistance de 40.000 ouvriers et leurs familles."Nous devons trouver des moyens pour développer une chaîne régionale d'approvisionnement dans la Communauté de développement d'Afrique australe", estime Chen.Les représentants des syndicats exigent la diversification et l'expansion de l'industrie afin qu’elle reste compétitive. "Nous devons commencer à fabriquer des matériaux de production localement, comme le tissu, les fermetures à glissière, les cintres, les boutons", indique Bahlakoana Lebakae, secrétaire général du syndicat 'United Textile Employees'. "Pour le moment, toutes nos matières premières proviennent de l'est".Mais à l'insu des syndicats et des fabricants, le gouvernement du Lesotho a élaboré des plans différents."Le secteur du textile manque de rentabilité. Il n'est plus compétitif au niveau international. Le gouvernement l’a abandonné et nous a clairement indiqué qu'il ne peut plus subventionner (l'industrie) du textile", a expliqué à IPS, Macmillan Anyanwu, principal chargé des opérations à la Banque mondiale au Lesotho.Après consultation avec la Banque mondiale, le gouvernement du Lesotho a décidé d'abandonner le secteur du textile, de couper en fin de compte les subventions et d’investir plutôt dans l'agriculture, l'horticulture, la gestion de l'eau et le tourisme."Nous devons diversifier, loin des textiles, dans d'autres domaines", a laissé entendre le Premier ministre, Pakalitha Mosisili, en février.

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