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LIBERIA: Le goût amer des plantations de palmier à huile

    By Wade C. L. Williams

    BOEGBOR, Libéria, 6 juin (IPS) – Sackie Qwemie travaille pour 'Equatorial Palm Oil' (EPO), l’entreprise qui a pris sa terre dans le nord-ouest du Libéria. Il travaille sur la plantation de l’EPO depuis trois ans parce que la terre qu'il exploitait autrefois a été offerte à travers un bail à cette société concessionnaire.

    Cette entreprise est basée dans le comté de Grand Bassa, l'une des 15 subdivisions politiques de ce pays d’Afrique de l’ouest.

    Son travail n'est pas plaisant, il y a un goût d'amertume, mais travailler pour l’entreprise qui lui a arraché sa terre est le seul moyen pour lui de survivre.

    Cet agriculteur, au début de ses 50 ans, fait partie des nombreux villageois et habitants de la communauté qui ont vu leurs terres saisies par l’entreprise, et leurs cultures détruites par des bulldozers.

    "Sur un endroit où j'avais l’habitude de développer mon jardin, ils sont venus et ont enlevé toutes mes 'bitterballs' (une petite espèce d'aubergine ronde), tous mes poivres, tout mon manioc, tout a été détruit", déclare Qwemie à IPS, pendant qu’il est assis sous une cabane à palabre à Boegbor, une ville du district quatre dans le comté de Grand Bassa.

    "J'avais la plus grande ferme ici; je suis venu de l'hôpital et j'ai appris l’information selon laquelle une machine a nettoyé ma ferme. Depuis ce temps, je ne suis plus sur ma propre ferme". Toutefois, Qwemie ignore la surface de terre qu’il a perdue.

    L'agriculteur a l’air fatigué et en colère pendant qu’il expose son cas, accusant le gouvernement libérien d'avoir cédé la terre à la société et d’avoir ignoré les intérêts de la population à laquelle elle profite. Il affirme que cette décision leur a créé de graves difficultés, puisque l'argent versé par l'EPO est petit et ne peut pas répondre aux besoins de leurs familles.

    "Maintenant, avant que je ne mange du poivre, je dois l'acheter. Je ne sais pas quoi dire, je ne peux pas combattre cette société parce qu'ils disent que le gouvernement a donné la terre à l'entreprise", explique Qwemie.

    L’EPO a repris la zone de concession 'Palm Bay', défrichant 34.398 hectares de terre pour le développement des palmiers à huile. Cette concession de 50 ans a été négociée et promulguée comme loi en 2011 avec la plantation des premiers nouveaux palmiers à huile. Elle a commencé à s'étendre au district quatre du comté de Grand Bassa il n’y a pas si longtemps.

    Cette expansion a également fâché la communauté locale ici, avec beaucoup de gens qui résistent à toute tentative pour plus d’expansion.

    "Les gens sont venus, ils ont détruit notre brousse, notre vie. Même le ruisseau, l'eau que nous buvons – ils l’ont endommagé", déclare Joe Bah, chef de Boegbor, tout en colère.

    Bah et les membres de sa communauté soutiennent qu'ils n'ont pas été consultés dans la mise en bail de leurs terres à l'EPO. Bah indique que l’entreprise a utilisé des bulldozers pour défricher les terres, y compris des terres ancestrales et des sites sacrés, sans aucun remords ni respect pour leur culture locale.

    "Toute cette brousse ici – c'était notre champ de manioc …, les gens l’ont détruite, même nos hévéas. Il n'existe aucun endroit ici pour que nous développions une ferme, (pour cultiver des vivres) pour manger", dit-il à IPS.

    Les populations locales ont également accusé le gouvernement d'avoir utilisé le président du Conseil traditionnel national, le chef Zanzan Kawar, le plus vénéré chef traditionnel du pays, pour leur faire peur de revendiquer leurs droits sur la terre.

    "Quand Kawar est présent dans une communauté quelconque, tous les Zoes dans le comté de Grand Bassa et ailleurs dans tous les autres comtés peuvent être présents", explique Isaac Gartaryon, président des jeunes du district. Les Zoes sont de grands prêtres traditionnels qui sont supposés avoir des pouvoirs surnaturels et sont craints par la population locale. Les gens n'osent pas parler contre eux par crainte des conséquences.

    "Alors ils utilisent cette forte influence … afin que personne ne puisse parler", déclare-t-il à IPS.

    Les citoyens du territoire qui se sont farouchement opposés à l'expansion de l'entreprise ont fait l'objet de vives critiques de la part des aînés de la communauté qui occupent des postes dans le gouvernement et sont des associés proches des responsables de l'entreprise, affirme Gartaryon.

    "Les jeunes, les femmes et les chefs n'ont pas été consultés (au sujet de l'expansion), alors nous avons résisté. Mais le Conseil traditionnel national maintient toujours sa position et dit que pour eux, le président de la République du Libéria a donné cette terre à (EPO) … et que toute personne (qui s’oppose à cela) sera arrêtée", indique-t-il.

    Mais l'EPO soutient que la terre qu'elle occupe actuellement est celle qui lui a été louée dans des négociations avec le gouvernement en 2008. L’entreprise affirme qu'elle opère actuellement sur 13.000 hectares de terre, et n'a même pas occupé tout le territoire à cause de la résistance de la communauté locale.

    Concernant les allégations selon lesquelles la communauté n'a pas été consultée, Thomas Borshua Jr., comptable principal et administrateur à l'EPO, a déclaré: "Je ne dirais pas que c'est vrai. Nous avons tenu plusieurs réunions avec les chefs de la ville, des villages environnants et nous leur avions parlé".

    "Nous ne communiquons pas avec des gens individuellement; ils ont leurs dirigeants qui ont été présentés à l’entreprise pour parler en leur nom et c’est avec ces gens que la société a traité", explique-t-il à IPS.

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