Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Economie et Travail, Europe, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

LIBYE: Des réfugiés coincés dans un pays libre

    By Karlos Zurutuza

    TRIPOLI, 8 nov (IPS) – "Nous avons marché jusqu’ici pour dire à tout le monde que nous sommes traités comme des chiens", a déclaré Hamuda Bubakar, 23 ans, parmi quelques centaines de réfugiés noirs protestant sur la Place des martyrs à Tripoli.

    "Je préfère être tué ici. Je ne serais pas le premier, ni le dernier".Ces réfugiés sont venus du quartier de Tarik Matar, un camp de fortune à la périphérie de Tripoli, protester dans la première semaine de novembre. "Nous avons déjà passé plus de deux mois dans ce quartier horrible", a indiqué Aisha qui a préféré ne pas donner son nom complet.Il y a quelques jours, a-t-elle observé, "des combattants de guérilla venus de Misrata (90 kilomètres à l'est de Tripoli) sont entrés dans notre zone et ont emmené sept jeunes hommes. Nous n’avons toujours aucune information sur eux". Plusieurs femmes dans le camp ont été enlevées et violées au cours des dernières semaines, a-t-elle souligné."Levez la tête, vous êtes un Libyen libre", scandait le groupe devant une scène installée pour les récentes fêtes. C'est le slogan actuel qui est devenu presqu’un hymne pour les rebelles qui se sont soulevés contre Kadhafi.Une colère a éclaté au milieu du groupe de soldats armés qui gardaient cette place centrale. "Je devrais vous tuer tous pour ce que vous nous avez fait à Misrata", a crié un jeune homme en tenue de camouflage. Les manifestants sont venus de Tawargha, 60 km au sud de Misrata, qui était connu comme étant une base kadhafiste.Les hommes armés sur la place, et en colère, ont aussitôt scindé le groupe."Non seulement ils nous appellent des kadhafistes, mais ils nous détestent aussi pour la couleur de notre peau", a déclaré Abdulkarim Rahman. "Tous les Noirs en Libye traversent des moments très difficiles ces derniers temps".Abdurrahman Abudheer, un travailleur bénévole dans l'un des quartiers qui abritaient les ouvriers de construction de nouveaux immeubles, qui abritent aujourd’hui des réfugiés, estime qu'il y a environ 27.000 Tawarghis éparpillées entre Tripoli et Benghazi."Juste dans ce camp, il y a plus de 200 familles, toutes venues de Tawargha", a affirmé Abudheer. Un panneau clinquant à l'entrée du camp, au quartier fantomatique de Fallah, annonce encore la "construction prochaine de 1.187 maisons" par une société turque. Mais maintenant, même les rangées grises des cabanes en tôle ondulée paraissent plus confortables que celles des structures en béton nues et inachevées.Le nombre de réfugiés augmente de jour en jour, et il en est de même pour le nombre de Tripolitains, comme Abudheer, qui se présentent pour aider.'Amnesty International' a exprimé une inquiétude en septembre par rapport à "l’augmentation des cas de violence et des arrestations indiscriminées dirigées contre les gens de Tawargha". Elle a indiqué que des dizaines de milliers d'anciens habitants de Tawargha sont peut-être en train de vivre dans des conditions similaires à celles de Fallah, ou pires."Beaucoup de familles arrivent après avoir passé des jours à vivre sur la plage", a déclaré Abudheer. "La plupart d'entre elles ont peur même pour marcher dans la rue".Cette scène est similaire à celle de Tarik Matar, à cinq minutes de trajet en voiture de Fallah. Le dernier recensement dans ce camp indique 325 familles originaires de Tawargha.Depuis la chambre qu’elle partage avec huit membres de sa famille, Azma, une réfugiée venue de Tawargha, a montré un portrait de son frère. Le 13 septembre, Abdullah a été capturé dans la voiture à bord de laquelle il voyageait avec ses trois enfants et sa sœur à un point de contrôle à la périphérie de Tripoli.La dernière information qu'ils ont sur ce qui lui est arrivé se trouve dans le rapport d'autopsie qu’Azma garde avec elle: "Décédé des suites de plusieurs blessures causées par des objets solides et flexibles dans tout le corps, en particulier au front et à la poitrine".Inévitablement, les familles des sept jeunes hommes récemment emmenés de force à partir de ce camp craignent un sort semblable."Nous demandons plus de sécurité pour que ceux venus de Misrata puissent retourner dans leurs maisons sans crainte de représailles", a indiqué Mabrouk Mohamed, un ancien professeur d'éducation physique qui coordonne l'entrée des vivres et des approvisionnements dans le complexe, provenant essentiellement d'initiatives privées. Mais le retour à Tawargha est un rêve abandonné pour la plupart.Abdallah Fakir, chef du Conseil militaire de Tripoli, a déclaré à IPS qu'ils renforceraient la sécurité dans les camps où les Tawarghis restent. Mais avec des milices venues de Misrata, débarquant souvent dans les camps, personne ne se sent en sécurité.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa