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LIBYE: Dur d’y rester, difficile d’y retourner

    By Rebecca Murray

    TRIPOLI, 2 mars (IPS) – Au terminal délabré du tout petit aéroport de Mitiga, à Tripoli, plus de 150 jeunes, hommes et femmes, se bousculent pour être rapatriés au Nigeria à bord de la compagnie aérienne libyenne, 'Buraq airlines'.

    Ce voyage sur Lagos est l'un des centaines que l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a facilités depuis le début de l'insurrection contre le régime de Kadhafi il y a un an.

    L'OIM estime qu’un million de travailleurs migrants étaient en Libye et envoyaient des fonds avant la crise, une forte empreinte pour une population libyenne de moins de sept millions d’habitants.

    Dès le début de l'insurrection, des travailleurs en provenance d'Asie, du Moyen-Orient, ainsi que de la Tunisie et de l'Egypte voisines ont fui à travers les frontières de la Libye. Mais des réfugiés politiques somaliens et érythréens ont continué à arriver à Tripoli, la capitale libyenne, durant la guerre; bravant le voyage pénible en passant par le nord du Soudan.

    Les vols actuels de l'OIM sont maintenant remplis de migrants ouest-africains qui ont traversé le Niger et le Tchad pour se rendre en Libye, en quête d'un meilleur avenir économique, mais que des difficultés extrêmes ont forcés de retourner.

    A Mitiga, beaucoup de Nigérians portent les jaquettes de sport vertes et de chaussures flambant neuves que l'OIM leur a données, avec leurs maigres affaires fourrées dans des valises plastiques et sacs à provisions.

    "Le problème majeur, c’est la vérification de la nationalité et des documents de voyage temporaires", explique Jeremy Haslam, chef de la mission de l'OIM en Libye. "S'ils n’ont pas leurs documents – ce qui, je peux dire, est (vrai pour) plus de 90 pour cent – la première chose que nous sommes obligés de faire, avant que nous ne puissions même penser au rapatriement, c’est de confirmer leur origine".

    Bien que quelques Nigérians semblent soulagés de rentrer au pays et rient avec des camarades, la plupart sont dans le désespoir. Après un voyage en voiture, coûteux et pénible, avec des contrebandiers à travers le désert pour entrer en Libye, ils ont passé une grande partie des journées à chercher un petit travail de jour, et à vivre dans la crainte perpétuelle d'être harcelés, volés et détenus par les milices libyennes patrouillant dans les rues. Ils vont maintenant retourner dans leurs familles – souvent redevables vis-à-vis des passeurs – les mains vides.

    "Quand je suis arrivé à Tripoli, j'ai travaillé dans un centre de lavage de voiture et je recevais jusqu’à 50 dinars libyens (LD – 40 dollars) par jour", déclare Dennis, un jeune homme de 24 ans à la voix douce. "Cependant, lorsque la guerre a commencé, c'était l'enfer. J'ai perdu mon passeport et mon argent à la milice. Ils m'ont arrêté pendant 20 jours et tabassé. Pendant la guerre, les milices ne cessaient de m'arrêter, alors je suis resté à la maison".

    Les migrants interrogés par IPS avaient souvent leurs passeports confisqués ou perdus dès le début, et aucun ne possédait de visas d'entrée. La Libye n'est pas un pays de destination pour la plupart, mais un tremplin vers l'Europe. Même si la stigmatisation envers les migrants subsahariens a pu diminuer depuis le début de la guerre – lorsque Mouammar Kadhafi a employé des mercenaires noirs pour combattre les rebelles – le racisme est redevenu encore omniprésent, disent-ils.

    Beaucoup de Nigérians au terminal de l'aéroport se connaissent. Chacun a déboursé environ 1.200 dollars pour un voyage dangereux en bateau pour se rendre en Europe à la fin de 2011, lorsqu’ils ont été appréhendés par les autorités libyennes en mer et jetés dans la prison d’Ain Zara, à Tripoli, pendant les trois derniers mois.

    L’un d’entre eux est Shauna, 38 ans, la mère des filles Angel, quatre ans, et de Blessed, un an. Elle était enceinte lorsque son mari a atteint l'Italie par ses propres soins au début du conflit de la Libye. Elle a donné naissance à Blessed dans un appartement à Tripoli, puis a payé pour un voyage en bateau.

    Elle a été arrêtée avec les deux filles, et toutes les trois ont passé quelque temps en prison. "Je n'ai pas d'argent", déclare Shauna, en ouvrant son sac à main fait de faux cuir rempli de documents déchirés, imbibés d'eau et de dessins des enfants. "Que dois-je faire?"

    Le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) estime qu'environ 50.000 personnes ont tenté de traverser la Méditerranée en bateau en 2011, et près de 2.000 se sont noyées. Des rumeurs continuent de dire que Kadhafi encourageait les traversées vers l'Europe en représailles aux frappes de l'Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

    Cependant, ce nombre est petit dans le contexte de la migration globale de l'année dernière à partir de la Libye; le plus élevé dans la région depuis la Seconde Guerre mondiale.

    "C'est une image très compliquée", indique Haslam de l'OIM. "Des migrants peuvent avoir été déplacés du sous-sol d'une maison où ils étaient protégés pendant un certain temps, puis celui qui les protégeait n’arrive plus à le faire. Alors, il les passe à l’entité, la personne, au groupe, à la milice suivante – on les balance un peu partout. Il se peut qu’ils travaillent de force pour gagner leur vie", dit-il.

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