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LIBYE: La fureur populaire défie Kadhafi

    By Emad Mekay

    LE CAIRE, 21 fév (IPS) – Le mouvement pour le changement, qui balaie le Moyen-Orient, ébranle maintenant la Libye. Des milliers de personnes ont envahi les rues dans plusieurs villes pour réclamer la fin des 41 ans de pouvoir autocratique du leader non conformiste Mouammar Al-Kadhafi.

    Des organisations internationales de défense des droits de l’Homme disent qu’au moins 233 personnes ont été tuées depuis que les manifestations ont éclaté le mardi 15 février. Le régime, confronté à son tout premier défi majeur, a lancé une violente répression.

    Lundi, 21 février, au septième jour de la révolte, des manifestants anti- Kadhafi se sont rassemblés dans les rues de la capitale Tripoli et pillent des bâtiments. Des chefs de tribu rejoignent la contestation et une unité de l'armée a rallié les rangs de l'opposition à Benghazi, aujourd'hui aux mains des émeutiers, dans l'est du pays.

    Selon l’ONG 'Human Rights Watch', on dénombre au moins 332 morts; 61 à Tripoli dans la nuit de dimanche à lundi matin, de source non confirmée. Des avions auraient tiré ce lundi sur des manifestants à Tripoli, selon la chaîne de télévision arabe Al-Jazeera.

    Le fils du dirigeant libyen, Saïf Al-Islam Kadhafi, est intervenu dimanche soir à la télévision, affirmant que son père ne cèdera pas et dénonçant un complot extérieur visant à déstabiliser le pays. Le ministre libyen de la Justice a démissionné pour protester contre la violente répression à l’encontre des manifestants.

    Comme avec les révolutions qui ont balayé deux dictateurs en Tunisie et en Egypte, les médias sociaux demeurent la source la plus robuste pour des informations sur la révolte populaire en Libye.

    Les troubles ont commencé lorsque des activistes, opposés au régime dictatorial de plusieurs décennies de Kadhafi, ont appelé, sur Internet, à une "journée de colère" le 17 février pour exiger sa destitution. Les militants ont créé un site Internet pour compiler des messages en ligne et des informations sur les troubles (http://www.libyafeb17.com/).

    Des vidéos prises avec des téléphones portables montrent des manifestants dans la province orientale de Benghazi en train d’attaquer les bureaux des soi-disant comités populaires de Kadhafi, qui sont vraiment des bureaux publics.

    De jeunes manifestants ont également détruit les statues officielles du 'The Green Book' (Le Livre vert), écrit par Kadhafi comme étant la constitution de facto du pays dans laquelle il précise son idéologie.

    "Le peuple veut un changement de régime", scandaient les manifestants dans les vidéos en ligne, reprenant des slogans de la révolution égyptienne qui a renversé Hosni Moubarak.

    "A bas, à bas le dictateur", scandaient les manifestants libyens dans des enregistrements des manifestations.

    La plupart des plaintes des Libyens sont semblables à celles qui ont incité les gens en Egypte et en Tunisie à se rebeller. Bon nombre ont appelé à une fin de la corruption, à l’introduction de la démocratie, et à une meilleure utilisation des recettes pétrolières.

    Les manifestations en Libye ont immédiatement entraîné une réponse sanglante. Quelques tweeters ont prétendu que les troupes de sécurité personnelle, affiliées aux fils de Kadhafi, étaient impliquées, et avaient tiré sur les manifestants.

    Des organisations internationales de défense des droits de l’Homme confirment que le régime utilisait des munitions réelles contre les manifestants.

    Selon des sources locales, le régime a utilisé des mercenaires des pays africains pour disperser les manifestants. Kadhafi, connu pour ses manières excentriques, s’est donné ces dernières années le titre de "roi des rois d'Afrique".

    Des messages en ligne diffusés par des citoyens libyens indiquent que la ville de Derna, dans l'est, est "désormais libre", ce qui signifie qu'elle n'avait pas de troupes pro-Kadhafi à la fin du vendredi, 18 février. D’autres messages en arabe affirmaient que des habitants de Derna se dirigeaient vers Benghazi pour aider la population locale contre les mercenaires.

    Le jeudi, 17 février, 'Amnesty International' a exhorté les autorités libyennes à "cesser d'utiliser une force excessive pour réprimer les manifestations anti-gouvernementales".

    Les protestations surviennent quand bien même le régime libyen avait pris des mesures pour prévenir ce genre de manifestations qui ont éclaté en Tunisie et en Egypte. Des dizaines de militants ont été arrêtés, et les citoyens ont été mis en garde contre toute participation aux protestations. Les forces de sécurité avaient renforcé leur présence dans les rues.

    Le gouvernement a interdit toute couverture médiatique des événements, et arrêté plusieurs journalistes dans la ville méditerranéenne de Benghazi, qui connaît certains des affrontements les plus violents.

    Le vendredi, 18 février, le gouvernement de Kadhafi a interdit tout accès au site Al-Jazeera.

    "Les autorités libyennes ont tenté d'étouffer cette protestation avant même qu’elle ne se déclenche, mais cela n’a pas clairement marché", a déclaré dans un communiqué, Malcolm Smart, directeur d'Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du nord. "Maintenant, elles ont recours à des moyens brutaux pour punir et décourager les manifestants".

    Le groupe a exhorté les autorités libyennes à ordonner une enquête immédiate sur les attaques meurtrières contre les manifestants.

    Des informations locales indiquent que des manifestants ont pris le contrôle de la Place Al-Sehaba, dans la ville de Derna, comme les manifestants du Caire avaient repris la Place Tahrir. Ils ont ensuite pris le contrôle de toute la ville, affirment ces informations.

    Le gouvernement a riposté avec des manifestations pro-Kadhafi. La 'Jamahirya News Agency (JANA)' (http://www.jananews.ly/Index.aspx? Language=1), l’agence de presse officielle de la Libye, a annoncé que des milliers de Libyens ont marché pour soutenir Kadhafi, les 17 et 18 février. L'agence a publié plus de 40 reportages insinuant que Kadhafi bénéficie du soutien des gens à travers le pays.

    Kadhafi, qui a renversé la monarchie en 1969 dans un coup d'Etat militaire alors qu'il n'avait que 27 ans, est le doyen des chefs d’Etat de la région. Il a dirigé cette nation de 6,5 millions d’habitants d’une main de fer. Des opposants ont été exécutés, et d'autres condamnés à la prison à vie, affirment des groupes de défense des droits de l’Homme.

    Kadhafi force les étudiants à étudier son Livre vert, et a changé les noms des mois de calendrier en des titres conçus par lui-même.

    La Libye, un pays en grande partie désertique, est riche en pétrole. Les ventes de pétrole et de gaz représentaient plus de 95 pour cent des recettes d'exportation et environ 80 pour cent des recettes fiscales en 2008, selon le Fonds monétaire international.

    Les troubles peuvent perturber les exportations vers les pays européens ou entraîner une hausse des prix du pétrole. La Libye exporte du pétrole vers l'Italie, l'Allemagne, la France et l'Espagne. Après la levée des sanctions contre la Libye en 2004, les Etats-Unis ont également augmenté les importations de pétrole libyen.

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