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LIBYE: La haine divise le pays après Kadhafi

    By Simba Russeau

    LE CAIRE, 24 oct (IPS) – Le dictateur de longue date, qui a dirigé la Libye d’une main de fer pendant quatre décennies, peut mourir, mais une haine raciale refait de plus en plus surface aujourd'hui quotidiennement.

    Une Libye libre et libérée a été déclarée suite à un soulèvement de huit mois, qui a entraîné la mort de l'ancien dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi.Les Libyens jettent désormais leur dévolu sur la construction d'une démocratie viable, la rédaction d'une nouvelle constitution et l’organisation des premières élections législatives et présidentielles libres dans le pays.Toutefois, depuis le renversement du régime de 42 ans de Kadhafi, les dirigeants intérimaires du Conseil national de transition (CNT) du pays ont du mal à trouver une voix commune.Cette réalité a été reprise par le Premier ministre par intérim, Mahmoud Jibril, lorsqu'il annonçait le 22 octobre qu'il allait démissionner, ou qu’il reconnaissait qu’avec l’élimination de leur ennemi commun, l'unité demeurait un défi majeur pour que les Libyens aillent de l'avant."Retirer les armes des rues, établir la loi et l'ordre, puis unir les factions disparates du CNT sont les principales priorités après la mort de Kadhafi", a-t-il indiqué dans une déclaration à la presse lors de la rencontre régionale annuelle du Forum économique mondial, en Jordanie.Avec plus de 140 tribus et clans, la Libye est considérée comme l'une des nations les plus fragmentées en termes de tribus dans le monde arabe. Malgré la modernisation, le tribalisme demeure une force remarquable dans ce pays désormais inondé d'armes.A la suite du règne de Kadhafi, près de 40 différentes milices indépendantes qui auraient émergé durant la rébellion demeurent hors de tout contrôle.Ce qui soulève la question de savoir si le CNT a la capacité de maîtriser tous les différents groupes, dont bon nombre ont des intérêts divergents et cherchent à régler des comptes du passé.Pour les Libyens de l'extrême sud, cette image intimidante est déjà devenue une réalité. Tawergha – qui se trouve à un peu plus de 60 kilomètres au sud de Misurata le long de la côte occidentale du golfe de Syrte – abritait une population estimée à plus de 20.000 habitants. Aujouird’hui, elle est devenue une ville fantôme.Selon certains Libyens, le nom Tawergha a été donné à la population noire de la ville parce qu'elle avait la peau noire comme les Touaregs d'origine.Les Touaregs, qui habitent la zone frontalière de la Libye avec le Tchad, le Niger et l'Algérie, étaient historiquement des nomades qui contrôlaient les routes commerciales trans-sahariennes et avaient la réputation d'être des voleurs.

    Durant les années 1970, Kadhafi a réuni les Touaregs et d'autres recrues africaines dans son bataillon d'élite appelé 'Al-Asmar', qui signifie 'le Noir' en arabe.Sous la supervision de Kadhafi, ces milices étaient souvent envoyées dans des expéditions militaires dans des pays voisins. Au début de la révolte dans le pays en février de cette année, beaucoup de Touaregs ont été déchaînés sur les manifestants.En conséquence, la haine raciale alimentée par des rumeurs non confirmées selon lesquelles des mercenaires africains avaient été embauchés par Kadhafi pour réprimer le mécontentement, a créé un autre ennemi commun – les Africains à la peau noire.Aux yeux des habitants de Misurata, les habitants de Tawergha étaient les auteurs de certaines des pires violations des droits de l'Homme durant le siège de Kadhafi sur Misurata en mars et en avril.Le 15 août, dans ce que des groupes de défense des droits humains qualifient d’attaques de représailles, les forces rebelles appelées 'Brigade pour éliminer les esclaves, la peau noire', auraient détenu et déplacé des centaines de personnes, tandis que d'autres habitants de Tawergha ont disparu sans laisser de trace."Si nous retournons à Tawergha, nous serons alors à la merci des rebelles de Misurata", a expliqué à 'Amnesty International' basé au Royaume-Uni, une femme qui vit dans un camp de fortune avec son mari et ses cinq enfants."Lorsque les rebelles sont entrés dans notre ville à la mi-août et l’ont bombardée, nous avons fui, transportant simplement des vêtements sur le dos. Je ne sais pas ce qui est arrivé à nos maisons et biens. Maintenant, je suis ici dans ce camp, mon fils est malade et j’ai trop peur d'aller à l'hôpital en ville. Je ne sais pas ce qui nous arrivera maintenant".Les migrants économiques, les réfugiés et demandeurs d'asile d'Afrique subsaharienne sont aussi pris entre deux feux de vengeance. Beaucoup d'entre eux ont cherché refuge en Tunisie ou en Egypte voisines.Pour certains, la Libye était un pays de transit, mais pour d'autres, elle était devenue un lieu de reconstruction."Craignant pour leur vie, mes parents qui sont originaires de la ville d'Al-Fasher, au Darfour (ouest du Soudan), ont fui vers Tripoli en 1998. Je n'avais jamais vécu hors de la Libye avant le début du conflit. Mon père travaillait comme cuisinier et ma mère était travailleuse domestique. Avant de fuir, j’étais dans ma troisième année d'université à la recherche d’un diplôme dans le domaine médical", a affirmé à IPS, Eiman, 20 ans."Malheureusement, le soulèvement en Libye a pris une tournure sanglante parce que les gens ne respectaient plus la loi et ont commencé à violer les femmes, à prendre des otages et à tuer des gens. Pendant deux mois, ma famille est restée bloquée dans notre maison", a-t-il ajouté.

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