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LIBYE: La situation des frontières au sud est toujours critique

    By Maryline Dumas

    SEBHA, Libye, 13 sep (IPS) – Ils sont une quinzaine d’hommes, assis en cercle dans un appartement modeste de Sebha, la capitale du Fezzan, la région sud de la Libye, ce 2 septembre. Ils discutent des questions de sécurité, frontières et de collaboration.

    Certains d’entre eux reviennent d’un voyage au Niger où ils affirment avoir débattu ces questions avec les autorités nigériennes. Mais dans ce salon à Sebha, aucun représentant du gouvernement libyen. Ici, ce sont les délégués des tribus qui gèrent les quelque 2.000 kilomètres de frontière au sud.

    A première vue, la situation est simple: les Toubous contrôlent la zone-est, de la frontière du Soudan jusqu’à Toumou, poste frontière avec le Niger; les Touaregs s’occupent de l’ouest, de Toumou à l’Algérie; et les Arabes supervisent Sebha, la capitale du Fezzan.

    Le gouvernement libyen est toujours absent: «Il n’est jamais venu voir comment cela se passait aux frontières. Tout est ouvert. Nous nous organisons nous-mêmes, avec nos propres moyens», déclare à IPS, Ahmed Goudra, un responsable touareg de la sécurité de Gatroun, ville située entre Sebha le Niger. «Nous surveillons la frontière depuis la libération».

    Jusqu’à aujourd’hui, le gouvernement n’a rien donné», confirme à IPS, le colonel Barca, un Toubou chargé de la sécurité de la région de Mourzouk, à 150 kilomètres au sud-ouest de Sebha.

    Au deuxième abord, tout se complique. «Nous venons de mettre en place une coordination», affirme à IPS, Hamadi Abad, un Touareg d’Oubari, à l’ouest de Sebha. «Maintenant [depuis le 2 septembre 2013], s’il y a un problème sur les zones Toubou et Touareg, je peux appeler les Toubous».

    Cette collaboration semble bien fragile par rapport au passé. Depuis la fin de la chute de Kadhafi, les rivalités tribales se sont traduites par des clashs parfois sanglants, comme en mars 2012 entre Arabes (de la tribu Ouled Sliman) et Toubous à Sebha.

    La coordination est donc loin d’être acquise. Ahmed Billal, vice-commandant de la brigade Tenere à Oubari, qui gère le poste frontière d’Anaï près de l’Algérie, déclare à IPS: Mais «je ne sais pas qui est responsable des zones qui entourent la mienne, même si ce sont des Touaregs comme moi».

    Qussaï, un des hommes de Billal, qui n’a donné que ce seul nom, affirme qu’il voit régulièrement des voitures passer au loin. «Nous ne les arrêtons pas, car ils sont mieux armés que nous. On fait des rapports au gouvernement», dit-il à IPS. «Nous ne pouvons pas sécuriser les frontières avec des kalachnikovs».

    Les brigades sont une dizaine à Oubari et chacune s'est plus ou moins sentie investie d'une ou plusieurs missions: surveillance d'une partie de la frontière, d'un hôpital…

    Sulaiman Elhaj, membre du comité chargé de la sécurité au Congrès général national (GNC), souligne, sur le site Internet Libya Herald, que la Libye a besoin d’acheter des armes.

    Mais la résolution 2095 de l’ONU maintient l’embargo sur les ventes d’armes à la Libye. Cependant, les besoins des brigades ne s’arrêtent pas là. «J’ai une trentaine de voitures pour surveiller 800 kilomètres de frontière», se plaint à IPS, Yaglos Mohamed Ahmed, chef touareg de la katiba 193 en charge de la logistique.

    Une katiba est une unité militaire libyenne créée pendant ou après la révolution de 2011. La plupart répondent aux ordres du ministère de la Défense ou du chef d'état-major, mais certaines ont gardé leur indépendance.

    Pour Juma Sayeh, membre de la commission de la défense au GNC, le problème est ailleurs: «Nous devons construire une armée. Les katibas ne peuvent pas contrôler les frontières, elles prennent part aux trafics».

    Officiellement fermées en décembre 2012 sur décision du GNC, les frontières sud-libyennes restent de véritables passoires: matières premières (huile, farine, pétrole…), fortement subventionnées par l’Etat, et armes quittent la Libye pour le Niger et Tchad principalement. En outre, travailleurs illégaux et drogues entrent dans le pays.

    «Nous n’avons pas de moyens, donc nous nous concentrons sur les drogues, l’alcool et les armes», explique le colonel Barca, un Toubou en charge de la sécurité de Mourzouk, district le plus au sud du Fezzan. Il estime que 600 migrants illégaux entrent quotidiennement en Libye.

    A l’ombre d’un arbre où il attend une embauche, un Guinéen anonyme raconte à IPS son trajet jusqu’à Sebha: «J’ai passé la frontière au poste de Madama (Niger) dans un véhicule pick-up avec quatre compatriotes. J’ai payé 200 euros, personne n’a demandé nos papiers».

    La porosité des frontières pose également la question des terroristes islamistes. Les habitants du Fezzan s’accordent pour dire qu’ils ont déjà infiltré la région. Ils pointent du doigt la ville d’Oubari, en particulier la katiba 315, présentée dans le livre «Sahelistan» de Samuel Laurent comme un «camp de transit» qui aurait accueilli le convoi ayant attaqué le complexe d’In Ameinas (Algérie) en janvier.

    Un proche anonyme de Cheikh Ahmed Omar, chef de cette katiba et enseignant dans une école coranique, dément: «Cheikh Ahmed est une personne pieuse. Pour lui, ceux qui commettent des attentats ne comprennent pas l’islam. L’auteur du livre se trompe».

    Dans l’enceinte de la katiba 315, Mohamed Al-Ansari, un des adjoints de Cheikh Ahmed, confirme à IPS: «Nous n’avons accueilli aucun terroriste. Ils sont contre nous, car nous sommes militaires». Il indique qu’ils sont chargés de la sécurité au poste frontière d’Anaï.

    Mais Billal réfute cette affirmation, indiquant que c’est sa brigade Tenere qui s'occupe d'Anaï.

    La visite de la katiba 315 est rapide: des bâtiments éventrés, quatre véhicules pick-up, deux mitrailleuses, un lance-roquette, un fusil d’assaut et sept kalachnikovs, a constaté IPS.

    «Les armes sont stockées à Machrouaa. Les hommes que vous avez vus partent pour le jihad», prévient un habitant anonyme d’Oubari. Machrouaa est un bidonville où des enfants jouent pieds-nus au milieu des câbles électriques rafistolés.

    «Je comprends ceux qui partent se battre. Ici, il n’y a rien: ni électricité, ni eau courante, ni espoir», explique à IPS Boubaker, un autre habitant qui n’a donné que ce seul nom.

    A une question sur la présence d’AQMI (Al-Qaëda au Maghreb islamique) dans son quartier, Boubaker répond court: «Je ne veux pas en parler».

    Toutefois, à la brigade 206, unique caserne touboue d’Oubari, IPS a rencontré quelqu’un qui dit avoir vu des terroristes. Hassan Massafer, un jeune garde, affirme: «J’ai vu des tentes d’AQMI, il y a deux mois, à Isseyne [entre Ghat et l’Algérie]. J’ai fait un rapport au gouvernement».

    «Mais il [le gouvernement] n’a rien fait», dit-il à IPS, en tapant sur son bureau pour exprimer sa déception.

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