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LIBYE: Le désert libyen inquiète beaucoup de pays

    By Maryline Dumas

    TRIPOLI, 7 juin (IPS) – «Les assaillants, selon toutes les informations que nous avons eues, viennent du sud libyen». Depuis cette déclaration du président nigérien, Mahamadou Issoufou, après les attentats terroristes du 23 mai à Agadez et Arlit dans le nord du Niger, tous les regards se sont tournés vers le sud de la Libye.

    Début juin, la France, puis l’Organisation du traité Atlantique Nord (OTAN), ont proposé leur aide au gouvernement libyen. La France, affirme son ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, est «disponible» pour aider la Libye à «sécuriser ses frontières» au sud.

    Le 4 juin, l’OTAN a annoncé l’envoi d’une délégation d’experts en Libye, mais le chef de l’organisation, Anders Fogh Rasmussen, a souligné qu’il n’était «pas question de déployer des troupes au sol».

    Si le gouvernement libyen a demandé l’aide de l’OTAN et des pays occidentaux pour sécuriser ses frontières, il reste cependant méfiant. «Il est préférable de laisser intervenir l’armée et la police libyennes dans le sud», déclare à IPS, Hussein Hamed Al-Adsari, un député touareg élu à Oubari (sud-ouest de la Libye). «Même si ces institutions ne sont pas encore bien établies, c’est aux Libyens de prendre les choses en main».

    Représentant de la tribu Slimane, à Sebha (sud du pays), Agila Majou Ouled renchérit à IPS: «Je ne suis pas à l’aise à l’idée d’une intervention extérieure. Si les Occidentaux veulent nous aider, qu’ils forment notre armée, mais qu’ils ne viennent pas faire la loi sur notre territoire».

    De son côté, le Premier ministre libyen, Ali Zeidan, a annoncé, lors d’une conférence de presse, le 3 juin, des mesures pour renforcer la présence de l’armée libyenne: réévaluation des salaires et des primes, allant jusqu’à 1.200 dollars, afin d’inciter les soldats et anciens rebelles libyens à accepter de travailler dans la région difficile du sud du pays.

    Le 25 mai, le président du Niger avait déclaré également qu’il craignait une «somalisation» de la Libye. Revendiquées par le groupe du djihadiste Mokhtar Belmokhtar, les deux attaques-suicides, survenues le 23 mai contre la base militaire d’Agadez et la mine d’uranium d’Arlit, visaient à punir le Niger pour son soutien à l’intervention française au Mali, selon les islamistes. Et pour le Niger, ces attaques ont été planifiées en Libye.

    Mais, le Premier ministre libyen a formellement démenti toutes ces accusations qu’il juge «sans fondement».

    Et à Tripoli, la capitale libyenne, le démenti de Zeidan trouve de nombreux échos. «Je n’ai aucune information sur la présence de terroristes au sud de la Libye», affirme le député Al-Adsari.

    Au Centre africain des études de Tripoli, Fraj Najem, réfute la présence de terroristes maliens en Libye: «Le Mali n’est pas frontalier avec la Libye, ce qui constitue un obstacle pour l’arrivée des combattants dans le sud libyen». Ce fait pourrait, selon cet expert, "permettre à Tripoli de se retourner contre ses voisins algériens et nigériens: si des terroristes maliens se trouvent en Libye, ils ont forcément traversé les pays voisins avant d'y arriver".

    Najem ajoute à IPS: "Le sud-ouest de la Libye est contrôlé par les Toubous qui n'ont pas de rapport avec les mouvements islamistes. Les Touaregs de l'Azawad et d'Ansar Dine du Mali ne peuvent pas retourner en Libye car ils ont combattu aux côtés des troupes pro-Kadhafi, et de ce fait, ils sont recherchés".

    Abu Azoum, membre du Conseil du Fezzan (sud libyen), parle plutôt d’une confusion. «Je ne crois pas que les terroristes viennent d’ici. Par contre, il est tout à fait possible qu’ils se soient fournis en armes dans le sud. Ils sont prêts à payer très cher pour cela, et il y a beaucoup d’armes en circulation en Libye», dit-il à IPS.

    Majou Ouled relève, toutefois, que si les «frontières du sud (avec le Tchad, le Niger et le Soudan) sont officiellement fermées» depuis décembre 2012, «tout le monde passe, comme si de rien n’était».

    Pour autant, il ne croit pas à la présence de camp de combattants dans le sud. «Il est possible que des terroristes soient passés par la Libye pour aller du Mali au Niger et brouiller les pistes. Mais il n’est pas possible qu’ils se soient installés chez nous. Tout le monde se connaît dans le désert. Si quelqu’un de nouveau arrive, on le sait tout de suite», affirme Majou Ouled à IPS.

    Mais, un expert en sécurité basé à Tripoli, n’est pas du même avis. «Il est clair que dans le sud, les tribus contrôlent parfaitement leur territoire. Et donc, elles savent parfaitement qu’AQMI est sur place», déclare-t-il sous anonymat.

    Son opinion est partagée par Samuel Laurent, auteur du livre "Sahelistan, les nouvelles terres du Jihad". «Les Touaregs (qui contrôlent le sud-ouest de la Libye) hébergent les islamistes. En règle générale, non par idéologie, mais par intérêt bassement financier», écrit-il, soulignant: «Mokhtar Belmokhtar est millionnaire».

    Selon Laurent qui est consultant en sécurité, les islamistes maliens se seraient installés en Libye en novembre 2012, bien avant l’intervention française. «Cela fait des mois que le vrai noyau d’AQMI se reforme dans le sud-ouest de la Libye», ajoute-t-il à IPS.

    Selon cet expert, Tripoli n’acceptera jamais une intervention occidentale, contrairement à Bamako. «De plus, beaucoup d’armes circulent grâce aux anciennes cachettes de Kadhafi. La Libye est donc un sanctuaire mille fois plus intéressant que le Mali pour les terroristes», dit-il.

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