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LIBYE: Les rebelles traquent les réfugiés noirs

    By Karlos Zurutuza

    TRIPOLI, 13 sep (IPS) – La révolution libyenne a été dévastatrice pour Alybe Nally, un Nigérian de 20 ans, comme elle l’a été pour d'innombrables autres migrants venus d'Afrique, considérés par les rebelles comme loyalistes à Mouammar Kadhafi.

    "Quand les rebelles ont pris Tripoli il y a (un peu plus de) deux semaines, ils ont pris mon argent, mon téléphone portable, mon passeport… Tout ce que j'ai, c’est ce que vous voyez maintenant", déclare-t-il, indiquant sa paire de sandales mal assorties.Alybe a quitté le Nigeria il y a trois ans pour travailler à Tripoli, lavant des voitures. Il se trouve maintenant dans le camp de réfugiés de fortune de Sidi Bilal, non loin d’un port abandonné dans la périphérie de la ville.Alybe affirme que lui et plus d'un millier d'autres dans le camp buvaient l'eau de mer avant que Médecins sans frontières ne commence à distribuer de l'eau potable le 3 septembre. Les conditions sont infernales dans le camp, mais les réfugiés ici ont peur de quitter."Ils m'ont attrapé sous la menace d’une arme à feu à l'entrée du camp il y a dix jours", indique Eddy Ohasuyi, un Nigérian de 27 ans. "J'ai été gardé en prison pendant dix jours. Ils m'appelaient 'mercenaire' et me frappaient tous les matins, puis me forçaient à enlever les débris et les ordures dans les rues". Tout ce qu'il a pour porter, c'est un manteau noir épais.Des histoires de travail forcé sont fréquentes à Sidi Bilal. Les gens disent avoir été pris de force, ou qu’on leur a promis un salaire qu'ils n'obtiennent jamais. La plupart sont retournés dans le camp un ou deux jours après. Mais d'autres, tels que Monday Abiyan, sont toujours portés disparus."Mon frère a été pris sous la menace d’une arme à feu il y a dix jours, mais il n'est pas encore revenu", déclare Osama Abiyan assis à l'ombre d'une coque de bois brûlé par le soleil. Ce Ghanéen de 23 ans craint que son frère soit torturé, voire tué.Beaucoup de personnes dans le camp parlent d'agressions sexuelles sur les femmes. Patience, originaire du Ghana, affirme qu'elle a réussi à se glisser entre deux amis et se cacher sous une couverture pour dormir.Des bagarres au sujet des rares fournitures deviennent plus fréquentes. Pendant que ce correspondant de IPS visitait le camp, un groupe s’est réuni pour écouter les assurances de l’émissaire du gouvernement, Ibrahim Ali."Nous travaillons pour vous protéger et garantir votre sécurité", a déclaré le représentant du Comité de stabilisation à un groupe d'Africains subsahariens réunis autour de lui. "Une fois que vous avez établi une liste avec votre nom complet et numéro de passeport, nous essayerons de vous sortir d'ici dès que possible"."Il y a encore une guerre en cours dans le pays. Ce n'est pas facile de faire face à cette crise, mais le Conseil national de transition (CNT – le nouveau leadership de facto en Libye) s'attaque vraiment au problème", confie à IPS, Carlos Afonso, un représentant de la Commission européenne accompagnant le représentant du CNT.Le personnel de plusieurs organisations humanitaires n’est pas si sûr. 'Human Rights Watch' a demandé au CNT d’arrêter les "arrestations arbitraires et les mauvais traitements infligés aux travailleurs migrants africains et aux Libyens noirs supposés être des mercenaires". L’ONG a indiqué dans un rapport publié le 5 septembre que les "arrestations arbitraires généralisées et les mauvais traitements fréquents ont créé un grave sentiment de peur au sein de la population africaine de la ville".Pendant qu’Ibrahim Ali finit d’exprimer ses assurances, la réunion est brusquement interrompue par des gens qui criaient à l'entrée du camp. Deux hommes armés forçaient deux Noirs dans une voiture orange avec laquelle ils étaient venus. Ils ont caché leurs armes dès qu’ils ont vu des journalistes étrangers dans les parages. Ils sont rapidement cernés par des hommes noirs en colère."Vous voyez? Si ce n'était pas à cause de vous, ils auraient enlevé ces deux jeunes gars. Cela se passe tous les jours", raconte à IPS, Martins Osa, 19 ans.L'émissaire du CNT a mis les visiteurs inattendus de côté et les a accompagnés vers leur voiture. Prié par IPS de dire si les autorités prendraient des mesures juridiques contre les deux hommes armés, Ibrahim Ali a répondu avec un sourire que tout l'incident était juste "un malentendu".L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a organisé l'évacuation de Tripoli de plus de 1.600 travailleurs migrants à bord de bateaux affrétés au cours des deux semaines précédentes. Mais l'OIM affirme qu'il y a encore des centaines de personnes qui attendent une voie de sortie. La position des gens de l'Afrique subsaharienne, largement soupçonnés d'être des mercenaires, est particulièrement dangereuse.Les conditions dans le camp déclenchent également des bagarres parmi les réfugiés. A un endroit, une bagarre a éclaté entre deux réfugiés au sujet d’une nouvelle citerne d'eau. Quelques minutes plus tard, deux Libyens armés à bord d’un pickup ont fait irruption et ont tiré en l'air, puis directement au sol.Personne n'a été blessé, mais les réfugiés disent qu’une telle démonstration de violence n'est pas inhabituelle. De jeunes Libyens à l'affût descendent souvent sur le camp la nuit à la recherche de femmes, déclarent des réfugiés du camp.

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