Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Economie et Travail, Headlines, Reportage d'Afrique, Santé »

LIBYE: Une guerre tribale couve dans le désert

    By Rebecca Murray

    ZWEILA, Libye, 13 oct (IPS) – Un groupe de combattants Toubous, avec des camions couverts de boue, se repose à la périphérie de Zweila, une petite escale historique de la traite des esclaves dans le désert du sud-ouest de la Libye.

    Loin de leur base natale de Koufra, à des centaines de kilomètres à l'est, ces hommes appartiennent à une patrouille frontalière désertique fidèle au commandant charismatique Toubou, Issa Abdel Majid Mansour.

    Ils surveillent la vaste frontière sud apparemment impénétrable avec le Soudan, le Tchad et le Niger – une randonnée ardue hors route sur de hautes dunes de sable, des roches volcaniques et des champs de mines éparpillés – se servant des indications des trafiquants et des étoiles comme guide.

    Les indigènes, des Toubous semi-nomades, marginalisés par Mouammar Kadhafi dans sa campagne d'arabisation, avaient joué un rôle principal pendant la révolution de 2011 avec un objectif de garantir leurs droits civils.

    En combinant leurs connaissances intimes du Sahara avec un réseau tribal couvrant les deux côtés des frontières, ils avaient forgé un blocus efficace contre des renforts pro-régime.

    Quand la révolution a été gagnée, un gouvernement de transition de reconnaissance a attribué de façon controversée à Mansour la surveillance des traversées du désert vital au détriment de la majorité de la tribu arabe Zwai de Koufra.

    Les Zwai, dont les liens s'étendent sur ce territoire riche en pétrole à Ajdabiya, à 150 km au sud de Benghazi, bénéficiaient précédemment des tactiques de diviser pour régner de Kadhafi.

    Outre la sécurisation des gisements nationaux de pétrole, Mansour affirme que leur priorité est d'empêcher les milices extrémistes, y compris Al-Qaïda, de l'activité lucrative de faire sortir clandestinement du carburant et des vivres subventionnés hors de Libye, et d’y transporter des armes et de la drogue.

    "Je crains les terroristes", déclare-t-il avec attention. "Ils sont dangereux – nous devons les empêcher d’avoir plus de force dans le désert".

    La sécurité est une grande préoccupation pour le gouvernement libyen, en particulier à la suite de l'attaque meurtrière contre le consulat américain à Benghazi par une milice islamiste suspecte en septembre.

    Secoué dans l’action par une ferveur ultérieure de l'indignation du public, le gouvernement est maintenant confronté à une bataille difficile pour intégrer ou désarmer les groupes armés mal formés vaguement affiliés à l'appareil de sécurité publique le long de la ceinture côtière de la Libye.

    Mais le sud volatile et moins peuplé – souvent négligé – renferme d'importantes réserves pétrolières, des minerais rares, un projet de rivière artificielle de Kadhafi qui alimente en eau le nord et le trafic transfrontalier de produits illicites.

    Le gouvernement basé à Tripoli n'a pas réussi à satisfaire les revendications tribales et économiques au cœur des affrontements meurtriers survenus cette année entre les tribus toubous et arabes dans les villes commerciales de Koufra et Sebha, dans le sud, désormais gouvernées par de fragiles cessez-le-feu.

    Au niveau international, des intérêts régionaux rivaux ont réduit le partage d'informations entre les ambassades étrangères et une approche cohérente vers les ministères.

    Les Etats-Unis estiment que des groupes islamiques extrémistes, y compris Al-Qaïda, tentent de forger des lignes d'approvisionnement à travers le sud de la Libye vers ses voisins. Ils semblent être prêts à introduire un rôle plus fort pour le Commandement militaire américain pour l’Afrique (AFRICOM), dans leur guerre en expansion contre le terrorisme.

    Pendant ce temps, les Français s'efforcent de conserver un monopole sur cette région riche en minerais, qu’ils considèrent traditionnellement comme leur arrière-cour postcoloniale.

    Naviguer vers l’est à travers les dunes de sable abruptes du Sahara, une enclave surréaliste concrète apparaît au loin. C'est l’oasis reculée de Koufra, autrefois un spectacle à réjouir le cœur pour les gens fatigués voyageant par le désert.

    Lorsque les violences à Koufra ont pris fin par un cessez-le-feu précaire en juin, les Zwai ont érigé une barrière, encerclant cette ville très divisée et sa population de 44.000 habitants.

    Les Zwai sont convaincus que la communauté Toubou dans la ville est principalement composée d’étrangers, et cherche à créer une patrie autonome. L’autre inquiétude pour eux, c’est le contrôle du moyen de subsistance le plus rentable du sud, la contrebande.

    Les vainqueurs de la révolution, les trafiquants Toubous gagnent leur vie de subsistance assez librement, en sillonnant les frontières dans de petites camionnettes pickup Toyota chargées de carburant bon marché et des migrants.

    Mais les gros camions commerciaux appartenant aux hommes d'affaires Zwai – qui, jusqu'à récemment, faisaient une petite fortune à partir du commerce frontalier illicite – se trouvent actuellement désœuvrés.

    "Les Zwai, économiquement parlant, veulent contrôler la région allant de Koufra à la frontière avec l’Egypte et le Soudan à cause de la contrebande. Ils appellent cela commerce, mais c'est en réalité de la contrebande", explique Fathi Baja, professeur des sciences politiques à l'Université de Benghazi.

    "Il existe également des groupes islamistes qui veulent contrôler des frontières", ajoute-t-il.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa