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MADAGASCAR: Les travailleuses sexuelles, des esclaves affranchies!

    By Paul Sophonie*

    ANTANANARIVO, 17 fév (IPS) – Le travail du sexe est pratiqué en majorité par des femmes dans tous les pays du monde. Il est plus visible dans les pays les plus pauvres. Madagascar n'échappe pas à cette règle, et elles sont des milliers de femmes à se prostituer dans les grandes villes de la Grande Ile.

    Il y a une compétition féroce entre toutes ces jeunes femmes qui arpentent les rues et ruelles d’Antananarivo, la capitale malgache, chaque soir dans le but de trouver un ou plusieurs clients et gagner un peu d'argent pour acheter de quoi se nourrir et soutenir leurs familles. Si les travailleuses du sexe malgaches exercent leur métier comme tous leurs homologues ailleurs, elles ont quand même un avantage, si l’on peut parler ainsi, sur les autres: elles sont libres et ne sont pas sous la coupe d’un proxénète.

    C’est le cas de Sarah qui vient de Fort Dauphin et qui vit dans une banlieue de la capitale depuis maintenant cinq ans. «Toute ma famille vit dans la pauvreté à Fort Dauphin. C'est à l'extrémité sud de Madagascar. Il faut au moins deux jours en voiture pour y arriver et le voyage coûte cher. Donc cela fait très longtemps que je n'ai pas vu mes parents. Ils pensent que j’exerce un travail respectable ici parce que je leur envoie de l'argent», déclare-t-elle.

    «Initialement, c'était mon but quand je suis arrivée à Tananarive, mais je ne trouvais aucun boulot ou si j'en trouvais, c'était très mal payé, voire moins de deux dollars par jour. Une fois, j’ai rencontré un Français dans une boîte de nuit et je pensais qu'il me draguait. Finalement, j'ai atterri dans sa chambre d'hôtel et nous avons eu des relations sexuelles. Et au petit matin, je ne m’attendais pas à ce qu’il me tende 20 dollars. Sans m’en rendre compte, c’était du travail sexuel», explique Sarah.

    Le lendemain, le Français l’a appelée pour lui dire que son collègue cherchait une fille pour passer du bon temps. «Au début, cela m'a surprise, mais après, je me suis dis pourquoi pas. J'ai couché avec cet autre Français. En l'espace de deux nuits, j'avais obtenu l'équivalent de ce que j'ai l'habitude de gagner en un mois. Et là, j’ai commencé à fréquenter une boîte dans le centre-ville. Elle est très fréquentée par des étrangers tous les soirs, mais il y a quand même une grande compétition entre les filles. Des fois, je rentre bredouille. Mais la plupart du temps, j'arrive à trouver un client», ajoute-t-elle.Nirindra, 23 ans, est différente de Sarah. Originaire d’Antananarivo, elle est instruite et vient d'une famille aisée. Elle s’est retrouvée à pratiquer le travail de sexe malgré elle. C'est sa relation avec un homme qui en est la cause. «Mes parents n'avaient pas approuvé l'homme que j’avais choisi d'aimer et avec qui je me suis mariée. Je vivais bien dans ma famille. On ne manquait rien, mais quand j'ai connu cet homme, mes parents étaient furieux. Je me suis donc enfuie», dit-elle.«Mes parents sont décédés par la suite à quelques mois d'intervalle. Entre-temps, j'ai eu deux enfants. Mais mon compagnon m'a abandonnée pour une Italienne et a émigré en Italie en me laissant seule avec les enfants. Malgré mon niveau d'éducation, je ne suis pas arrivée à trouver un emploi qui paie bien. La crise politique n’a fait qu’empirer les choses», raconte Nirindra.

    Ensuite, une amie lui explique qu’il y a un moyen de se faire facilement de l’argent. «Je n’étais pas du tout d'accord, mais comme je n’avais plus de ressources et que je ne voulais pas que mes enfants en pâtissent – le propriétaire de notre maison menaçait de nous expulser – je n’avais pas le choix. Donc, j’ai commencé à faire le trottoir. J’essaie d’avoir au moins deux clients par nuit parce que je dois rétribuer une amie qui veille sur mes enfants la nuit», explique-t-elle.«Le travail sexuel n’est pas facile. Je me suis fait violer deux fois. Je parle de viol car je n'étais pas d'accord avec certaines pratiques sexuelles que les clients me demandaient. Mais dans les deux cas, ils m’ont forcée à le faire. Une fois, je suis sortie avec un client. Il a permis à son ami d’abuser de moi. Ils étaient ivres tous les deux. Ils m'ont frappée et ne m'ont même pas payée. Ils m'ont traitée de tous les noms. Je suis restée chez moi pendant 15 jours».

    «Traumatisée, j'avais peur mais après, je suis retournée sur le trottoir car je n'ai pas le choix. Je sais qu'un jour, je sortirai de cette galère et que je pourrai gagner honnêtement ma vie. Actuellement, j'économise de l'argent pour ouvrir une petite épicerie», ajoute-t-elle.La pauvreté reste la raison première de la prostitution à Madagascar. Les prostituées malgaches restent donc libres de leur choix de vie, mais il s’agit là d’une liberté forcée, motivée par des conditions de vie difficiles, dans un pays où la crise politique, en cours depuis 2009, semble partie pour s’enliser.*(Paul Sophonie est journaliste à Maurice et a écrit cet article pour 'Gender Links', une ONG d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre Gender Links et IPS).

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