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MADAGASCAR: Une femme spécialisée en gestion des risques liés au climat

    By Leevy Frivet*

    ANTANANARIVO, 1 juil (IPS) – L’étude de la nature était une science qui autrefois n’attirait que des hommes bien que ses effets affectaient aussi la vie des femmes. Aujourd'hui, elles sont nombreuses les femmes à vouloir se battre contre le changement climatique et à atténuer les risques de catastrophes naturelles.

    L'océan Indien, une vaste mer remplie de richesses et bordée de quelques pays, a été marqué cette année par des catastrophes naturelles violentes. D'où la mobilisation et le réveil des pays de cette région, en particulier de ceux qui en ont beaucoup souffert. Le pays le plus touché par ces changements climatiques a été Madagascar. Durant ces 30 dernières années, la Grande Ile aurait dépensé plus de 1,7 milliard de dollars US à panser ses blessures causées par le changement climatique.

    En deuxième position, vient la Réunion dont les estimations des pertes s’élèvent à environ 710 millions de dollars, suivi de Maurice avec près de 421 millions de dollars de dégâts. Les Comores et les Seychelles viennent ensuite, mais leurs dégâts sont moindres. Les pertes estimées pour ces deux pays sont respectivement de l’ordre de 43 millions et de 32 millions de dollars, selon plusieurs sources.

    Face à cette situation, Fenitriniaina Randrianarisaona, une jeune Malgache, a décidé de s’investir dans la gestion des risques des catastrophes naturelles. Comme les autres étudiantes malgaches, elle aurait pu choisir le droit, les sciences politiques, le commerce comme filière d’études supérieures. Mais elle a choisi de se spécialiser dans cette filière qui permet de comprendre les phénomènes climatiques pour atténuer les conséquences du changement climatique et de sauver des vies innocentes.

    Ce choix s’est fait rapidement. «J'ai vu une annonce de l’Université d’Antananarivo dans le journal. C’était un avis de formation. Je l’ai vue deux jours avant la fermeture de l'inscription et je me suis dit: pourquoi pas. C’était en 2011», déclare Randrianarisaona.

    «J'ai pensé et je le pense encore, que la variabilité climatique est une question d’actualité brûlante et pour que assurer son développement, un pays doit miser sur la gestion des catastrophes naturelles. Donc, je me suis inscrite et heureusement, ma candidature a été retenue», ajoute-t-elle.

    Elle a donc entrepris des études en gestion des catastrophes naturelles. Elle insiste sur l'importance de la prévention. «La variabilité climatique est un phénomène mondial et Madagascar n’est pas à l’abri. Déjà avec la pauvreté croissante dans le pays, la population est vulnérable. Face aux aléas climatiques comme les cyclones et les inondations, elle l’est davantage», explique-t-elle.

    «C’est vrai qu’on ne peut pas empêcher la formation des phénomènes naturels mais au moins, on pourrait atténuer leurs effets pour diminuer les dégâts matériels et les pertes en vies humaines. C’est ce qui me motive à aller dans ce sens. Pour bien gérer et réduire les risques de catastrophes, il faut miser sur la prévention», souligne-t-elle.

    Randrianarisaona insiste que les femmes sont les premières victimes des catastrophes naturelles. Le cyclone Haruna en janvier et l'invasion de crickets qui a suivi sont des exemples désolants de la vulnérabilité de la population, et en particulier des femmes face à ces catastrophes.

    «Les femmes et les enfants sont les plus vulnérables aux catastrophes à Madagascar. Avec la pauvreté croissante, qui touche presque essentiellement le milieu rural, les femmes exerçant des activités dans le secteur agricole, sont les plus touchées", dit-elle.

    Mais les femmes sont aussi plus motivées et sensibles aux questions de catastrophes naturelles. «Ce n'est pas juste un intérêt comme les autres car les ignorer ou les considérer comme des facteurs normaux de la vie de tous les jours, équivaut à minimiser ces drames et à être presque leur complice», affirme-t-elle.

    Randrianarisaona insiste que les femmes ont une contribution dans ce combat. «Les femmes sont plus méticuleuses, responsables, prévenantes et prévisibles que les hommes. C’est le cas pour les aléas naturels. Dans le cadre de la prévention, leur rôle est essentiel. Elles pourraient transmettre facilement à leurs enfants les mesures de précaution à prendre pour se mettre en sécurité. Chose que les hommes qui passent leur temps à travailler pour pouvoir nourrir la famille, n’ont pas le temps de faire».

    Elle rejette l'idée que c'est difficile de motiver les gens sur la question. «Actuellement, la variabilité climatique touche tous les pays du monde et fait de nombreuses victimes. Cela se voit tous les jours aux informations et se lit dans les journaux. Il est donc plus facile de sensibiliser tous les acteurs à tous les niveaux et donner aux femmes la place qui leur revient dans cette prévention».

    Randrianarisaona regrette cependant qu'il n'y ait pas assez de femmes engagées dans le domaine. «C'est sûr qu'elles se sentent concernées, mais il y a un manque de personnel qualifié à Madagascar alors que les femmes pourraient aisément jouer ce rôle». Il serait souhaitable que les femmes aient aussi l’opportunité de suivre des formations comme celle que Randrianarisaona a suivie.

    'Gender Links' a toujours insisté pour que le Protocole de la SADC sur le genre et le développement ait une base de données essentielle sur le changement climatique qui affecte aussi bien les hommes que les femmes et les enfants. Il serait temps que tous les pays signataires du protocole l’appliquent.

    *(Leevy Frivet est journaliste à Maurice et a écrit pour 'Gender Links', une ONG de défense des droits des femmes en Afrique australe. Cet article est publié en vertu d’un accord de coopération entre Gender Links et IPS).

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