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MALAWI: Epuisement des moyens de subsistance dans le lac Chilwa

    By Claire Ngozo

    LAC CHILWA, Malawi, 20 août (IPS) – Les pêcheurs et fermiers vivant près du deuxième plus grand cours d'eau du Malawi, le lac Chilwa, emménagent en masse et se bousculent pour un espace autour de ses rives puisque le lac a séché à des niveaux dangereusement bas.

    Le professeur Sosten Chiotha, un expert au Programme d’adaptation aux changements climatiques dans le bassin du lac Chilwa (LCBCCAP), a déclaré que le lac pourrait se tarir complètement d’ici à l'année prochaine si les faibles précipitations dans la région continuaient.Le lac s’est complètement tari en 1995 suite à une sécheresse, qui a entraîné 775 mm et 748 mm de précipitations sur deux années consécutives."Selon les Services météorologiques du Malawi, au cours des deux dernières années, le bassin hydrographique du lac Chilwa a enregistré moins de 1.000 millimètres de pluie. En 2011 et 2012, le total des précipitations annuelles était de 1.048 mm et de 655 mm respectivement", a souligné Chiotha.Et cela ne suffit pas pour préserver le lac."En mars, il semblait que la situation n'était pas trop mauvaise, mais progressivement, les niveaux d'eau ont commencé à baisser rapidement, en particulier au niveau des plages de Mposa et de Namanja. En juillet, nous avions pu conduire sur 10 kilomètres dans le lac, de 'Namanja Beach' à une zone qui avait de l'eau en mars, et nous n'avions toujours pas atteint des étendues d’eau", a indiqué Chiotha à IPS."Les gens vivant sur ces principales plages ont déjà commencé à emménager sur les plages de Swangoma, Chisi et de Kachulu, à la recherche de nouvelles zones de pêche et de bonnes terres agricoles", a déclaré Chiotha à IPS. Toutefois, il était incapable d'estimer le nombre de personnes qui se sont installées à ce jour.Chiotha, qui est également le directeur régional du Leadership pour l'environnement et le développement en Afrique australe et orientale, un groupe mondial de réflexion sur l'environnement et le développement, a averti que les choses pourraient empirer si le lac continuait à se tarir."Ce mouvement est également en train de provoquer un surpeuplement et un conflit potentiel", a-t-il affirmé.Jusqu'à 1,5 million d'habitants des districts de Machinga, Phalombe et de Zomba, dans le sud du Malawi, profitent directement de ce lac de 60 km sur 40 km à travers l’agriculture et les biens et services des ressources naturelles, qui génèrent environ 21 millions de dollars par an."De cette somme, 18,7 millions de dollars sont générés à partir de la pêche, le reste provenant de l'agriculture, la chasse aux oiseaux, et de l'utilisation des prairies, de la végétation et de l'argile pour la fabrication des matériaux de construction", indiquait un communiqué du LCBCCAP publié en août.Environ 17.000 tonnes de poissons, soit 20 pour cent de tous les poissons pêchés dans ce pays d'Afrique australe, proviennent du lac.Godwin Mussa, 41 ans, qui est né à Namanja Beach et y a vécu toute sa vie, a été contraint d’emménager à Chisi Beach en juillet, en quête de zones de pêche."La pêche devient de plus en plus difficile puisque l'eau s’est éloignée davantage de ma plage. J'étais simplement obligé d’emménager à Chisi afin de pouvoir prendre soins de ma femme et mes six enfants", a indiqué Mussa à IPS.Il a dit que sa prise était tombée à 100 poissons en moyenne par semaine, par rapport à 600 par semaine l'année dernière."La pêche est ma seule source de revenus et c'est pourquoi je devais simplement déménager. J'espère seulement que nous aurons de bonnes pluies cette année afin que je puisse rentrer chez moi. Les pêcheurs ici se méfient de ceux d'entre nous qui se déplacent sur leur territoire. Nous nous bousculons pour des zones de pêche", a déclaré Mussa.Les agriculteurs autour du lac luttent également.

    Debra Chalichi, originaire du district de Phalombe, pratique l'agriculture par irrigation dans le bassin du lac depuis 2007. Mais cette année, elle a dû attendre les pluies afin d’irriguer ses cultures."Depuis l'année dernière, le lac s'éloigne de là où se trouve mon jardin. Je ne peux plus diriger les canaux d'eau pour l'irrigation dans mon jardin à partir du lac parce qu’il continue de se retirer", a expliqué Chalichi à IPS.Elle a dit qu'elle avait l'habitude de cultiver le riz deux fois par an, mais a seulement réussi à en produire une fois cette année puisqu’elle était obligée d’attendre la saison des pluies."La culture de riz a été mon moyen de subsistance et je deviens plus pauvre maintenant. Je faisais d'habitude jusqu'à 2.000 dollars de ventes. Mais j'ai pu seulement produire de riz pour une valeur de 800 dollars cette année", a déclaré Chalichi.Le riz est l'une des cultures de base au Malawi, et est la deuxième après le maïs. Environ 50 pour cent des quelque 100.000 tonnes de riz récoltés au Malawi proviennent des zones humides du lac Chilwa, selon les statistiques du ministère de l'Agriculture. Il n'existe pas d'estimations disponibles sur la production de riz cette année.Chiotha a indiqué à IPS que les faibles précipitations affectent négativement les moyens de subsistance et la nutrition des personnes vivant autour du lac.Cette situation pourrait obliger certaines personnes à quitter la zone.John Kabango, 51 ans, originaire du district de Zomba, pêche sur le lac Chilwa depuis 1981.Il a déclaré qu’en 2005, la dernière fois que le niveau d'eau dans le lac a commencé à diminuer, il avait emménagé à Blantyre, la capitale économique du pays. Il travaillait là-bas comme gardien de nuit dans une usine jusqu’à l’amélioration des conditions autour du lac et il est retourné chez lui.

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