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MALAWI: La loi n’arrive pas à protéger les enfants

    By Charity Chimungu Phiri

    BLANTYRE, 19 oct (IPS) – Patrick Martin, 14 ans, et son frère Mayeso, 15 ans, sont en sécurité à la maison pour l’instant avec leur mère et d'autres frères et sœurs à Kasonya, un village du district de Phalombe, dans le sud du Malawi, en Afrique australe.

    Ces enfants, ainsi que 12 autres, ont été sauvés d’un trafic opéré par leur père vers le Mozambique voisin en septembre.

    Chaque saison agricole, des gens originaires du district de Phalombe sont envoyés vers le Mozambique, un pays voisin, pour gagner au profit de leurs familles assez d'argent pour acheter un vélo – qui est considéré comme un luxe dans un pays où 65 pour cent de ses 16 millions d'habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté.

    L'histoire de ces enfants est l'un des nombreux faits courants au Malawi actuellement, puisque des statistiques officielles indiquent qu'au moins 1,4 million d'enfants sont impliqués dans le travail des enfants et que 20 pour cent d'entre eux sont victimes d’une traite au niveau national et international pour l'industrie du sexe et l'adoption illégale.

    Mais la sécurité future de ces garçons demeure incertaine, et ils peuvent être forcés à travailler à nouveau, puisque des lois dépassées dans le pays signifient que leur père s'en sortira avec une simple tape sur les doigts pour son crime.

    Le pays ne dispose d'aucune loi sur la traite des êtres humains, et bien qu'il existe une disposition contre le trafic des enfants à l’article 79 de la Loi sur la protection et la justice de l'enfance, elle n'est pas correctement appliquée.

    Leur père, James Martin, 31 ans, sera libéré de la prison de Mulanje après seulement 18 mois. Lui, ensemble avec James Banda, 23 ans, Daniel Thumpwa, 21 ans et Dickson Kambewa, 37 ans, ont été inculpés pour avoir engagé des enfants de moins de 18 ans dans le travail interdit pour enfant.

    Ils ont été inculpés conformément à la Loi sur l'emploi, et non pour la traite des enfants selon l'article 79 de la Loi sur la protection et la justice de l'enfance.

    La Loi sur la protection et la justice de l'enfance, qui est entrée en vigueur en décembre 2011, stipule qu’un trafiquant devrait purger une peine maximale d'emprisonnement à vie quand il est surpris en train de trafiquer des enfants de moins de 16 ans.

    Maxwell Matewere, le directeur exécutif de l'organisation non gouvernementale (ONG) 'Eye of the Child' (L’œil de l'enfant), qui priorise la lutte contre la traite des enfants, a déclaré à IPS que les lois du pays font qu'il est difficile pour les organisations et la police de travailler pleinement dans la lutte contre la pratique.

    "Le problème maintenant est que les juges n’utilisent pas la Loi sur la protection et la justice de l'enfance pour prononcer des condamnations principalement parce qu'elle n'est pas obligatoire et dépend aussi de facteurs atténuants tels que le niveau d'engagement auquel l’enfant a été secouru et son âge".

    "En outre, au Malawi, nous n'avons pas une loi sur le trafic des êtres humains, alors, lorsque les contrevenants sont arrêtés par la police et accusés de trafic des êtres humains, le chef d’accusation est changé au tribunal parce qu'il n'existe pas une telle loi", a-t-il souligné.

    "Un Zambien qui a été arrêté pour avoir trafiqué des enfants de Dedza (dans la région du Centre du Malawi) pour aller travailler dans des champs de maïs en Zambie, a été libéré après avoir payé une amende", a-t-il indiqué.

    Matewere a ajouté que l’actuelle Loi sur la protection et la justice de l'enfance est très limitée de plusieurs façons.

    "La loi ne prévoit que la définition de la traite des enfants comme un délit passible de la prison à vie; cependant, elle ne donne aucun mécanisme quant à la façon dont les victimes pourraient être identifiées et prises en charge. Elle est également muette sur d'autres facteurs pressants comme la définition du recrutement, et sur ce qui arriverait à une ONG (par exemple un orphelinat qui s’engage dans l'adoption illégale) ou une compagnie de bus qui est impliquée dans le transfert des enfants", a-t-il expliqué.

    Matewere a affirmé qu’à moins que le gouvernement ait la volonté politique de faire face aux causes profondes du problème, qu'il identifie comme la pauvreté, le chômage, le manque d'éducation et l’absence d'identification nationale, plus d'enfants continueront d’être victimes de trafic.

    Le porte-parole adjoint de la police nationale, Kelvin Maigwa, a déclaré à IPS qu’entre janvier et août de cette année, 43 cas de trafic d'enfants ont été signalés, dont le même nombre de garçons et de filles.

    "La raison pour laquelle ces enfants sont emmenés de chez eux est que leurs maîtres cherchent une main-d’œuvre bon marché, alors ils font travailler les enfants dans les plantations de thé et de tabac, leur paient de modiques sommes parce qu'ils savent qu'ils ne peuvent pas se plaindre", a-t-il expliqué.

    "Les filles sont principalement amenées à travailler dans la prostitution dans les bars et les auberges où elles sont utilisées pour courtiser les clients et parfois pour détacher des paquets de bière; elles sont également employées pour des travaux domestiques comme gardes d’enfants ou femmes de ménage dans les villes", a-t-il ajouté.

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