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MALAWI: La pénurie de maïs touche les femmes

    By Mabvuto Banda

    LILONGWE, 30 avr (IPS) – Chaque nuit, Esnart Phiri, une veuve avec cinq enfants, dort devant les portes de la boutique de maïs gérée par l'Etat ou le marché des Entreprises de développement agricole et de marketing (ADMARC), à Lilongwe, la capitale du Malawi, puisqu’elle attend pendant des jours pour acheter du maïs.

    Les queues dans les ADMARC sont infinies puisque que des milliers de personnes attendent pendant des jours pour acheter la culture de base. Phiri a déclaré à IPS qu'elle met son fils aîné dans la file d'attente la nuit, afin de lui garder sa place pour le lendemain, pendant qu'elle dort avec ses autres enfants dans l'un des couloirs d’un bureau en face.

    "Ce marché est devenu ma maison temporaire avec mes enfants parce que je n'ai pas la force de marcher et faire des va-et-vient tous les jours. Je ferais mieux de dormir ici et attendre le maïs", a-t-elle dit. Phiri est originaire de la municipalité de Chinsapo, à quelque 40 kilomètres de Lilongwe.

    Ce pays d'Afrique australe a été frappé par une pénurie de maïs après deux périodes de sécheresse consécutives. Le maïs est la plus importante culture alimentaire du Malawi, représentant 90 pour cent de tous les apports caloriques, suivi du manioc, des patates douces et du sorgho. Mais, selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, la production céréalière du Malawi pour la période 2011-2012 était de sept pour cent au-dessous de la récolte de la saison précédente.

    Plus de deux millions de personnes sont confrontées à des pénuries alimentaires cette année à cause de longues périodes de sécheresse et de la flambée des prix des denrées alimentaires qui ont poussé l'inflation à la consommation à 36,6 pour cent à partir de mars.

    Phiri peut ne pas être disposée à marcher tous les jours depuis Chinsapo, mais chaque matin, avant le lever du soleil, Jamesi Memory, une femme enceinte de quatre mois, se réveille et marche sur 40 km pour se rendre à l’ADMARC de Lilongwe.

    Il y a quelques semaines, cette mère de trois enfants était si faible qu'elle s'est évanouie alors qu’elle se tenait debout dans la longue queue de cette ADMARC.

    "Je me sentais très faible et fatiguée… J'ai commencé à trembler violemment pendant que j’attendais dans la queue et je ne sais pas ce qui s'est passé par la suite", a indiqué Jamesi à IPS pendant qu'elle était allongée sur son lit d'hôpital dans la salle surpeuplée réservée aux femmes à l’Hôpital central Kamuzu.

    Mais le sort de Jamesi n’est pas unique. Environ cinq habitants sur 10 à Chinsapo ont dit à IPS que leurs enfants ont souffert de faim au cours de ces derniers mois, non seulement à cause de la pénurie de maïs, mais aussi parce qu'ils ne peuvent même pas acheter le produit quand il est disponible.

    Un sac de 50 kilogrammes de maïs coûtait autour de 13 dollars, mais aujourd’hui, ce prix a plus que doublé pour atteindre environ 30 dollars – bien au-dessus des revenus de ceux qui vivent dans une extrême pauvreté, avec moins de 20 dollars par mois.

    Dans un pays où les femmes représentent 70 pour cent de la main-d'œuvre agricole et sont les soutiens de leurs familles, les femmes et les enfants sont les premières victimes de la hausse des prix des aliments.

    La situation alimentaire s'est également aggravée au cours des deux derniers mois, puisqu’environ 30.000 tonnes métriques de maïs, dans les réserves stratégiques de céréales, ont pourri.

    "Les 30.000 tonnes métriques de maïs qui avaient pourri suffisaient pour nourrir les masses jusqu’à la période des récoltes. Mais aujourd’hui, nous sommes obligés d’importer 50.000 tonnes métriques de la Zambie pour aider à combler les déficits", a indiqué Luhanga à IPS.

    C'était la première fois en six ans que le Malawi a dû importer du maïs à partir de la Zambie voisine.

    De 2006 à 2011, le Malawi a enregistré de grandes récoltes de maïs en raison du succès d'un programme de subvention des engrais. Dans le cadre de ce programme, qui a débuté en 2005, les familles d'agriculteurs les plus pauvres bénéficient d’une réduction de 40 pour cent du coût des engrais et des semences.

    Il avait bien marché pour le Malawi. En 2003, le pays a adopté le Programme détaillé pour le développement de l'agriculture africaine (PDDAA), qui vise à aider à éliminer la faim et à réduire la pauvreté.

    Mais les deux périodes de sécheresse consécutives et la corruption dans la distribution et la fourniture d'engrais pour le programme de subvention ont réduit les récoltes exceptionnelles et affecté les rendements.

    "Au cours des deux dernières années sous l'administration du (président défunt, Bingu wa) Mutharika, le programme de subvention des engrais était corrompu et les familles ciblées n'ont pas profité parce que les engrais étaient détournés. Deuxièmement, deux sécheresses, en particulier le long des ceintures de maïs du pays, ont affecté les récoltes", a souligné Luhanga.

    Toutefois, le ministre de l'Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Peter Mwanza, a déclaré à IPS que les prochaines récoltes devaient être fortes grâce à de bonnes pluies.

    "Notre première estimation des récoltes montre que nous espérons récolter 3,5 millions de tonnes métriques, ce qui dépasse ce que nous avons récolté l'année dernière", a indiqué Mwanza.

    Les premières récoltes qui sont en train d’être prévues dépassent le besoin national de 2,8 millions de tonnes métriques.

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