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MALAWI: L’affaire de trahison peut alimenter des troubles

    By Mabvuto Banda

    LILONGWE, 22 mars (IPS) – Les toutes premières élections tripartites au Malawi en mai 2014 seront un test décisif pour la présidente Joyce Banda, qui est confrontée à une opposition majoritaire au parlement, à la flambée des prix des denrées alimentaires, et à un potentiel procès pour trahison.

    L’accusation de 12 hauts responsables du gouvernement du Malawi pour trahison peut être un catalyseur pour plus de troubles et un meilleur moyen d’aller droit à la catastrophe pour Banda puisque la flambée des prix des denrées alimentaires commence à avoir un impact sur plus de 65 pour cent des Malawiens cette année.

    "Ceux qui imputent les pénuries alimentaires et les prix élevés (des denrées) à Joyce Banda s’associeront facilement et utiliseront ces arrestations pour fermenter leur colère envers son gouvernement qui conduira aux élections de l'année prochaine", a déclaré à IPS, John Phiri, un journaliste politique indépendant.

    Banda, la première femme présidente du pays, cherchera une réélection en 2014. Elle a pris le pouvoir après que son prédécesseur, le président Bingu wa Mutharika, s'est effondré et est décédé le 5 avril 2012. Elle dirige le Parti populaire (PP), au pouvoir.

    Cependant, le 11 mars, elle a ordonné l'arrestation de 12 responsables du gouvernement, y compris Peter Mutharika, le frère cadet du président défunt, et le ministre de l'Economie et de la Planification, Goodall Gondwe, un ancien vice-président du Fonds monétaire international. Gondwe a depuis lors démissionné de son poste de ministre.

    Les personnes accusées, qui ont été libérées sous caution le 14 mars, étaient inculpées pour sept chefs d’accusation de trahison, d’incitation à la mutinerie, de complot pour commettre un crime, d’abus de confiance, et d’avoir fait de faux témoignages à la Commission d'enquête sur la mort du président Mutharika.

    Le rapport de la Commission d'enquête a reconnu les personnes accusées coupables de complot visant à empêcher Banda d’accéder à la présidence. L'enquête a également révélé qu'elles auraient tenté de convaincre le commandant de l'armée des Forces de défense du Malawi, le général Henry Odillo, de s'emparer du pays. Odillo avait refusé puisque cette requête était contre la constitution du pays, qui demande le vice-président de prendre le pouvoir en cas de décès du président en exercice.

    Cependant, l'arrestation des responsables du gouvernement a suscité des protestations à Lilongwe et à Blantyre, et l'ancien parti au pouvoir, le Parti démocrate progressiste (DPP), qui est dirigé par Peter Mutharika, utilise déjà cela pour mettre la pression sur le gouvernement pour qu’il abandonne l'affaire de trahison.

    "La présidente Banda devrait se concentrer sur la souffrance de nombreux Malawiens qui ne peuvent pas obtenir de la nourriture ou des médicaments à l'hôpital, et non sur l'arrestation de Peter pour l'empêcher à tout prix de se présenter aux élections tripartites de 2014", a indiqué à IPS, le porte-parole du DPP, Nicolaus Dausi.

    "De telles actions engendrent la violence et elle sera accusée si les choses empirent", a souligné Dausi. Les dernières données du Centre des affaires sociales, une institution locale de recherche focalisée sur le coût de la vie dans les zones urbaines du Malawi, ont montré que depuis que Banda a pris le pouvoir, une famille de six personnes a maintenant besoin en moyenne de 200 dollars par mois pour répondre aux besoins alimentaires de base.

    Dans un pays où le salaire mensuel minimum est d'environ 20 dollars, cela a laissé beaucoup de personnes mécontentes des politiques d'austérité de Banda.

    Charles Mlombwa, un vendeur et partisan du DPP, a mis en garde au sujet d’autres protestations si Peter Mutharika était empêché de participer aux prochaines élections.

    "Je soutiens le parti du président défunt, Bingu wa Mutharika… parce que je sais que beaucoup de choses ne vont pas et que ce gouvernement a échoué", a déclaré Mlombwa à IPS.

    Le gouvernement estime que plus de deux millions de personnes ont besoin d'aide alimentaire cette année. Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, la production céréalière pour 2011-2012 était de sept pour cent au-dessous de la récolte de la saison précédente. En outre, "les prix très élevés du maïs dans la région sud affectent négativement l'accès à la nourriture, en particulier pour les personnes vulnérables".

    Dans les centres urbains, des femmes dorment devant des Entreprises de développement agricole et de marketing (ADMARC), les marchés de céréales du gouvernement, attendant d'acheter du maïs bon marché. Des informations indiquant que des femmes s’évanouissent de faim dans les files d'attente sont devenues monnaie courante dans le pays. Beaucoup ici imputent la pénurie de maïs à Banda.

    Le 13 mars, l'Association des consommateurs du Malawi l’a accusée d’avoir vidé les silos de maïs du pays et de l’avoir distribué aux pauvres gratuitement. L'association a affirmé qu’une grande partie du maïs que Banda distribuait était destinée à la vente sur les marchés de l’ADMARC.

    Elizabeth Gama, une mère de sept enfants, parcourt plus de 70 kilomètres chaque jour depuis sa maison à la périphérie de Lilongwe pour se rendre à l’ADMARC le plus proche.

    "Il n'y a pas de maïs dans les marchés de l’ADMARC et quand j’en trouve, je suis seulement autorisée à acheter 15 kilogrammes par personne, et pourtant, la présidente s’affaire à distribuer gratuitement le maïs dans tout le pays", a déclaré Gama à IPS.

    Mphatso Katuli, une mère de quatre enfants qui a affirmé qu'elle avait dormi devant un dépôt de l’ADMARC pendant trois jours à attendre le maïs, était également mécontente du régime de Banda. "Au temps du président Bingu wa Mutharika, tout ceci (n’était pas arrivé) parce que nous avions suffisamment de maïs et les marchés de l’ADMARC étaient alors bien approvisionnés", a-t-elle dit à IPS.

    Pendant ce temps, Augustine Magolowondo, le coordonnateur du programme régional Afrique de l'Institut néerlandais pour la démocratie multipartite, craint que ces arrestations pour trahison ne soient susceptibles d’alimenter des troubles dans le pays.

    "Il est évident que ces arrestations ont créé un climat de tension dans le pays et la réaction des partisans, lorsque leurs leaders ont été arrêtés, ne peut pas être tout simplement ignorée… dans de telles circonstances, des conflits pourraient surgir", a-t-il souligné à IPS.

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