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MALAWI: Les femmes font pression pour une place à la table

    By Collins Mtika

    MZIMBA DISTRICT, Malawi, 22 nov (IPS) – A peine Mariness Luhanga a-t-elle annoncé son intention de participer aux élections locales dans le district de Mzimba, dans le nord du Malawi, qu'elle a été convoquée devant un tribunal de village sur des allégations qu'elle aurait insulté les hommes.

    "Je savais que mes campagnes n'ont pas plu à certaines personnes dans le village, qui avaient commencé à circuler des histoires selon lesquelles j’ai manqué de respect aux hommes candidats, que je les ai insultés", a déclaré à IPS, Luhanga qui veut se présenter comme la candidate du 'People Development Movement' (Mouvement pour le développement du peuple – PDM) dans le village de Chapitamuno.

    Des menaces

    La campagne pour les élections locales l’avait amenée à aller de porte à porte, de village en village à travers le district, et à profiter des rassemblements dans son église locale ou des festivals traditionnels pour se présenter comme candidate.

    Luhanga croit qu'elle a mis le feu aux poudres lorsqu’elle a qualifié les conseillers précédents – tous des hommes – de "bêtes" et de gens qui manquent de bon sens pour n’avoir pas amené un développement tangible dans la région.

    "Je suis très émue", a-t-elle dit. "Je pense que je pourrais avoir provoqué leur colère en disant cela, mais c'est le genre de vie que nous menons qui m'a amenée à me présenter aux élections. Imaginez juste que nous n'avons même pas un puits artésien dans cette circonscription électorale".

    Luhanga a commencé à recevoir des messages anonymes la pressant de se retirer de la course. Elle en a sauvegardé un qui l’a le plus effrayée: "Ne risquez pas votre vie en rivalisant avec les hommes. Vous devez avoir du respect. Continuer est à vos risques et périls".

    Elle soupçonne que les messages sont venus des partisans de certains des 10 hommes candidats pour un siège au conseil municipal. A travers le pays, les femmes qui se présentent aux élections sont confrontées à une hostilité, malgré l'engagement déclaré du Malawi à renforcer la représentation féminine dans les postes de prise de décisions.

    Parité de genre

    Le pourcentage de femmes au parlement du Malawi est passé de 15 à 22 pour cent dans les élections de mai 2009, mais le directeur exécutif du 'Pan African Civic Education Network' (Réseau panafricain pour l’éducation civique), Steve Duwa, affirme que davantage de travail reste à faire.

    "C'est un problème d'attitude, le fait de considérer les femmes comme étant inférieures aux hommes", a déclaré Duwa. "Sur papier, la situation politique est favorable, mais en pratique, très peu de femmes bénéficient de la possibilité de poursuivre leurs rêves".

    Duwa a indiqué que cela pourrait avoir un impact sur les efforts du gouvernement d’atteindre 50:50 de représentation des femmes dans les instances politiques et de prise de décisions conformément au Protocole sur le genre de la Communauté de développement d’Afrique australe.

    Luhanga est d’accord avec Duwa qu'il ne suffit pas que le Malawi ratifie ou signe des protocoles sans les mettre en œuvre.

    "Le gouvernement et les ONG (organisations non gouvernementales) doivent travailler dur pour changer les mentalités des gens par rapport au statut des femmes au Malawi parce que les hommes politiques sont les contrevenants à la législation qui appelle à l'autonomisation des femmes".

    Mais Eric Ning'ang'a, secrétaire principal au ministère de la Promotion du Genre et de la Protection de l'Enfant, n'est pas d'accord et affirme que le gouvernement a maintenant pris en charge la campagne de 50:50 dans laquelle des ONG étaient auparavant les champions.

    "Le gouvernement [a un] mécanisme plus grand capable d'influencer les gens et nous comptons prendre au sérieux les campagnes de 50:50 en formant les femmes sur la prise de parole en public et en renforçant leurs capacités".

    Mettre la pression

    L'affaire contre Luhanga avait trait au fait qu’elle n’a pas porté un kitenge, le pagne habituellement porté par une femme mariée ou plus âgée pendant qu’elle fait campagne. Ceci, ont dit ses accusateurs, a été considéré comme une insulte à la coutume et est un indicateur de ce que la personne est de mœurs légères.

    "Dans le village où la plupart d'entre nous sont nés et élevés, les femmes sont sommées de respecter les hommes parce qu’ils sont considérés comme les soutiens de la famille", déclare le plaideur – et l’un de ses rivaux dans les élections – Dokiso Chizeve. Il affirme que bien que la culture ngoni apprécie le rôle qu'elles jouent dans la société, l'autorité des femmes est largement limitée aux autres femmes.

    Luhanga compte les arguments qu'elle a avancés sur la main droite.

    "Un, le fait que je porte ou ne porte pas de kitenge dépend de la situation et je ne devrais pas être jugée à partir de cela. Deux, quand j'ai qualifié les gens de bêtes, je n'ai pas cité de noms. Et enfin, j'ai demandé au tribunal de trouver les personnes qui m’avaient envoyé les messages SMS anonymes et de les juger également pour avoir troublé ma paix et ma liberté".

    Ses arguments ont convaincu le chef du village, Zefa Zimba, qui présidait le tribunal aux côtés des anciens du village.

    "Nous avons trouvé les preuves qui manquaient et nous avons par conséquent classé l'affaire", a-t-il dit à IPS. "Mais nous avons aussi rappelé à Luhanga le statut des femmes dans notre culture ngoni par rapport à leurs rôles, leur mandat et leur pouvoir".

    Se rappelant très bien, Luhanga met la pression.

    "Je n'en ai pas beaucoup en termes de finances", a-t-elle déclaré pendant que son char à bœufs démarrait sur une route de campagne qui mène à son prochain meeting, un rassemblement exclusivement féminin, "mais je me contente de ce que j'ai".

    Et si elle se révèle aussi déterminée et énergique en fonction, comme elle l'a été jusque-là dans sa campagne, tout le district peut avoir des raisons de lui être reconnaissant.

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