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MALAWI: Voix des femmes en vue dans la nouvelle politique de développement

    By Claire Ngozo

    LILONGWE, 8 fév (IPS) – Pendant que le pays travaille sur son second plan de développement, la Stratégie de développement et de croissance du Malawi (MDGS II), les femmes de cette nation espèrent que la santé et l’éducation seront priorisées et bénéficieront d’une attention appropriée dans la mise en œuvre.

    Jusqu’à 27 pour cent des femmes du Malawi n’ont jamais fréquenté l’école comparativement à 16 pour cent seulement des hommes, selon le recensement de la population et de l’habitat de 2008 du Malawi. Les Nations Unies affirment que les indicateurs de santé continuent de s’aggraver pour les femmes. Le taux de mortalité maternelle du pays est de 807 décès pour 100.000 naissances – l’un des pires taux en Afrique.

    La première MDGS, qui guide le programme de développement du pays depuis 2006 et qui prend fin cette année, a tenté de traduire les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations Unies, y compris ceux relatifs aux femmes, à l’éducation et à la santé, dans un contexte local. Cependant, ce plan a mis un accent sur l’investissement, notamment le développement agricole et industriel, et beaucoup de femmes sont aussi défavorisées aujourd’hui qu’elles l’ont été il y a cinq ans.

    "Les femmes continuent de mourir à un rythme inquiétant, notamment au cours de l’accouchement, puisqu’elles n’ont pas accès aux centres de santé. Elles vivent notamment dans des communautés rurales où les centres de santé sont éloignés les uns des autres. Lorsqu’elles rencontrent des complications, elles ont peu de chance de survivre. La mortalité maternelle représente la plus grande injustice en matière de santé dans le monde", déplore Faustace Chirwa, la directrice exécutive de l’organisation non gouvernementale (ONG) locale, le 'National Women's Lobby Group' (NWLG – Groupe national de plaidoyer des femmes).

    Le faible niveau d’alphabétisation chez les femmes aggrave les choses, estime Chirwa. "Beaucoup de femmes, notamment des zones rurales, n’arrivent pas à participer au travail de développement parce qu’elles n’ont jamais été à l’école. Leur voix est exclue des décisions qui les touchent finalement. Elles ne sont pas impliquées dans les initiatives de développement communautaire parce qu’elles ne sont pas autonomisées et elles n’arrivent pas aussi à revendiquer leurs droits".

    Ganizo Makwiti, 39 ans, originaire du district de Machinga, dans la région de Chiuta, dans le sud du Malawi, est frustrée par le faible accès à l’éducation pour les filles.

    "Je n’ai jamais été instruite parce que mes parents se sentaient gênés de m’envoyer à l’école, qui est à une heure et demie de marche de notre maison. Il y a une forêt qui sépare de l’école et ils ont dit que c’était dangereux pour moi".

    "Mes deux frères ont pu toujours aller parce que les hommes sont considérés comme étant plus forts et plus courageux que les femmes. Maintenant, tous deux travaillent comme enseignants et ils ont plus d’argent que moi", explique Makwiti. Elle a fini par se marier à 16 ans et a maintenant six enfants âgés de sept à 22 ans. Son mari est mort il y a trois ans et elle se bat pour s’occuper de quatre des enfants.

    "Toutes mes quatre filles ont abandonné l’école à cause de la distance. Depuis, deux se sont mariées. Je sais qu’elles finiront par devenir aussi pauvres que moi. Nous avons besoin de l’aide du gouvernement pour amener les écoles plus proches de nous", déclare Makwiti.

    Chirwa pense qu’investir dans les femmes et les filles préparera l’arène pour une croissance économique à long terme, qui en fin de compte réduira l’inégalité entre hommes et femmes ainsi que la pauvreté.

    La NWLG travaille avec d’autres organisations de la société civile et le ministère de la Promotion du Genre pour amener les voix des femmes à être entendues à travers la participation communautaire, le réseautage et des partenariats, et l’objectif principal est d’autonomiser les femmes et d’améliorer leur statut.

    "Nous aidons les femmes dans les zones rurales à revendiquer leurs droits afin que le gouvernement priorise leurs besoins. Les questions de l’éducation et de la santé sont les besoins prioritaires des femmes", a souligné Chirwa.

    La NWLG attribue également la situation négative que connaissent les femmes à l’absence de conseillers locaux.

    Depuis le système de multipartisme en 1994, le pays n’a organisé des élections locales qu’une fois, en 1995, et le mandat des conseillers a expiré en 2005. Pourtant, la constitution du Malawi stipule, conformément à l’article 147 alinéa 5, que les élections locales doivent se tenir dans la troisième semaine de mai de l’année suivant les élections générales. Les élections générales ont été organisées en mai 2009 et normalement, les élections locales devraient avoir lieu en mai 2010.

    Le président Bingu wa Mutharika a reporté la date des élections locales en avril cette année, mais il a dissout depuis la Commission électorale du Malawi (MEC), accusant ses membres d'avoir détourné les 9,2 millions de dollars destinés aux élections.

    En attendant, le secrétaire au Trésor du pays, Joseph Mwanamvekha, a déclaré, dans la dernière semaine de janvier, aux médias locaux qu’il n’était pas sûr de la date des élections parce que les activités préparatoires pour les scrutins ont fait fausse route en raison de la suspension de la MEC.

    "Il semble que nous n’aurons pas de conseillers locaux de sitôt et notre seul espoir est que les questions des femmes soient abordées dans la MGDS qui est en cours d’élaboration maintenant", confie Chirwa.

    Il y a de l’espoir que les besoins des femmes malawites seront intégrés dans la MDGS II. Le gouvernement, à travers le ministère de la Planification du Développement et de la Coopération mène, depuis septembre dernier, des consultations nationales sur ce que le plan doit contenir et prioriser.

    Beaucoup d’ONG, y compris la 'ONG Coalition on Child Rights' (Coalition des ONG de défense des droits des enfants) – un réseau de sept ONG fortes – font pression, entre autres questions, pour plus d’écoles et l’amélioration des installations sanitaires afin que davantage de filles restent dans les écoles.

    Le ministre de la Planification du Développent et de la Coopération a depuis rassuré le pays, à travers la presse locale, que l’argent pour mettre en œuvre la MDGS II sera alloué dans le budget national 2O11-2012 qui sera publié en juin 2011.

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