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MALI: Avec des milliards d’euros promis, le pays risque un débordement de l’aide

    By Daan Bauwens

    BRUXELLES, 17 mai (IPS) – Les donateurs internationaux ont promis mercredi, au cours d'une conférence à Bruxelles, de mobiliser 3,25 milliards d'euros pour reconstruire le Mali, un chiffre qui a dépassé toutes les attentes.

    Mais des experts préviennent que le pays n'a pas la capacité d'absorption de tant d’aide, tandis que d'autres estiment que les donateurs devraient faire pression sur le gouvernement malien pour stopper les violations continues des droits humains.

    En janvier, une intervention conduite par la France a mis fin à plus d'un an de violences sectaires dans le nord du Mali. Cette intervention a réussi à retarder le conflit, mais la situation dans la région reste tendue.

    Plus de 467.000 personnes, soit environ un tiers de la population du nord, sont actuellement déplacées, et les Nations Unies ont annoncé mardi qu'il faudrait au moins 222 millions d'euros pour répondre aux besoins alimentaires et autres besoins humanitaires immédiats.

    Le nord du Mali est également confronté à sa deuxième crise alimentaire en deux ans, l'économie du pays est en déclin, et au cours de l'année dernière, cette nation était devenue l'un des cinq pays les plus pauvres au monde, selon l'Indice de développement humain des Nations Unies.

    Les 3,25 milliards d'euros ont été promis par la communauté internationale lors d'une conférence des donateurs à Bruxelles le 15 mai pour la reconstruction de ce pays d'Afrique de l'ouest. Cette réunion de haut niveau, organisée par l'Union européenne (UE) et la France, ensemble avec le Mali, a accueilli 100 délégués venus de différents pays, d’organisations régionales, d’agences des Nations Unies, d’Etats membres de l'UE et d'autres partenaires au développement.

    Les promesses ont été faites sur la base du "Plan pour la relance durable du Mali, 2013-2014", présenté par le gouvernement malien, qui dit qu'un montant de 4,343 milliards d'euros est nécessaire pour mettre pleinement en œuvre le plan.

    Cependant, les agences humanitaires et organisations non gouvernementales ont été prudentes à saluer l'afflux d'aide. "Ces promesses doivent être considérées comme un acompte et non un chèque en une fois", a indiqué dans un communiqué de presse après la réunion, Mariétou Diaby, directrice nationale de l'ONG Oxfam au Mali.

    "Les donateurs doivent maintenant soutenir un nouveau contrat de développement entre le peuple du Mali et son gouvernement qui s'attaque à la pauvreté, à la corruption et à l'inégalité – des questions qui sont au centre de la crise", a souligné Diaby, ajoutant que des crises telles qu’en Afghanistan et en Somalie montrent que gagner un conflit militaire n'est jamais suffisant pour parvenir à une paix et une sécurité durables.

    Des responsables de l'UE dans le domaine ont également exprimé leur inquiétude au sujet de cette énorme somme d'argent qui est sur le point d’affluer dans un pays qui n'est pas encore prêt pour cela. Selon un responsable, qui a requis l'anonymat, "Le pays ne dispose pas encore de la capacité d'absorption. D'autres questions doivent être traitées d’abord".

    "Les donateurs veulent aller vite, remettre le pays sur ses pieds et montrer des résultats aussi rapidement que possible", a expliqué Tidhar Wald, conseiller sur la politique humanitaire et les conflits de l'UE à Oxfam-Bruxelles.

    "Mais si nous injectons cette somme d'argent, sans garanties appropriées en termes de gestion des sources et de transparence, dans un pays qui est mal gouverné, les services ne fonctionnent pas et certaines parties de la société profitent plus que d'autres, la situation ne s’améliorera guère", a prévenu Wald.

    Juste avant la réunion de haut niveau de mercredi, Oxfam avait publié un rapport soulignant la nécessité d’une aide au développement intelligente. "La réunion de Bruxelles était destinée à ramener le Mali à la normale", a déclaré Wald à IPS, "mais avant même que la rébellion dans le nord ne commence, le Mali était en crise".

    "Sa société s'érode depuis des décennies en raison des conflits ethniques antérieurs, de la corruption, du manque de transparence et d'autres problèmes de gouvernance", a-t-il décrit. "Il faut un nouveau contrat entre le gouvernement malien et son peuple. Le plan de reconstruction doit être inclusif; tous les Maliens doivent en profiter".

    "Nous devons faire en sorte que le gouvernement rende des comptes à son peuple, que le peuple puisse influencer la prise de décisions, que la société civile fasse partie du processus de prise de décisions", a ajouté Wald.

    Selon le rapport d'Oxfam, les donateurs devraient s'engager à fournir l’aide au moins pour les 15 prochaines années, le temps qu’il faut pour entreprendre avec succès les réformes gouvernementales nécessaires et s'attaquer aux causes profondes de la pauvreté. Toutefois, ce laps de temps est en contraste frappant avec les deux années mentionnées dans le plan de reconstruction du gouvernement malien.

    D'autres experts soulignent également le fait que le conflit au Mali ne soit pas encore terminé et que les violations des droits de l’Homme persistent. Le 14 mai, 'Amnesty International' avait accusé les forces gouvernementales de procéder à des exécutions extrajudiciaires dans le nord. Il a été rapporté que des militants islamiques recrutent des enfants soldats, tuent des civils et blessent des soldats gouvernementaux.

    Pendant ce temps, les responsables de l'ONU ont exprimé de graves inquiétudes au sujet des attaques de représailles contre les communautés touarègues et arabes dans le nord après que les troupes gouvernementales ont repris les villes tenues par les rebelles islamistes. En conséquence, 'Amnesty International' et 'Human Rights Watch' exhortent les donateurs à faire pression sur le gouvernement malien pour mettre fin aux violations des droits humains dans le pays.

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