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MALI: Dans l’attente d’une justice pour les soldats portés disparus

    By Marc-André Boisvert

    BAMAKO, 14 fév (IPS) – Cela fait près de deux ans qu’Aminata Diarra a vu son frère, Malamine, un membre des bérets rouges maliens – des forces spéciales fidèles au président déchu, Amadou Toumani Touré – vivant à la télévision nationale.

    C'était en mai 2012, peu de temps après que le général Amadou Haya Sanogo, alors capitaine, a pris le contrôle de la capitale du pays, Bamako. L’armée, qui a subi plusieurs défaites humiliantes contre les rebelles touaregs dans le nord du pays, a lancé une mutinerie contre le gouvernement afin de disposer de plus de ressources pour lutter contre l'insurrection dans le nord du pays.

    Ce n'est que cinq jours après le coup d'Etat que les Maliens ont appris le nom du chef de la junte. Sanogo a gagné une popularité instantanée au sein d’une population qui considérait le gouvernement démocratiquement élu comme corrompu. De petites motos chinoises, un moyen de transport très populaire à Bamako, ont été décorées avec des autocollants du nouveau dirigeant.

    "Il nous offrait de l'espoir. Mais nous savions maintenant qu'il était là pour s'enrichir", déclare à IPS, Oumar Sanogo, en buvant du thé avec des amis au coin d'une rue, à l'ombre d'un kiosque à journaux.

    Pendant quelques semaines, Sanogo a été chef d'Etat jusqu'à ce que la pression internationale l’ait forcé à démissionner. L’ordre constitutionnel et un gouvernement de transition, dirigé par le président de l'Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, ont été ensuite rétablis.

    Mais ce n'était pas avant que les hostilités entre les bérets rouges et les bérets verts de Sanogo n’entraînent l'échange de tirs d’avril 2012 dans ce qui a été qualifié de "contre-coup d'Etat".

    Les 21 bérets rouges disparus

    Les récits sur qui a lancé les hostilités restent flous, mais plusieurs bérets rouges ont été tués et arrêtés. Le frère de Diarra était l'un des 21 bérets rouges qui ont disparu après l’échec du contre-coup d'Etat.

    La dernière fois que les familles de ces 21 bérets rouges les ont vu vivants, c’était à la télévision nationale, peu après leur arrestation au quartier général de Sanogo, la base militaire de Kati juste à la sortie de Bamako.

    "Je suis allée le 2 mai [2012] à Kati pour voir si mon frère était vivant. Je revenais tous les jours. J'ai reçu des menaces. J'ai continué d’aller. Mais nous n'avons jamais eu de nouvelles", indique Diarra à IPS.

    Elle explique que, bien que certains aient réussi à retrouver leurs membres de famille portés disparus après le "contre-coup d'Etat", toute communication sur ces soldats a cessé vers avril de cette année-là.

    Alors que ce pays d'Afrique de l'ouest se remet lentement du coup d'Etat militaire de 2012, et de l'occupation de son nord par des extrémistes islamiques – le pays y a organisé des élections en juillet 2013 – les familles des victimes militaires attendent toujours une justice pour ce qui est considéré comme l’autre crise malienne.

    Sanogo a été arrêté et inculpé pour assassinat et enlèvement en novembre 2013. Et peu après son arrestation un charnier contenant 21 corps a été découvert à quelques kilomètres de sa base militaire de Kati. Beaucoup croient qu’il s’agit des corps des 21 bérets rouges disparus.

    On espère désormais qu’un jour les résultats des tests d'ADN des soldats seront rendus publics.

    "Nous attendons patiemment les résultats. Ensuite, la justice sera en mesure d'agir", affirme Diarra, qui est aussi une juriste.

    Bintou Maiga Sagara suit également de près la situation. Son fils, Dokalé, était parmi ceux qui ont disparu.

    "Je suis soulagée qu’ils aient découvert [les corps]", déclare-t-elle à IPS, montrant une photo de son fils en uniforme.

    Sagara a la foi que justice sera faite.

    "Le Mali n'est pas un pays violent. Nous savons que nos parents ont été torturés et tués. Nous nous sommes tous retrouvés dans la douleur. Nous lutterons pour la justice", souligne-t-elle.

    Alors qu’aucune enquête sur les violations des droits de l'Homme et les violences commises par l'armée dans le nord n'a pas encore été menée, le groupe de réflexion 'International Crisis Group' a indiqué dans un rapport publié en janvier qu'il faut réformer l'armée et "garantir le caractère républicain de l'armée qui ne s'engagera pas dans la politique".

    Mais Moctar Mariko, président de l'Association malienne des droits de l'Homme, croit qu'il est important de faire d'abord la lumière sur les différents épisodes de violence avant d'avancer.

    "Le Mali a une longue tradition d'impunité, en particulier au sein de l'armée. Il est temps de s'éloigner de cela", souligne Mariko à IPS.

    De la justice pour tousMais Sanogo et ses partisans ne sont pas seulement accusés d'avoir tué des bérets rouges. En septembre 2012, une mutinerie a été étouffée lorsque plusieurs anciens partisans de Sanogo sont révoltés contre lui.

    Quelque 30 bérets verts ont été arrêtés puis relâchés, mais au moins huit hommes ont disparu.

    Trois corps ont été retrouvés un mois plus tard en octobre 2012. Mais les cinq autres hommes sont toujours portés disparus et leurs familles attendent toujours des réponses pour savoir si leurs frères, leurs fils et leurs maris sont vivants.

    Le frère de Nantoumé Fatoumata Doumbia, Lassine Kéita, a disparu pendant qu’il buvait dans un bar de Kati en septembre 2012. Son corps a été retrouvé quelques jours plus tard.

    "Je savais ce qui s'était passé. Au lendemain de la mutinerie, Sanogo a déclaré qu'il tuera tous ceux qui se sont levés [contre lui]", dit-elle calmement à IPS.

    Fanta Kéita ne sait toujours pas ce qui est arrivé à son mari, Ibrahim Doumbia.

    "Nous voulons connaître la vérité. Nous voulons savoir s'ils sont vivants ou pas. C’est impossible de continuer à vivre ainsi", déclare-t-elle à IPS.

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