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MALI: Des doutes planent sur la préparation des troupes de l’ONU à entrer dans le pays

    By Lydia Lim

    NATIONS UNIES, 8 juil (IPS) – Comme les nouvelles forces de maintien de la paix des Nations Unies de 12.600 soldats enfilent leurs casques bleus et se préparent à prendre le relais des forces de la MISMA au Mali, des inquiétudes subsistent à savoir si les troupes de l’ONU mèneront avec succès ce transfert d'autorité.

    La Mission internationale de soutien au Mali (MISMA) a fourni le 1er juillet ses 6.237 hommes aux soldats de maintien de la paix de l’ONU dans le cadre de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) – un pays ravagé par la corruption et l'extrémisme.

    "Le Mali a connu ce qui peut être seulement qualifié d’effondrement phénoménal au cours des 18 derniers mois", a déclaré à IPS, Corinne Dufka, une chercheuse principale à 'Human Rights Watch' (HRW).

    Après avoir été identifié comme un modèle relatif parmi les pays en développement, avec quelques élections largement démocratiques à son actif, le Mali a été confronté, au début de 2012, à un mouvement touareg, avec des groupes armés islamiques, qui a entraîné le déplacement de centaines de milliers de personnes.

    "La situation actuelle au Mali est le résultat de nombreuses violations des droits de l'Homme, alors il y a certainement des inquiétudes que les troupes de l'ONU déployées donnent le bel exemple et qu'elles soient au-delà de tout reproche elles-mêmes", a indiqué à IPS, Philippe Bolopion, directeur de HRW aux Nations Unies.

    Plusieurs organisations des droits humains se sont ouvertement prononcées contre l'inclusion du Tchad, un pays censuré pour son utilisation persistante d’enfants soldats, parmi les nations qui fournissent des troupes à la MINUSMA. Le Tchad était placé sur la liste de la honte du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, de pays qui recrutent des enfants dans des groupes armés.

    La participation du Tchad à la mission de maintien de la paix de l'ONU pourrait être vue comme un problème potentiel de crédibilité, a déclaré à IPS, Layal Sarrouh, une responsable de l’organisation non gouvernementale 'Watchlist Research and Reports'.

    "Nous (Watchlist) pensons d'un point de vue global que les parties listées sur les annexes du secrétaire général pour avoir commis de graves violations contre les enfants ne devraient pas être incluses dans les missions de maintien de la paix", a indiqué Sarrouh.

    Watchlist suit et fait des rapports sur la situation des enfants touchés par les conflits armés dans des pays spécifiques à travers le monde.

    Bolopion a affirmé à IPS que le Tchad doit tenir sa promesse de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre fin au recrutement d'enfants. Sinon, le pays devrait être exclu de la mission de l'ONU, a-t-il dit.

    Actuellement, l'ONU ne dispose pas d’une politique pour empêcher le Tchad de rejoindre la MINUSMA, mais elle a une politique d’examen pour mener une vérification par rapport aux enfants soldats avant le déploiement des soldats de maintien de la paix.

    "Nous pouvons seulement espérer que l'ONU déploiera tous les efforts pour examiner ses propres troupes", a souligné Bolopion.

    D'autres inquiétudes demeurent et sont propres à la MINUSMA. Contrairement à d'autres missions, qui effectuent généralement une formation de pré-déploiement pour les troupes dans leurs pays respectifs avant qu’elles n'entrent collectivement dans les pays en conflit, la MINUSMA est une consolidation de troupes anciennes et nouvelles au Mali.

    Certains soldats de maintien de la paix sont en train de mettre pied au Mali pour la première fois, tandis que d'autres sont actifs depuis un an et demi sous la MISMA, avec différents niveaux de formation à leur actif.

    La résolution 2085 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a autorisé la MISMA en décembre 2012, avait de fortes garanties en matière de droits de l'Homme et un bon langage sur la formation de pré-déploiement, selon Sarrouh. Toutefois, bon nombre de ces garanties n'étaient pas en place lorsque la MISMA a été déployée pour combattre les insurgés un mois seulement après l'approbation du Conseil de sécurité.

    "Elle (la MISMA) a été déployée beaucoup plus rapidement que prévu et d’une manière si rapide et inattendue que certaines étapes qui devaient être suivies ont été sautées", a expliqué Sarrouh à IPS. "Maintenant, (la MINUSMA) tente de comprendre comment se rattraper, pour l’essentiel".

    Le nouveau rapport de Watchlist, détaillant les violations contre les enfants par des groupes armés au Mali, souligne qu'au cours de 2012, la MISMA n'avait pas de protocoles d'opération standard en place pour le transfert des enfants soldats aux autorités maliennes.

    "Les troupes ont un très grand rôle à jouer dans la protection des enfants, et elles ont besoin de formation pour comprendre comment elles devraient aborder ce rôle", a souligné Sarrouh.

    Sarrouh a également affirmé qu'il y a eu des informations accrues évoquant la prostitution et l'exploitation sexuelle au Mali de la part des troupes de la MISMA au cours de 2012.

    "Ce n'est pas inhabituel, malheureusement, dans un conflit, et c’est très problématique puisque les troupes (de la MISMA) deviennent des soldats de maintien de la paix", a déclaré Sarrouh. "Sous une mission de maintien de la paix de l'ONU, il y a un ensemble de normes plus élevées ainsi que des lignes directrices et des protocoles plus stricts à suivre, y compris ceux sur l'exploitation et les abus sexuels".

    Ces vides dans les protocoles de formation et sur les droits de l'Homme qui ont été identifiés avec la MISMA seront repris par la MINUSMA à moins que les nouveaux soldats de maintien de la paix bénéficient d’une formation suffisante pour respecter les normes appropriées à la mission de l'ONU.

    Bolopion a indiqué que "malgré la pression de déployer rapidement (des troupes), nous espérons que l'ONU prendra ces obligations très au sérieux".

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