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MALI: Des travailleurs rejettent l’assurance maladie obligatoire

    By Soumaila T. Diarra

    BAMAKO, 16 mai (IPS) – Une partie des travailleurs au Mali s’oppose à l’Assurance maladie obligatoire, une réforme du système de sécurité sociale visant le partage des frais de santé. A l’origine, une crise de confiance entre les protagonistes: gouvernement et syndicats.

    «Ceux qui s’opposent à l’Assurance maladie obligatoire n’ont aucune raison de le faire, car la réforme n’est entrée en vigueur que le 1er mai (2011). Ils doivent attendre pour se prononcer sur son efficacité», a déclaré à IPS, Ramatou Coulibaly, une militante de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM).

    Coulibaly, qui travaille dans une laiterie privée à Bamako, la capitale malienne, réagissait aux slogans hostiles scandés par de policiers syndicalistes opposés à l’Assurance maladie obligatoire (AMO) à l’occasion du défilé organisé par l’UNTM, lors de la fête des travailleurs, le 1er mai dernier.

    L’assurance maladie obligatoire est censée prendre en charge le tiers des frais de soins de santé inhérents à la maladie et à la maternité. Il s'agit, entre autres, des soins préventifs et curatifs, des actes de médecine générale et de spécialités médicales et chirurgicales, des soins relatifs au suivi de la grossesse, à l'accouchement et à ses suites, mains aussi des soins liés à l'hospitalisation et aux interventions chirurgicales, selon Siaka Diakité, secrétaire général de l’UNTM, un défenseur de la réforme.Plusieurs travailleurs ont été déjà pris en charge par cette assurance depuis son entrée en vigueur. Yaya Sidibé, un garde à la retraite à Bamako, a expliqué à IPS qu’il a «payé seulement 150 francs FCFA (environ 33 cents US) pour une consultation qui devrait lui coûter 1.000 FCFA (environ deux dollars).

    L’une des principales raisons du rejet de l’AMO par une partie des travailleurs maliens est que le gouvernement a commencé à prélever sur leurs salaires le quota de trois pour cent devant constituer le fonds de fonctionnement de la réforme.

    «Nul n’a le droit d’enlever un franc sur le salaire d’un travailleur à son insu sans pouvoir l’avertir. Aucun document ne nous avait été présenté au préalable relatif à un éventuel prélèvement sur nos salaires», a indiqué à IPS, Siméon Kéïta, secrétaire général du syndicat de la police.Selon Kéïta, la police a sa spécificité comme le souligne l’article 32 de son statut: «Le fonctionnaire de la police nationale a droit, pour lui-même, ses ascendants, descendants en ligne directe et conjoints, à la gratuité des consultations données dans les structures sanitaires de la police. Les soins de santé du fonctionnaire de la police nationale blessé en service ou à l’occasion du service sont pris en charge par l’Etat».

    Même si le gouvernement avait inclus l’AMO dans sa politique sociale depuis 2003, la réforme a néanmoins été accélérée par les syndicats maliens. «Nous savions déjà qu’en entrant dans cette AMO, les travailleurs allaient en tirer des bénéfices. Ce qui dérange aujourd’hui, c’est son caractère obligatoire», explique Diakité.

    Beaucoup de détracteurs de la réforme estiment que l’assurance maladie obligatoire n’est pas nécessaire d’autant plus qu’il existe des mutuelles de santé au sein de leurs services. Mais pour Diakité, la nouvelle assurance présente bien plus d’avantages que les mutuelles de santé. «Cette assurance mise en place me couvre, en tant que salarié, mais aussi ma famille, mon père, ma mère et mes enfants. Donc, nous l’appuyons», indique-t-il aux journalistes.

    Si certains responsables du syndicat de la police disent qu'ils trouvent satisfaction avec les mutuelles, d'autres travailleurs affirment qu'elles ne sont pas toujours efficaces. "Il faut cotiser pendant au moins six mois d'abord avant de bénéficier de l'aide des mutuelles, alors que ce n'est pas le cas avec l'AMO", déclare à IPS, Fallaye Kéïta, un travailleur social de la commune VI de Bamako.

    Amidou Dembélé, professeur de droit à l’Université de Bamako, a affirmé que le libellé «Assurance maladie obligatoire» peut poser des incompréhensions entre les protagonistes. «C’est vrai qu’on peut analyser la prestation comme une solidarité autour des grands risques qui menacent tous les citoyens, mais à mon avis, le terme obligatoire pourrait être remplacé par universel, qui signifie que l’occasion est donnée aux citoyens d’adhérer au système, et quand ils le veulent», explique-t-il à IPS.

    De façon générale, les citoyens maliens se disent favorables à la protection contre les maladies. Le problème est plus une crise de confiance. «Est ce que les bénéficiaires vont avoir les protestations promises? Le doute se situe au niveau de l’attente. Est-ce que je vais être satisfait en adhérant à une telle assurance maladie obligatoire, sachant bien les capacités de l’Etat, sa capacité d’administrer ce genre de service?», s’interroge Dembélé.Selon un rapport produit en 2010 par l’Institut national de prévoyance sociale, quelque 35.000 personnes travaillent dans le secteur privé au Mali contre 40.000 fonctionnaires. Mais la contestation de l’AMO vient en particulier des agents de l’Etat.

    «Les autorités doivent continuer à sensibiliser et négocier avec les travailleurs pour obtenir leur adhésion. Je reconnais l’importance de l’assurance maladie obligatoire. Les travailleurs maliens n’ont pas les moyens nécessaires pour se soigner correctement», souligne à IPS, Dr Atimé Agnou, psychologue de travail à l’Université de Bamako.

    Les détracteurs de la réforme affirment également que les souscripteurs ne connaissent pas les prestations médicales auxquelles ils doivent s’attendre.

    «Nous savons que l’Etat n’a ni de structures d’accueil, ni de personnes ressources, encore moins la logistique, pour que nous allions immédiatement vers l’assurance maladie obligatoire. Ce sont des faits réels en dehors du manque de communication pour amener des gens à adhérer ou pas», déplore Ousmane Amion Guindo, secrétaire général de la Confédération syndicale du Mali.

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