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MALI: La crise dans le nord et la diplomatie algérienne

    By Analyse de Soumaila T. Diarra

    BAMAKO, 19 oct (IPS) – Malgré les réserves de l’Algérie, une force militaire étrangère en préparation pourrait combattre les groupes islamistes occupant les deux-tiers du Mali dans le nord. Mais les Maliens attendent d’Alger bien plus qu’un soutien à la résolution des Nations Unies, adoptée le 12 octobre.

    Alors que la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) prépare un plan détaillé du déploiement des troupes qu’elle entend engager au Mali, l’Algérie ne souhaite pas participer à une intervention militaire étrangère chez son voisin du sud. Mais elle se dit prête à soutenir l’armée malienne.

    Toutefois, des Maliens estiment qu’Alger tente de dissuader leur pays d’utiliser la force. Le ministre algérien délégué aux Affaires maghrébines et africaines, Abdelkader Messahel, qui était à Bamako le 8 octobre, encourageait les autorités maliennes à négocier avec les groupes armés. Mais il exclut de négocier avec les terroristes.

    Cette position algérienne ne surprend pas certains observateurs maliens. «C’est surtout leur propre sécurité que les Algériens veulent sauvegarder. AQMI (Al Qaïda au Maghreb islamique) me semble être d’origine algérienne parce qu’il est formé de salafistes chassés d’Algérie et qui se sont installés au Mali», déclare à IPS, Mahamadou Samaké, professeur de sciences politiques à l’Université de Bamako, la capitale malienne.

    En cas d’une éventuelle intervention militaire étrangère au nord du Mali, le sud de l’Algérie voisine pourrait être un théâtre d’opération. «C’est pourquoi les Algériens prônent la négociation qui serait peut-être l’idéal. On peut négocier avec Ansardine parce que Iyad Ag Ghali (fondateur de ce mouvement jihadiste touareg) est quand même un Malien», ajoute Samaké.

    Si l’Algérie défend ses intérêts, il appartient au Mali de s’assumer, estiment d’autres analystes maliens. Mais la défaillance de ses forces armées a conduit le pays à saisir l’ONU à travers la CEDEAO et l’Union africaine (UA), avec le soutien de la France, pour une intervention armée que l’Algérie n’aimerait pas à ses frontières.

    Selon Oumar Touré, conseiller juridique à l’Agence malienne de normalisation, la solution de la crise nécessite l’implication de l’Algérie. «Il nous faut nécessairement être associés à l’Algérie, et même à la Mauritanie, deux pays qui ne font pas partie de la CEDEAO. Nous ne pouvons pas aller faire une guerre à leurs portes sans les avoir avec nous, puisqu’ils connaissent le terrain mieux que la plupart des pays de la CEDEAO», explique Touré.

    Première force militaire de la région, L’Algérie accueille à Tamanrasset (sud du pays) le Comité d’état-major conjoint créé en 2010 par les pays du champ (Mali, Algérie, Niger et Mauritanie) pour combattre ensemble le terrorisme.

    Mais les relations ont parfois été tendues entre le Mali et l’Algérie au sein de cette coalition. «C’est le Mali qui avait été traité de maillon faible de la chaîne par l’Algérie. Les Algériens estimaient que le Mali n’en faisaient pas assez pour combattre les terroristes qui étaient à l’époque cachés au nord», ajoute Touré.

    Mais depuis qu’un coup d’Etat a renversé le président Amadou Toumani Touré le 22 mars dernier, ces groupes islamistes se sont emparés des deux-tiers du pays avec l’appui du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), un groupe armé touareg plutôt laïc, mais indépendantiste au départ.

    Après avoir chassé leurs alliés du MNLA, les islamistes d’AQMI, d’Ansardine et du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (MUJAO) ont pris le contrôle des régions nord du pays où ils appliquent la charia (la loi islamique).

    Défendant le principe de la négociation avec les islamistes non terroristes, Alger a dépêché aussi son ministre délégué aux Affaires maghrébines et africaines en Mauritanie et au Niger en octobre. Messahel demande également au MNLA d’abandonner sa revendication indépendantiste et à Ansardine de rompre avec les terroristes.

    Pourtant, le Premier ministre malien Cheick Modibo Diarra n’entend pas abandonner l’option militaire. «Si une petite minorité prend des armes, sème la terreur au nom de revendications séparatistes, nous ne serons pas d’accord», a-t-il dit au ministre algérien. «Nous ferons la guerre pour mettre fin à la guerre», a-t-il ajouté.

    Par ailleurs, certains éditoriaux de la presse malienne accusent, cette semaine, l’Algérie et la France d’avoir encouragé et soutenu le MNLA à attaquer le nord du Mali en janvier 2012 pour proclamer l’indépendance de l’Azawad en avril, avant d’en être chassé plus tard par les islamistes d’AQMI, d’Ansardine et du MUJAO.

    A l’opposé de la diplomatie algérienne, une partie de l’opinion malienne montre peu de patience. A l’appel du Collectif des ressortissants du nord et du Front pour la démocratie et la République (FDR), des milliers de personnes ont marché à Bamako le 11 octobre.

    Les manifestants du FDR demandaient «aux pays du champ de soutenir la demande des autorités maliennes d’une résolution de l’ONU pour le déploiement immédiat d’une force de la CEDEAO, en appui à l’armée malienne, pour combattre les terroristes».

    Cependant, d’autres Maliens nuancent l’idée d’une intervention étrangère. La Coalition des organisations patriotiques du Mali (COPAM) a investi la place de l’indépendance de Bamako jeudi pour exprimer sa volonté de voir la force d’intervention de la CEDEAO au nord et non dans la capitale.

    Ce vendredi, une réunion internationale se tient à Bamako, avec des représentants de la CEDEAO, de l’UA, de l’ONU et de l’Union européenne pour examiner un plan de sortie de crise au Mali, qui prévoit des négociations, mais aussi une probable intervention militaire.

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