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MALI: La violence en Libye déroute les migrants maliens

    By Soumaila T. Diarra

    BAMAKO, 8 avr (IPS) – En plus des difficultés habituelles que rencontrent les migrants africains en Libye, la présence de mercenaires subsahariens aux côtés des troupes de Mouhammar Kadhafi, accroît les risques de représailles contre les Noirs qui fuient ce pays d’Afrique du nord en crise.

    Ainsi, face à l’hostilité d’une partie de la population libyenne, une dizaine de milliers de migrants maliens renoncent au rêve de faire fortune en Libye ou de migrer vers l’Europe, préférant regagner leur pays.

    Dans la grande cour du Parc d’exposition de Bamako, situé à la sortie sud de la ville, sont répartis une centaine de jeunes sous des hangars. Ces personnes font partie de quelque 10.000 travailleurs migrants qui sont en train d’être rapatriés depuis la fin de mars 2011 dans leur pays par le gouvernement malien, qui a affrété un avion pour l’occasion.Selon Ousmane Diarra, président de l’Association malienne des expulsés (AME), l’avion a déjà effectué plusieurs navettes, mais le rapatriement continue car beaucoup de Maliens sont encore en Libye et d’autres réfugiés en Tunisie. Diarra indique que quelque 9.400 auraient été transportés par avion tandis que 600 sont venus par la route et par leurs propres moyens. Mais ils ont été aidés par le gouvernement et l’AME qui ont conjugué leurs efforts pour les transporter de la frontière algérienne jusqu’à Bamako, la capitale malienne.

    Le ministre des Maliens de l’Extérieur, Dr Badra Alou Macalou, a promis de rapatrier tous les Maliens – environ 5.000, selon l’AME – qui sont encore en Libye. Selon Abdoul Karim Koné, le chargé de communication dans ce ministère, les opérations de rapatriement continueront tant qu’il y aura des Maliens qui souhaitent être rapatriés.

    «Cela fait deux ans que mon frère vit en Libye, et je suis venu voir s’il est parmi les personnes rapatriées. Depuis le début des manifestations dans ce pays, je n’ai eu aucune nouvelle de lui», déclare à IPS, Karamoko Dembelé, 31 ans un habitant de Bamako.

    Mais ces migrants n’ont pas tous fui que les combats entre partisans et opposants du régime libyen. «Quand la répression des manifestations a commencé, des gens avaient commencé à s’attaquer aux Noirs dans les rues, et même dans les camps de réfugiés; certains nous menaçaient en nous insultant», raconte à IPS, Daouda Sangaré, 28 ans, qui travaillait depuis trois ans à Brega, dans l’est de la Libye.

    Arrivé dans la même région en 2009, en situation régulière, Samba Koné, 30 ans, indique à IPS qu’il a aussi décidé de rentrer au Mali à cause de l’hostilité grandissante de certains Libyens contre les migrants originaires de l’Afrique subsaharienne. «Un jour, des jeunes manifestants allaient me battre si un Libyen qui me connaît n’était pas intervenu en ma faveur. Ils m’ont dépouillé de tout ce que j’avais sur moi (argent, montre et téléphone). J’ai compris alors à quel point m’a vie était en danger, et j’ai fui pour me rendre en Tunisie», dit-il.La montée du racisme et d’autres formes d’hostilité chez les opposants au régime de Kadhafi contre les Noirs est liée au fait que de nombreux mercenaires noirs combattent aux côtés des forces armées libyennes loyales au pouvoir, selon les migrants maliens. En plus de ces mercenaires africains, un nombre important de fidèles de Kadhafi sont originaires de l’Afrique de l’ouest. Ce sont des Touaregs et des Noirs libyens faisant carrière dans l’armée libyenne et ayant la nationalité de ce pays. Ils vivent en Libye et se battent pour Kadhafi.

    «Ce sont plus de 2.000 Touaregs maliens qui sont en service dans l’armée et les forces de sécurité libyennes. Ces compatriotes se sont exilés en Libye dans les années 1970. Ils ont la double nationalité libyo-malienne», affirme à IPS, Cheikna Hamalla Sylla, directeur de publication du journal privé 'L’Aube', basé à Bamako.

    Pour cet éditorialiste, «La pire des catastrophes pour nous et les autres pays africains, serait le départ de Kadhafi et l’arrivée aux affaires de Libyens réputés pour leur hostilité, voire leur racisme à l’encontre des Africains et même des Libyens noirs».

    Pourtant, avant le soulèvement d’une partie de la population libyenne contre son dirigeant (en février), les migrants maliens, à l’instar d’autres ressortissants de pays subsahariens, étaient déjà victimes de traitements humiliants en Libye.

    «J’étais en prison en Libye depuis 2008, et je n’ai recouvré la liberté que cette année (2011) avec les troubles politiques», explique Moumoune Sylla, 27 ans. «Je n’avais rien fait, j’étais seulement en situation irrégulière, et je ne voulais même pas rester dans ce pays. Pour avoir un peu d’argent afin d’aller en Europe, j’ai commencé à travailler sur place. C’est comme ça qu’une patrouille de la police libyenne m’a arrêté quand je rentrais à la maison», dit-il à IPS.Les organisations maliennes de défense des droits des migrants reconnaissent que les travailleurs africains connaissent des difficultés en Libye. «Pendant plus d’une semaine, plus de 600 migrants maliens, fuyant par route les conflits et les attaques des rebelles contre eux en Libye, étaient bloqués à Tinzaouatène, à la frontière entre le Mali et l’Algérie», confirme Diarra, de l’AME, à IPS.

    Cette association critique fréquemment le comportement des autorités libyennes au sujet de l’emprisonnement de nombreux migrants africains. Mais elle ne blâme pas que les autorités libyennes.

    «L’Union européenne, qui a encouragé la Libye et financé la construction des centres de rétention pour les migrants irréguliers, est aussi fautive», ajoute Diarra. Selon les statistiques de 2008 du ministère des Maliens de l’Extérieur, environ 15.000 Maliens vivaient en Libye.

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