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MALI: Les islamistes imposent la charia dans le nord et le voile aux femmes

    By Soumaila T. Diarra

    BAMAKO, 5 avr (IPS) – La montée en puissance des islamistes se confirme au sein des groupes armés qui ont conquis trois grandes villes du nord du Mali: Kidal, Gao et Tombouctou. Appliquant la charia – la loi islamique -, ils invitent les femmes à porter de voile et menacent de couper la main aux éventuels voleurs.

    "Tout le malheur des peuples est dû à leur manque de foi à Dieu et parce qu'ils ont abandonné la pratique de la charia, que nous avons transformée à notre manière sous l'égide des Blancs occidentaux", a déclaré mercredi Iyad Ag Ghali, l’ancien chef rebelle des années 1990, fondateur du groupe islamiste armé 'Ansar Dine', sur 'Radio Bouctou', à Tombouctou.

    "C'est à cause de ça qu'il y a aujourd'hui des misères, du libertinage et autres fléaux de nos sociétés", a ajouté Ag Ghali, cité par l'hebdomadaire, 'La Nouvelle République', dans sa parution de ce jeudi à Bamako, la capitale malienne. Ag Ghali avait été reconnu parmi les groupes armés qui ont pris Tombouctou.

    Depuis l’arrivée du groupe armé djihadiste, Ansardine, lundi à Tombouctou, cette cité touristique du nord du Mali vit sous les règles de la loi islamique.

    «Les rebelles ont dit à la radio qu’ils ne feront pas du mal à la population civile, mais ils ont demandé aux femmes de se voiler pour sortir en public», a indiqué à IPS, Badji Maïga, une habitante de la ville de Tombouctou. «Ils ont même demandé aux gens de les applaudir et ont arrêté ceux qui se livraient à des pillages», a-t-elle ajouté.

    Selon Mamane Cissé, un ressortissant de Tombouctou vivant à Bamako, les membres du groupe islamiste ont pris le camp militaire qui était défendu par des miliciens arabes, puis y ont planté deux drapeaux: celui du Mali (Vert jaune et rouge) et celui de leur groupe, un fanion noir sur lequel est inscrit «Allah Akbar» (Dieu est grand) en arabe. Les choses se sont accélérées le week-end dernier au nord du Mali où les trois principales villes sont passées entre les mains des différents groupes armés.

    Si le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) était jusque-là connu pour être un acteur important dans la conquête de cette région, la suprématie des groupes islamistes, Ansardine et Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) s’est confirmée avec la chute de Tombouctou. «Les gens ont reconnu plusieurs étrangers parmi les islamistes dont des Nigérians, des Mauritaniens et des Algériens», a ajouté Cissé à IPS.Toutefois, alors que le MNLA déclare se battre pour l’indépendance de la région du nord, le groupe islamiste Ansar Dine, lui, voudrait voir conserver les frontières actuelles du Mali, mais transformer le pays en une République islamique sous la charia.

    Dans sa parution de mardi, 'Le Républicain', un quotidien basé à Bamako, a annoncé que Ag Ghali, dans une opération de séduction, serait allé saluer des malades à l’hôpital de la ville et leur donner des médicaments. «Peu de temps après cette visite, il disperse ses troupes dans la ville pour demander aux femmes de se voiler», souligne le journal.

    Cette poussée de l’islamisme inquiète des femmes maliennes qui sont plutôt habituées à des accoutrements non imposés. «Je n’aimerais pas vivre dans un pays où les vêtements et les coiffures que l’on porte sont contrôlés», a déclaré à IPS, Kadiatou Samaké, gérante d’un salon de coiffure pour les femmes à Bamako. «C’est pour ça que j’ai peur que les islamistes parviennent à étendre leur domination sur le Mali. Les femmes vont souffrir si cela arrive», ajoute Samaké.Mais, pour le moment, les islamistes n’ont pas encore utilisé la force pour faire appliquer leurs lois dans le nord du pays, selon plusieurs sources à Tombouctou.

    Les groupes islamistes ont indiqué à Tombouctou qu’ils sont venus pour répandre la parole de Dieu et non pour s’attaquer aux populations et à leurs biens. Selon Cissé, ils ont même infligé une correction publique à quatre jeunes gens pris en flagrant délit de sabotage des installations de la société Energie du Mali.

    Dans d’autres villes du nord conquises par les groupes armés, les femmes ont été particulièrement ciblées. «Les femmes sont en train d'être violées. A Gao, il y a des viols publics sur des femmes», a affirmé Al Mahdi Cissé, membre du collectif des ressortissants du nord, au cours d’une marche organisée, mardi à Bamako, pour soutenir les populations des zones occupées par les groupes armés.Interrogée par IPS, la présidente de la Commission nationale des droits de l’Homme au Mali, l’avocate Kadiatou Sangaré, a dénoncé aussi les violations des droits humains dans le nord. «A Gao, des femmes ont été violées et d’autres ont été enlevées», a-t-elle dit.En outre, les populations de Gao sont dans une situation alimentaire critique, selon Alassane Touré, un habitant de la ville que IPS a joint jeudi par téléphone. «On ne peut plus s’approvisionner en vivres ici. Ils (les rebelles) ont cassé des boutiques et des magasins; ils ont pillé des stations d’essence», a-t-il déclaré.Par ailleurs, le consulat d’Algérie à Gao a été attaqué jeudi matin par un groupé islamiste armé qui a enlevé le consul et six de ses collaborateurs qu’ils ont emmenés vers une destination inconnue. Le gouvernement algérien a confirmé cet enlèvement dans la journée.

    A Bamako, la situation politique reste tendue au moment où les rebelles du MNLA annonçait mercredi la fin de leurs opérations militaires. Prévue pour ce jeudi, la convention nationale, à laquelle la junte militaire avait invité toutes les forces vives du pays, a été reportée après que le front anti-putsch a annoncé son refus d’y participer.

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