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MALI: Les Touaregs et les Arabes ne sont pas prêts à rentrer

    By Marc-André Boisvert

    GOUDEBO, Burkina Faso, 25 fév (IPS) – Fatimata Wallet Haibala s’assoit parmi un groupe de femmes et d'adolescentes sous une tente, son fils handicapé sur ses genoux. La scène pourrait être une image rurale d'un rassemblement touareg dans le désert. Mais cette mère de cinq enfants vit dans un camp de réfugiés à Goudebo, au Burkina Faso, situé à près de 100 kilomètres de leur domicile au Mali.

    "La vie est plus dure pour les femmes dans le camp", déclare-t-elle à IPS. "Nous devons prendre soin de la famille – les hommes peuvent se promener librement". Cette veuve gagne de l'argent en revendant à ses camarades réfugiés du lait en boîte et du sucre qu'elle achète à l'extérieur du camp. Elle est ici depuis plus d'un an maintenant, après avoir fui le Mali dès le début de la crise en 2012.

    Au début de 2012, une rébellion a vu les Touaregs – une communauté traditionnellement nomade vivant à travers certaines régions du Mali, du Niger et de l'Algérie – prendre le contrôle du nord et près des deux-tiers du pays. Mais elle n'a pas gardé le territoire pendant longtemps.

    En avril 2012, une coalition de groupes islamistes armés alliés à Al-Qaïda a chassé le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) dirigé par les Touaregs.

    Cette coalition – composée d'Al-Qaïda au Maghreb islamique, du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'ouest (MUJAO) et d’Ansar Dine – était capable de contrôler le territoire jusqu'à ce qu'une intervention française ait permis à l'armée malienne de reprendre le nord en janvier.

    Cette crise a fait, jusqu'à présent, plus de 150.000 réfugiés dans les pays voisins – 40.000 au Burkina Faso seul – et 230.000 personnes déplacées à l'intérieur du Mali.

    Tous les jours, de nouveaux réfugiés arrivent dans les camps. La plupart sont à "la peau claire" – des Arabes et des Touaregs maliens.

    La peur des représailles au paysLe feu père des enfants d’Haibala, un Touareg, était un soldat loyal à l'armée malienne qui est mort en combattant une rébellion à Agelhok, dans le nord-est du Mali, en février 2012.

    Dès que la rébellion se rapprochait de son domicile, Haibala a choisi de quitter. Elle est arrivée dans le camp en février 2012, bien avant que les islamistes n’imposent la charia dans le nord.

    "A Gao, tous les gens à "la peau claire" avaient quitté. Aujourd’hui, nous apprenons qu'ils (les soldats maliens) nous chassent – Je ne vois pas encore le jour où nous reviendrons", affirme cette femme de 49 ans.

    De nouvelles attaques ont secoué la ville le 21 février lorsque l'armée malienne combattait les islamistes.

    La crainte des représailles de la part de leurs communautés, de retour au pays, est la principale raison pour laquelle ils ne veulent pas retourner au Mali.

    Des histoires d'attaques contre les gens à la peau claire, vraies ou fausses, sont étroitement liées aux souvenirs difficiles des rébellions touarègues dans les années 1990, au cours desquelles l'armée malienne et les groupes paramilitaires avaient exécuté plusieurs civils touaregs et arabes.

    Les récentes déclarations de 'Human Rights Watch' confirment que des exécutions ont été menées par l'armée nationale sur des rebelles islamistes et partisans présumés, mais le président Dioncounda Traoré a nié ces allégations le 20 février.

    En sécurité – pour le momentEn attendant, les femmes réfugiées se sont réunies sous une tente dans le camp pour discuter des rumeurs de viols et de meurtres.

    Bien qu'aucune des femmes ici n’ait été témoin de ces atrocités, elles ont entendu des histoires. "Nous savons que certains commerçants ont été tués par l'armée au marché de Gao", commente Fatma Targui.

    Plus loin, sous une autre tente, Abou Haoula et certains amis boivent du thé. La tradition prédomine à Goudebo et les hommes et les femmes ne sont pas beaucoup ensemble ici.

    Ces hommes étaient arrivés ici en janvier depuis Gao. Certains sont venus par voiture, certains étaient montés sur le dos des ânes ou des chameaux. Quand ils ont atteint la frontière de leur pays avec le Burkina Faso, ils ont été pris en charge par le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.

    "Nous avons fui à cause des bombardements et des combats – c’était tout simplement trop. Une balle perdue aurait pu nous toucher… Nous avons dû quitter", explique Haoula, qui est dans la cinquantaine.

    Il indiqué que, depuis le temps de l'invasion islamiste jusqu'aux attentats à la bombe, ils ont pu recevoir une fourniture régulière de vivres à partir de l'Algérie et de Bamako. Après que les Français ont effectué les premiers bombardements en janvier, toute la vie et les livraisons de vivres nécessaires se sont stoppées. C'est seulement à ce moment que Haoula et d'autres réfugiés avaient quitté.

    "Le MUJAO était dur, mais ils nous laissaient tranquilles quand nous respections les règles", raconte à IPS, Amidy Ag Habo. Au pays, il était l’adjoint au maire de N'takala, une petite ville à 60 kilomètres de Gao.

    "Nous ne connaissions pas les islamistes. Ils étaient des étrangers", ajoute-t-il, mais cependant, les personnes "à la peau claire" sont perçues comme des alliés du MUJAO à Gao.

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