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MALI: Survivre à peine en tant qu’un seul pays, encore moins en deux

    By William Lloyd-George

    ABALA, Niger, 25 avr (IPS) – C’était la mi-journée lorsque Tabisou, 72 ans, a soudainement vu des gens de sa ville d’Amderamboukane, au Mali, fuir pour sauver leur vie. Sa famille n'avait pas le temps d'emballer ses affaires; les combats avaient déjà commencé.

    "Tout ce pour quoi j'ai travaillé durant toute ma vie a été perdu. Juste comme ça", déclare cette vieille femme qui vient d'une famille d'agriculteurs, pendant qu’elle est assise sous une tente du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au camp de réfugiés d’Abala, à 85 kilomètres de la frontière entre le Mali et le Niger. "Nous étions obligés de laisser tous nos animaux et aliments".Tabisou est l'un des près de 270.000 réfugiés qui ont dû fuir leurs maisons depuis janvier, lorsque le conflit a éclaté dans le nord du Mali. Cela avait commencé après que des centaines de mercenaires touaregs, autrefois engagés par le défunt dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi, pour combattre à ses côtés, sont retournés au Mali après sa chute, avec des armes lourdes, pour relancer leur propre rébellion vieille de cinq décennies.Le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) prétend lutter contre la marginalisation et l'oppression du peuple touareg dans le nord du Mali. Les Touaregs sont un peuple berbère du désert et sont traditionnellement nomades et se sont longtemps plaints de ce que le gouvernement malien les a marginalisés.Tabisou ne s’intéresse pas beaucoup aux revendications du MNLA. "Je suis une vieille dame, et j’ai plusieurs petits-enfants", dit-elle, montrant les visages creux et souillés des enfants rassemblés autour d'elle sous la tente. "Les rebelles ne se soucient pas de nous, ils nous ont très mal traités".Tabisou affirme que les rebelles sont venus dans sa maison, ont brandi des fusils sur son visage, et demandé à tous les enfants de s’aligner au dehors. "Je pensais qu'ils allaient nous tuer, heureusement deux des rebelles avaient dit aux autres de se calmer".Selon la représentante du HCR, Mariata Sandouno, la plupart des réfugiés ont fui parce qu’ils craignent les différents groupes armés."La plupart d'entre eux ont dit qu'ils ont fui à cause de la peur, également en raison des pillages en cours perpétrés par des bandits, et le retrait de l'armée nationale les a amenés à se sentir en insécurité", explique Sandouno. L'armée s'est retirée d’Amderamboukane en janvier lorsque les rebelles ont pris le contrôle de cette ville de 3.000 habitants."En outre, certains réfugiés ont affirmé que c'était un scénario très confus puisqu’ils n'arrivaient pas à distinguer les groupes auxquels les hommes armés appartiennent".Les réfugiés proviennent des groupes ethniques haoussa, touareg et songhaï. Selon Ibrahim Ag Abdil, un éleveur âgé de 30 ans, peu de gens dans le camp soutiennent la cause du MNLA. Le MNLA est un terme générique donné aux groupes de Touaregs armés qui se sont rassemblés avec l'objectif déclaré d'administrer un Etat indépendant, l’Azawad."Le Mali est déjà un pays très pauvre, nous sommes obligés de compter sur les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Europe pour l'aide", explique-t-il. "Le MNLA crée tout simplement plus de divisions, comment pouvons-nous survivre en tant que deux pays, alors nous survivons à peine en tant qu’un seul?".Ag Abdil dit que le MNLA a volé toutes les motos dans sa ville d’Amderamboukane, qui appartenaient à des civils. Après le départ du MNLA, indique Ag Abdil, des bandits sont entrés dans la ville et ont pillé tous les magasins et toutes les maisons."Nous ne savons pas s’il reste encore quelque chose", dit-il à IPS. "Le MNLA ne protège pas les biens des civils, il attaque simplement les villes, les quittent, puis l’endroit est vide pour que les bandits viennent voler".A côté de lui, Ajawa, 72 ans, hoche la tête. "Ils disent qu'ils se battent pour tous les Touaregs mais en fait, ils luttent seulement pour quelques-uns, bon nombre de Touaregs ne les soutiennent pas", souligne-t-il. "Maintenant, nous sommes coincés dans ce camp. C’est douloureux de voir mon peuple quémander l’aide, et nos enfants sont incapables d’aller à l'école".Lorsque le MNLA est arrivé à Amderamboukane, les citoyens ont fui cette ville du nord-est du Mali et marché pendant deux mois avant de trouver refuge au Niger. Lorsque ces réfugiés sont arrivés au début, ils sont restés dans un camp de fortune à Sinegodar, à 10 km de la frontière.

    "Nous nous préoccupions toujours de la chaleur pendant la nuit, et de la nourriture dans la journée", affirme Salima, 19 ans. La plupart des enfants dans le camp d’Abala souffrent visiblement de malnutrition, et les travailleurs des organisations non gouvernementales redoutent d'éventuelles épidémies.

    Il y a actuellement 6.286 réfugiés au camp d’Abala sur environ 26.500 qui ont fui vers le Niger. Le reste se trouve au Burkina Faso, en Mauritanie et plus de 80.000 déplacés à l'intérieur du Mali. Le HCR ouvrira bientôt d’autres camps de réfugiés à Mangaize et Ayorou, deux villes du Niger.Selon Antonio Jose Canhandula, chef de l'équipe d'urgence du HCR, la plus grande préoccupation pour l'agence pour l’instant est que ces réfugiés arrivent dans une crise alimentaire au Niger."Ces réfugiés arrivent dans une crise alimentaire au Niger, ce qui aggravera la situation ici", déclare Canhandula. "Ce sont des gens nomades, qui viennent avec le bétail et autres animaux, alors nous essayons de nous adapter à leurs besoins et de minimiser le fardeau sur la communauté d'accueil qui est déjà confrontée à une famine et à une pénurie d'eau".

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