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MALI: Tensions autour d’un éventuel Etat islamique dans le nord

    By Soumaila T. Diarra

    BAMAKO, 2 juin (IPS) – Les habitants du nord du Mali et la communauté internationale redoutent le non-respect des libertés individuelles et collectives face à la perspective d’un Etat islamique dans cette région du pays, créé par une éventuelle alliance entre islamistes et rebelles touaregs.

    Toutefois, le groupe islamiste Ansar Dine, appuyé par Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI), et le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) peinent à trouver un terrain d’entente pour une administration conjointe de cette région aride d’Afrique de l’ouest qu’ils occupent.«L’échec de la fusion que Ansar Dine et le MNLA ont annoncée la semaine dernière ne me surprend pas du tout», a affirmé Abdoul Maïga, directeur du Centre d’études islamiques Ahmed Baba de Tombouctou, une ville occupée dans le nord du Mali. «Les populations des régions nord du Mali, si elles ont le choix, ne vont jamais accepter de vivre dans un Etat islamique», a-t-il ajouté à IPS.Selon ce chercheur qui travaille à la restauration et à la conservation des manuscrits anciens de la ville de Tombouctou, les deux groupes armés se sont donné la main pour occuper le nord du Mali, mais leurs divergences s’expliquent en partie par les soutiens extérieurs qu’ils veulent avoir.

    «Le MNLA veut se rapprocher de l’Europe où il a des contacts. Par contre, Ansar Dine est tourné vers des pays arabes où il trouve de l’aide. Je ne sais pas si ce sont des gouvernements ou des groupes particuliers, mais ce qui est sûr, le financement d’Ansar Dine vient du Proche-Orient, notamment du Qatar», déclare Maïga.Le MNLA – qui veut plutôt d’un Etat indépendant et laïc dans le nord du Mali – n’est donc pas favorable à un accord de fusion. Et il a finalement dénoncé, le 31 mai, l’accord annoncé le 26 mai, réaffirmant son opposition à un Etat islamique que veut imposer Ansar Dine.Les Maliens musulmans sont estimés à 90 pour cent de la population, selon le Haut conseil islamique du pays. Les régions nord du Mali, et Tombouctou en particulier, ont joué un rôle historique important dans l’expansion de l’islam. «Mais les gens ne comprennent pas ce qui se passe aujourd’hui. L’islam ne s’est jamais répandu à travers le djihad ici ou sous toute autre forme de violence», explique-t-il.

    Les négociations continuaient encore samedi (2 juin) entre les responsables d’Ansar Dine et ceux du MNLA au sujet de l’application de la charia, la loi islamique. Le 26 mai, les deux mouvements annonçaient un accord sur la fusion de leurs armées afin de créer un Etat islamique dans les régions de Tombouctou, Gao et Kidal qu’ils contrôlent depuis avril dernier dans le nord.

    Certains habitants du nord voient, dans l’échec de cette fusion, la preuve que l’application de la charia ne peut pas passer dans ces zones, dont certaines villes, comme la cité touristique de Tombouctou, doivent leur réputation à l’ouverture au monde extérieur.

    «Le Nordiste est par nature un libertin. Il tient beaucoup à sa liberté, c’est pour cela que 90 pour cent de la population ne veut pas de la présence de ces gens-là», déclare à IPS, Sadou Diallo, le maire de la ville de Gao.Les rebelles ont commencé à appliquer la loi islamique pour couper la main des voleurs ou flageller les fumeurs, d’après le maire qui déplore en même temps la multiplication des vols de motos et autres braquages. «Je reçois tous les jours des SMS de la part de gens se plaignant des actes commis par des hommes armés», ajoute Diallo.Mais à Bamako, la capitale malienne dans le sud, une éventuelle fusion ou non des armés rebelles ne change pas la donne pour le gouvernement de transition. Réagissant à l’annonce de la fusion entre le MNLA et Ansar Dine, le porte-parole du gouvernement, Hamadoun Touré, a affirmé, sur la radio nationale, que la priorité des autorités est d’abréger la souffrance des habitants de la région.En dehors du Mali, la perspective de la création d’un Etat islamique bien armé inquiète la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) et l’Union africaine (UA). Le chef de l’Etat béninois, Boni Yayi, président en exercice de l’UA, a évoqué, lors d’une récente visite en France, la possibilité de l’intervention d’une force militaire africaine au nord du Mali sous l’égide des Nations Unies.La situation au Mali inquiète également l’Algérie, le Niger et la Mauritanie, trois voisins avec lesquels il forme ce qu’on appelle «les pays du champ». Après la déclaration unilatérale d’indépendance de l’Azawad le 6 avril, ces pays, qui avaient formé un Comité d’état-major conjoint pour lutter contre le terrorisme et le trafic de drogue, se sont réunis à Nouakchott, la capitale mauritanienne, pour soutenir les initiatives de la CEDEAO au Mali.Mais en attendant un appui extérieur, les populations locales commencent à perdre patience.

    Seydou Cissé, membre de la milice peule «Ganda Iso», dans la région de Gao, a déclaré à IPS que la population entend combattre. «Nous n’attendons de la communauté internationale qu’un appui à l’armée nationale pour des frappes aériennes contre ces islamistes qui ont pris des armes sophistiquées en Libye après la chute de Mouammar Kadhafi. Nous allons faire le reste du travail pour libérer nos terres», a-t-il affirmé.

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