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MALI: Une polémique électorale qui risque de créer une nouvelle crise

    By Soumaila T. Diarra

    BAMAKO, 31 juil (IPS) – La première annonce officielle, mardi, des premières tendances des résultats de l’élection présidentielle de dimanche au Mali, suscite une vive polémique susceptible de créer une crise postélectorale alors que le scrutin devrait sortir le pays de sa précédente crise politique multiforme.

    «Nous sommes à un tiers du dépouillement. Le candidat Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) a une large avance sur les autres candidats, selon les tendances qui se dégagent. Si cet écart est confirmé, il n’y aura pas un deuxième tour», a déclaré le ministre malien de l’Administration territoriale, Moussa Sinko Coulibaly, mardi à la presse, sans communiquer de chiffres sur les résultats des candidats.

    Cette «large avance» du candidat IBK sur ses concurrents, suivie du commentaire du ministre se référant à la possibilité d’une victoire dès le premier tour, a aussitôt provoqué une colère dans le camp du candidat arrivé en deuxième position, Soumaila Cissé. Ses représentants ont jugé inappropriée la déclaration du ministre Sinko Coulibaly.«En extrapolant jusqu’à proclamer une victoire au premier tour» d’un des candidats, le ministre Sinko Coulibaly «sort de son rôle en proclamant des résultats. Nous avons des inquiétudes et nous sentons que c’est une intention de mettre le feu aux poudres…», a affirmé Gagnon Coulibaly, coordonnateur de la campagne de Cissé.

    Pour sa part, Adama Koïta, porte-parole d'une coalition de partis soutenant la candidature de Cissé, exige la mise en place d’une commission indépendante internationale de dépouillement des votes, qui soit impartiale. Selon lui, «le ministère a montré qu’il n’est plus impartial et qu’il est là pour un candidat». Il a même exigé la démission du ministre de l’Administration territoriale.

    Mais de leur côté, les partisans d’IBK rejettent les accusations portées par ses adversaires, estimant que ces résultats reflètent «la vérité des urnes sur la base des procès verbaux» reçus des bureaux de vote.«L’avance déclarée à la faveur d’IBK montre tout simplement la maturité du peuple malien, parce que cette élection participe aux solutions de sortie de la crise. Le contexte est particulier et le peuple l’a compris», a déclaré le directeur de campagne d’IBK, Abdullaye Idrissa Maïga.

    Malgré des imperfections dans l’organisation, le scrutin présidentiel du 28 juillet a mobilisé de nombreux électeurs à travers ce pays d’Afrique de l’ouest qui sort à peine d’une année et demie de crise politique profonde. Environ 6,9 millions de Maliens se sont inscrits sur les listes électorales, dont 85 pour cent ont retiré leur carte d'électeur, selon le ministère.

    Le taux de participation s’élève à 53,5 pour cent, indique le ministre de l’Administration territoriale. Et ce taux est exceptionnel, selon les Maliens. En effet, depuis les premières élections démocratiques, les gens votent traditionnellement peu au Mali, comme au précédent scrutin en 2007 où le taux de participation était de 35 pour cent, selon le ministère.

    Avant et pendant le scrutin, tous les regards étaient tournés vers les régions nord du pays où l’insécurité règne encore, comme à Kidal (nord-est), le fief des rebelles touaregs. «Avant d’aller voter, j’ai beaucoup hésité parce que j’avais peur que des gens s’attaquent à ceux qui vont voter», a déclaré Oumar Maïga, un membre de la communauté Sonrhaï de Kidal.

    Mais sous le contrôle des agents de sécurité maliens et des forces militaires internationales, le vote s’est finalement déroulé dans le calme à Kidal qui avait vécu sous la domination des islamistes entre avril 2012 et janvier 2013 – la date du début de l’intervention militaire française.

    «Des manifestants sont sortis pour crier 'Azawad', ils n’étaient pas nombreux. Mais ceux qui voulaient voter ont eu peur et beaucoup sont restés à la maison», a expliqué Oumar Maïga à IPS.

    Par contre, l'affluence n’a pas diminué toute la journée dans les régions de Tombouctou et Gao (nord) qui avaient souffert également de l’occupation et des exactions des islamistes. «Cette élection est très importante pour nous parce que nous allons élire le président qui doit résoudre nos problèmes», a affirmé à IPS, Mohamed Cissé, un habitant de Tombouctou.

    Les électeurs ont rapporté une importante présence des forces de sécurité dans les villes du nord, notamment à Tombouctou et Gao. La veille du vote, le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (MUJAO) avait menacé d'attaquer les bureaux de vote dans ces régions. Pour sécuriser les lieux, 6.300 casques bleus des Nations Unies, étaient envoyés sur place, appuyés par 3.200 soldats français.

    Plus au sud, à Bamako la capitale, le scrutin s’est déroulé dans le calme. «Cette élection présidentielle est la meilleure que nous ayons jamais connue depuis l’indépendance en 1960», a déclaré le président par intérim Dioncounda Traoré.

    Pourtant, même à Bamako, certains avaient eu du mal à voter. «Ce que j’ai constaté le matin, c’est que d’autres électeurs comme moi avaient des difficultés pour retrouver leur bureau de vote. Il n’y avait pas tous les matériels électoraux au complet dans certains bureaux aussi», a affirmé à IPS, Oumou Sidibé, une habitante du quartier Sebénikoro, à Bamako.

    Des dizaines d'observateurs de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest, de l'Union africaine, et de l'Union européenne étaient présents pour veiller au bon déroulement du vote, selon Dramane Diarra du réseau 'Appui au processus électoral au Mali' (APEM).

    Il y a eu quelques problèmes d’organisation, mais les échanges rapides de messages SMS avaient permis aux activistes de la société civile de coordonner les réponses immédiates pour résoudre certains problèmes, selon l’APEM.

    Mais tous les observateurs s’accordent à dire qu’il n’y a eu aucun incident susceptible de remettre en cause les résultats de ce vote, malgré ces quelques difficultés.

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