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MALI: Urgence d’une réforme politique alors que la France se retire, selon un rapport

    By Jim Lobe

    WASHINGTON, 15 avr (IPS) – Avec la France qui retire ses troupes après avoir chassé Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) des villes du nord-Mali, le gouvernement central à Bamako devrait lancer d’urgence un processus sérieux de réconciliation nationale, en particulier avec les minorités touarègue et arabe.

    C’est ce qu’indique un nouveau rapport de l’organisation 'International Crisis Group' (ICG), publié le 11 avril.

    Entre autres mesures, les autorités devraient empêcher la persécution de la population civile par les forces de sécurité, en particulier dans les communautés soupçonnées de s’être associées aux groupes islamistes rebelles ou armés qui contrôlaient le nord pendant les 10 mois précédant l'intervention française en janvier.

    Les autorités de Bamako, la capitale malienne, ne devraient pas imposer des conditions préalables, telles que le désarmement immédiat, qui rendent difficile le dialogue avec le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), le groupe indépendantiste touareg, selon l'ICG.

    Elles devraient également veiller à ce que les stations de radio et de télévision locales n’encouragent pas ou n’aggravent pas les clivages ethniques dans le pays, en particulier dans la perspective des élections générales qui sont censées être organisées en juillet, indique le rapport de 47 pages.

    "Les élections doivent se tenir bientôt mais pas à n'importe quel prix", estime Gilles Yabi, directeur du Projet Afrique de l’ouest de l'ICG.

    "La radicalisation de l'opinion publique est un risque majeur, et les dirigeants ainsi que les institutions du Mali doivent prendre des mesures fermes pour empêcher les populations, en particulier celles du sud, (de) confondre les rebelles, les terroristes et les trafiquants de drogue avec les Touaregs et les Arabes", a-t-il dit.

    Comme pour souligner l'urgence de ce défi, le rapport de l'ICG, intitulé 'Mali: la sécurité, le dialogue et une réforme significative', a été publié juste pendant que 'Human Rights Watch' (HRW) annonçait que deux hommes touaregs qui avaient été arrêtés par des soldats maliens dans une petite ville, près de Tombouctou, étaient morts pendant qu’ils étaient en détention à la Prison centrale de Bamako.

    Les deux personnes faisaient partie d'un groupe de sept hommes, âgés de 21 à 66 ans, qui ont été arrêtés à la mi-février, soupçonnés de soutenir des groupes islamistes, notamment AQMI. Ces hommes ont été ensuite transportés à la prison de Bamako, selon HRW qui les a interrogés là-bas le 20 mars.

    HRW a déclaré que les deux hommes sont probablement morts de chaleur excessive, compte tenu de l'absence de ventilation dans la cellule où ils étaient gardés, éventuellement combinée avec les blessures qu'ils avaient eues du fait des premiers mauvais traitements, qui comprenaient bastonnades et brûlures répétées. Les cinq survivants auraient été déplacés dans une autre chambre après ces deux décès, a rapporté HRW.

    Ces décès sont survenus alors que des informations persistantes faisant état d’exactions contre les Touaregs, les Arabes, et les Foulanis par des soldats maliens qui sont retournés au nord aux côtés des forces françaises dans leurs efforts pour chasser AQMI et ses alliés.

    Depuis lors, Corinne Dufka, une experte du Sahel à HRW, a affirmé à IPS qu’au moins 13 membres des trois communautés minoritaires ont été sommairement exécutés par des forces de sécurité maliennes et qu’au moins 15 autres ont "disparu".

    "Ces exactions commises par l'armée dans la reconquête du nord exacerbent déjà les tensions ethniques existantes", a-t-elle souligné.

    Le chaos dans lequel le Mali est descendu a commencé au début de 2012 lorsque le MNLA, dont les troupes étaient renforcées par le retour des vétérans bien armés des forces de sécurité du dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi, a chassé l'armée malienne du nord, précipitant un coup d'Etat militaire qui a renversé le gouvernement démocratiquement élu à Bamako.

    AQMI, initialement un mouvement essentiellement algérien qui s’était profondément enraciné dans le nord du Mali après sa défaite dans la guerre civile en Algérie, a réussi à arracher le contrôle d’une grande partie de la région au MNLA en juin 2012.

    Comme son contrôle s’est répandu au cours des mois qui ont suivi, les voisins du Mali et les pays occidentaux, y compris les Etats-Unis, qui avaient fourni des centaines de millions de dollars sous forme d'aide et de formation à l’armée malienne dans le cadre de leur Initiative pour un partenariat contre le terrorisme à travers le Sahara au cours de la décennie précédente, sont devenus de plus en plus alarmés.

    En décembre, le Conseil de sécurité des Nations Unies a approuvé un plan pour le déploiement éventuel d'une force ouest-africaine pour reprendre la région. Cependant, en janvier l'un des groupes affiliés à AQMI a lancé une offensive vers le sud, déclenchant l'intervention de la France.

    Les troupes françaises ont rapidement pris les trois villes les plus importantes de la région – Gao, Tombouctou et Kidal – ouvrant la voie à la fois à l’arrivée de l'armée tchadienne et des contingents de la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA).

    Les forces françaises et tchadiennes, soutenues par les atouts des services de renseignement américains, notamment des drones de reconnaissance nouvellement basés au Niger voisin, sont ensuite entrées dans la partie située plus au nord du Mali pour poursuivre les militants d'AQMI dans leurs sanctuaires dans le cadre de l’actuelle "guerre contre le terrorisme".

    Ces militants ont organisé depuis un certain nombre d’attentats-suicides contre des cibles dans ces villes. Selon le rapport de l'ICG, la capacité de la MISMA, qui est susceptible d'absorber les troupes françaises restantes dans le cadre d'une mission de stabilisation sous l’égide de l'ONU, visant à maintenir la sécurité pour la population civile, n’est "pas claire", tandis qu’un haut responsable du Pentagone à Washington a déclaré il y a une semaine que c'était une "force totalement incapable".

    Paris a annoncé il y a une semaine avoir retiré environ 100 de ces 4.000 soldats de la force d'intervention – le début d'un retrait progressif qui laissera environ 1.000 soldats français dans le cadre de la mission de stabilisation proposée d'ici à la fin de l'année.

    Au même moment, une mission de l’Union européenne (UE) composée de 550 hommes a commencé à former des soldats maliens il y a une semaine dans l'espoir qu'ils finiront par jouer un rôle majeur dans la défense du pays contre la menace AQMI. Cette mission vise également à réformer l'institution militaire, y compris la lutte contre la corruption endémique, et la nécessité qu’elle se subordonne au contrôle civil.*Le Blog de Jim Lobe sur la politique étrangère américaine peut être lu sur le site internet http://www.lobelog.com.

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