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MAURITANIE: "L’agriculture c’est l’avenir, le diplôme c’est pour l’histoire", selon Diallo

    By Mohamed Abderrahmane

    NOUAKCHOTT, 24 avr (IPS) – Avec ses lunettes noires et une casquette, vêtu d’un T-shirt, Fadel Diallo, un jeune économiste de 33 ans, parcourt, sous un soleil de plomb de ce début avril, son périmètre rizicole de 10 hectares à M’Pourié, dans le sud de la Mauritanie.

    Au stade d’épandage des engrais, ce périmètre est en phase de tallage. Mais Diallo est déjà préoccupé pour ses récoltes, tellement il redoute l’effet des mauvaises herbes qu’il exposait à un technicien vulgarisateur au moment où le reporter de IPS venait visiter le champ, le 8 avril.Diallo déclare à IPS qu’il est titulaire d’une maîtrise en économie (option gestion) obtenue en 2007 à l’Université de Nouakchott, la capitale mauritanienne, et qu’il avait momentanément travaillé dans l’humanitaire avec le Programme alimentaire mondial.

    Après une courte initiation aux techniques agricoles et l’offre d’un financement de 1.429 dollars US de l’Etat, il intègre le secteur en 2011 et est devenu agriculteur. Le financement est un appui non remboursable pour le démarrage de ses activités. Le terrain lui a été offert également par l’Etat, mais comme un prêt pour l’exploiter et parfaire son intégration dans la vie active.

    Un an après, Diallo est déjà fier de son nouveau boulot et sûr de lui. «J’en suis à ma deuxième campagne, avec un léger retard. Ma première, en 2011, était couronnée de succès, affirme-t-il, indiquant que son diplôme est déjà rangé au placard.«Outre le savoir-faire dans ce secteur vital que j’ignorais, j’ai récolté 53 tonnes de riz paddy en 2011, pour une valeur équivalente à 13.793 dollars, sans compter la consommation de ma famille et le paiement de 450 kilogrammes de riz pour la "zakate" (l’aumône légale des musulmans)», explique-t-il.

    Diallo ajoute à IPS: «J’ai embauché deux ouvriers maliens à 142 dollars chacun, quatre employés temporaires, j’ai acheté un véhicule Mercedes à 6.229 dollars et trois vaches laitières que je nourris avec la paille et les dérivés du décorticage de riz».

    Pour lui, il n’est pas question d’abandonner le secteur qu’il trouve rentable. «Je créerai ma propre unité de production de semences du riz certifié, type 2ème génération, j’améliorerai ma production, qui passera de cinq à huit tonnes l’hectare et je poursuivrai l’élevage qui deviendra de plus en plus intensif», dit-il.

    Résolument attaché à la terre, Diallo déplore toutefois la résistance des mauvaises herbes malgré l’engrais DAP (Diammonium Phosphoric Acid) disponible et les autres intrants agricoles utilisés pour protéger les cultures contre les parasites en vue de leur assurer une croissance régulière.«L’élimination des mauvaises herbes, qui hypothèquent mon périmètre, nécessite un engrais dénommé "Total", plus coûteux et non disponible sur le marché mauritanien», affirme–t-il.Mais, Ely Salem, de la Société nationale en charge des engrais, réfute les propos de Diallo. «C’est de faux alibis, l’engrais DAP que nous livrons est certifié par un laboratoire français», déclare-t-il à IPS.

    Habibou Gueye, un technicien agricole, recommande «l’application des techniques d’incubation pour une meilleure germination». Il explique que l’enterrement ou la couverture des semis, créé un climat déclencheur de germe.

    En outre, Diallo se plaint des modalités de financement du Crédit agricole qui fait des prêts aux agriculteurs. «L’affectation des fonds se fait tardivement et pour rembourser sans subir des pénalités, on est obligé de vendre rapidement les récoltes. Or, on aurait mieux vendu si on avait attendu deux mois après la récolte», souligne-t-il.

    Le directeur du Crédit agricole, Bettar Ould El Bou, indique que son institution prélève un intérêt de cinq pour cent sur les montants attribués.Ingénieur agronome, El Bou estime que la Mauritanie dispose d’atouts pour produire et exporter des céréales: le savoir-faire, des terres alluviales, l’eau et le soleil. «En 2011, le Crédit agricole mobilisait 6,228 millions de dollars, et la production était de 135.000 tonnes de riz», déclare-t-il à IPS. Ce chiffre couvre 30 pour cent des besoins du pays.Les superficies exploitables pour les cultures irriguées passeront à 31.359 hectares en 2012-2013, contre 25.720 en 2011-2012, affirme Brahim Ould M’Bareck, ministre du Développement rural.Les efforts du ministère bénéficient du soutien du Fonds international de développement agricole (FIDA), à travers trois programmes dans le domaine alimentaire, annonce Alioun Demba, responsable de la coopération internationale au ministère du Développement rural.«Il s’agit du Programme de lutte contre la pauvreté rurale par l’appui aux filières avec 4,170 millions de dollars, du Programme des oasis avec 37,281 millions de dollars, et du Programme contre la pauvreté dans l’Aftout (centre du pays) et le Karakoro (sud) avec 5,6 millions de DTS (droits de tirage spéciaux), en cours de démarrage», souligne-t-il à IPS.Mais, M’Bareck a annoncé après une réunion du Conseil des ministres, le 5 avril, une baisse des superficies exploitables de 58 pour cent et des récoltes de cultures pluviales de 76 pour cent, en raison du déficit pluviométrique.

    Les cultures irriguées pratiquées dans la vallée du fleuve Sénégal, dans le sud de la Mauritanie, concernent presque exclusivement le riz. Mais bien que les superficies emblavées connaissent un accroissement continuel depuis 1987 où elles étaient de 13.700 hectares, elles demeurent largement en deçà du potentiel disponible qui est de 140.000 hectares, mais aussi des prévisions, indique une étude effectuée en 2012 par le ministère de l’Economie.

    Selon le ministère du Développement rural, de nombreux autres diplômés chômeurs, sont insérés, comme Diallo, dans l’agriculture, mais des hommes d’affaires investissent aussi dans ce secteur. Les productions de tous ces agriculteurs, vendues au public à des prix subventionnés par le gouvernement pour venir en aide aux populations victimes de la sécheresse de 2012, contribuent à améliorer la sécurité alimentaire dans le pays.

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