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MAURITANIE: Des femmes dans l’aviculture pour lutter contre la pauvreté rurale

    By Mohamed Abderrahmane

    NOUAKCHOTT, 6 août (IPS) – Fatimetou Mint M’Barkenni, avicultrice à Bourate, un village du sud de la Mauritanie, vient d’épuiser son stock de poulets de chair qu’elle a élevé et vendus grâce à l’assistance du Programme de lutte contre la pauvreté rurale par l’appui aux filières (PROLPRAF), un projet gouvernemental.

    "La première vague de poussins élevés a été vendue en juin et j’attends que le PROLPRAF me livre la seconde, la demande étant très importante", déclare M’Barkenni, une avicultrice de 53 ans. "Cette opération est vitale pour nous les femmes, car les hommes sont allés chercher du boulot dans les grands centres urbains, comme Nouakchott et Nouadhibou", les deux principales villes de la Mauritanie, explique-t-elle à IPS.

    "L’unité (l’élevage) de poulets de chair de Bourate constitue une aubaine pour nous, habitants de cette localité, surtout en cette période de grande sécheresse où de sérieux problèmes de malnutrition se posent à nous", souligne M’Barkenni.

    De son côté, Mariem Mint Sidi, la gérante d’une unité de volaille à Foum Gleita, dans le sud-est du pays, vante son savoir-faire en techniques d’alimentation et de traitement médical des poussins. Elle est satisfaite du niveau abordable des prix des poulets. "Avec six dollars, on peut acquérir un poulet de chair de 2,4 kilogrammes de viande saine et nutritive", affirme-t-elle à IPS.

    Les avicultrices sont des gérantes employées comme volontaires pour le projet qui est dans sa phase pilote.

    "L’aviculture dans des zones d’extrême pauvreté vise la garantie d’une production locale soutenue et l’impulsion d’activités génératrices de revenus et créatrices d’emplois", explique Mohamed Ould Abdallahi, le coordinateur du PROLPRAF.

    Financé par le Fonds international de développement agricole (FIDA) pour 4,170 millions de dollars, le PROLPRAF compte, à travers cette opération, réduire l’hémorragie de devises par la substitution progressive de la production nationale aux importations, selon Abdallahi.

    Les deux unités avicoles de Bourate et Foum Gleita avaient démarré avec 1.600 poussins d’un jour, importés du Maroc voisin, avec un cycle de vie de 45 jours, explique Ahmed Ould Sidina, assistant à la production animale au PROLRAF, qui précise que la première commande appartient à une variété de poulets dite COBB-500.

    Ces poussins ont été livrés en juin dernier, affirme Ahmed Ould Brahim Khlil, un vétérinaire du PROLPRAF, indiquant que chacune des deux unités a coûté environ 10.000 dollars, y compris la construction du bâtiment, l’achat des poussins et des aliments, ainsi que l’éclairage et la congélation solaires.

    Les recettes de cette phase pilote ont néanmoins permis de constituer un fonds de roulement d’environ 3.500 dollars pour l’achat de nouveaux poussins et de leurs aliments. La prochaine commande de 2.000 poussins est attendue vers la mi-août, ajoute Brahim Khlil.Selon Sidina, les deux unités avicoles sont composées, chacune, de deux pièces construites en fer galvanisé et formées en arc avec un isolant thermique. Les abreuvoirs et les mangeoires étaient sur les lieux avant l’arrivée des poussins par avion, souligne-t-il à IPS.

    Evoquant l’adaptation des poussins aux conditions climatiques, Brahim Khlil déclare que cette expérience est couronnée de succès et sera élargie à d’autres zones rurales du pays. "Les poussins s’adaptent parfaitement aux conditions extrêmes de chaleur (40 degrés à l’ombre) et seuls 34 d’entre eux ont péri sur les 1.600", explique-t-il à IPS.

    Il ajoute que les poussins étaient immunisés contre deux pathologies fréquentes en Mauritanie que sont le Gumboro et le Newcastle, et que les gérantes avaient été formées aux techniques de nettoyage des poussins et à l’administration de dose de vitamine.

    Selon le ministère du Développement rural (MDR), la consommation annuelle de volaille en Mauritanie est estimée par à 11.000 tonnes par an et à trois à quatre kilogrammes par individu et par an, tandis qu’au Maroc, elle est de 12 à 15 kg par personne, et au Sénégal de huit à 10 kg par personne et par an.

    Les besoins de la Mauritanie en volaille sont couverts en partie par la production locale, mais dans leur majeure partie par l’importation annuelle de 5.000 tonnes de poulets congelés, sans compter les 40.000 poussins d’un jour importés.

    S’agissant des œufs, la consommation mauritanienne est couverte à 33 pour cent par la production locale de cinq millions d’unités et, pour les 67 pour cent restants, par des importations. Le coût d’importation des poulets congelés, des poussins et les intrants pour leur entretien (aliments, soins, matériel avicole et œufs), est évalué à 18 millions de dollars par an, selon Moktar Fall, un conseiller à l’élevage au MDR.

    Abdallahi Ould Nabgha, président du Groupement national des aviculteurs de Mauritanie, indique que le pays compte 60 fermes réparties entre les villes de Nouakchott (sud-ouest du pays), Nouadhibou (ouest), Rosso et Sélibaby (sud)."L’aviculture emploie 10.000 personnes, sans compter les ressources qu’elle apporte aux sous-traitants et intermédiaires qui fournissent le fumier utilisé comme engrais organique ainsi que les plumes exploitées pour la fabrication de balais pour nettoyer des ordinateurs", indique Nabgha.

    Il déplore toutefois l’absence d’infrastructures nécessaires dans le pays, ce qui impose l’importation des poussins, de leurs aliments et du matériel avicole.

    Pour combler ce déficit, l’Etat a signé, le 22 juillet, avec un homme d’affaires mauritanien, un accord portant construction d’un complexe avicole à Nouakchott, la capitale, pour un financement de 34 millions de dollars sur une durée de 18 mois.

    Ce complexe prévoit une unité de production de poussins d’un jour et de poulets de chair d’une capacité 20.000 tonnes par an, une production de 15 millions d’œufs par an et 120.000 tonnes d’aliments de volaille, indique à IPS, Yahya Ould Abdeldayem, directeur des investissements au ministère de l’Economie.

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