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MAURITANIE: La pierre taillée pour lutter contre le chômage urbain

    By Mohamed Abderrahmane

    NOUAKCHOTT, 25 sep (IPS) – "Depuis mon intégration, en 2003, dans le secteur de la pierre taillée, au terme de ma formation à Nouakchott (la capitale de la Mauritanie) sur le métier d’extracteur et de poseur de pierres, je n’ai jamais chômé un seul jour", affirme Isselmou Ould Bacar à IPS.

    Avec ses verres sombres, un turban autour de la tête et les mains enfouies dans des gans usés, Bacar qui est aujourd’hui superviseur d’un chantier de construction d’une route pavée de pierres, à Nouakchott, encadre 500 jeunes employés.

    Face à la montée de la pauvreté et du chômage, les autorités mauritaniennes se sont orientées depuis 2003 vers le créneau de la pierre taillée pour développer l’emploi en milieu urbain. Créé deux après, le Programme national de promotion de la pierre taillée (PPPT) devait valoriser l’utilisation de ce matériau, largement disponible localement, dans les chantiers de génie civil.

    Le PPPT vise donc à la fois la réduction de la pauvreté en zone urbaine à travers la création d’emplois, et la réalisation des travaux de construction à haute intensité de main d’œuvre, selon le gouvernement.

    Bacar, 27 ans, raconte à IPS qu’il était venu en 2003, avec son niveau d’éducation primaire, chercher un emploi dans la capitale. "J’avais alors saisi l’opportunité d’une formation d’extracteur de pierre qui s’était offerte à moi", souligne-t-il, rappelant qu’il était sans qualification professionnelle.

    Bacar déclare qu’il gagne trois dollars pour la pose d’un mètre carré de pierres et il qu’il parvient à poser 25 mètres carrés par jour, soit 75 dollars. Marié, sans enfants, il est actuellement propriétaire d’un véhicule et de deux maisons dont une à Nouakchott et l’autre à Atar, sa ville natale, dans le nord du pays.

    La Mauritanie recèle, selon le PPPT, des réserves intarissables de pierres, dans cinq régions: l’Adrar, au nord, les Hodhs, au sud-est, et l’Assaba et le Tagant au centre.

    Pour exploiter ces pierres, le PPPT a formé une main-d’œuvre d’extracteurs, de tailleurs, de paveurs, de décorateurs et de maçons, indique à IPS, Sidi Ould Ahmed Baba, le directeur du programme.

    Le taux de pauvreté dans le pays est estimé à 42 pour cent, et celui du chômage à 31,2 pour cent en 2008, selon l’Office national de la statistique.

    Ahmed Salem Ould Ely, responsable du suivi au PPPT, explique à IPS les avantages de ce matériau: "La pierre est un produit noble, très solide, qui permet de réduire les dépenses en devises consacrées à l’importation des matériaux de construction".

    Pour promouvoir la pierre taillée, le PPPT localise les carrières, noue des partenariats, assure la formation et mène toutes les actions permettant de rehausser la valeur esthétique et la rentabilité de la pierre, souligne Ely.

    "Après la formation, les artisans organisés dans des Groupements d’intérêt économique (GIE) sont dotés de matériel de taille, d’extraction et d’un fonds de roulement mobilisé par le PPPT", ajoute-t-il.

    Aujourd’hui, 13 GIE sont opérationnels dans le pays. Ils comptent 8.840 jeunes ouvriers sans qualification, qui abattent un travail colossal comme le pavage de 18.000 mètres carrés dans l’enceinte du palais présidentiel à Nouakchott, pour un financement de quelque 400.000 dollars, selon Ely.

    Yahya Ould Dahane, président du GIE Seguelil, dans le nord, explique à IPS que le nombre des ouvriers de son groupement varie entre 700 et 800 en fonction de l’ampleur des travaux à exécuter.

    Nouakchott reçoit annuellement 500 camions de 30 tonnes de pierres venant des carrières de l’Adrar, selon Dahane qui indique que la charge d’un camion coûte 260 dollars, et son transport 360 dollars.

    Les GIE monopolisent les carrières et les exploitent avec des équipements offerts gratuitement par le PPPT, ce que critique El Arby Ould Moulay, un entrepreneur privé opérant aussi dans le secteur de la pierre taillée.

    Les entrepreneurs, comme Moulay, ne bénéficient pas des mêmes privilèges et sont obligés d’acheter la pierre chez les GIE qui sont les seuls exploitants des carrières du PPPT. En plus, ces privés commandent leurs équipements à l’étranger et paient des impôts. Ils estiment que les chances ne sont pas égales avec les GIE dans la concurrence.

    "L’Etat doit accompagner les privés en exonérant d’impôts les produits locaux", déclare Moulay à IPS. Selon lui, les GIE constituent un handicap pour la promotion à grande échelle du produit et la Mauritanie pourrait exporter la pierre vers les pays la région ouest-africaine et l’Europe.

    Expliquant la différence entre le coût de la pierre et des produits importés, Moulay affirme qu’un kilomètre de bitume revient à 280.000 euros alors qu’en pierres, il vaut 150.000 euros. "La structure du prix du pavage en pierres est de 40 pour cent pour la main d’œuvre, 15 pour cent pour le transport, 17 pour cent pour les impôts, et le reste (28 pour cent), c’est le bénéfice de l’entrepreneur", ajoute-t-il.

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